Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Montcalm par l'arête Est au Sutllo en dormant à Baborte

27/09/2014 - Jour 1 : Aire du chalet du Montcalm (1120m) – Orris de Pujol – Pla Subra – La Pointe d’Argent (2654m) – Pic Madron (2647m) – Crête Est puis Nord – Pic du Montcalm (3077m)- Port de Sutllo – Coma d’Estats – Coma de Sutllo – Col de Baborte – Refuge de Baborte (2400m)

 

Pour une nouvelle visite au Pic du Montcalm, j’ai choisi de parcourir une crête qui domine sur son versant Est puis Sud le vallon de Riufret, et par son versant Nord le vallon suspendu des Tables. Avec Yannick nous quittons le parking de l’ancien chalet du Montcalm, au fond de la vallée de l’Artigue, à 8h. En suivant la piste, puis le balisage jaune du sentier qui coupe celle-ci, nous arrivons sans difficulté aux orris de Pujol le Bas en une heure. La pente s’adoucit et nous conduit en quelques minutes aux orris de Pujol le Haut.

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Nous en profitons pour récupérer un peu le long du torrent de la coume de pla Subra, et d’admirer les hauts sommets qui nous entourent, avant d’aller les gravir. Après 1h28, au niveau des orris de pla Subra, nous quittons le sentier et prenons plein Est, donc sur notre gauche. La pente se redresse violemment sans offrir un instant de répit ; néanmoins, malgré l’inclinaison et le gispet, rien n’entrave la brutale prise de dénivelé.

 

C'est droit devant

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On a le plaisir d’admirer dans notre dos, la stature altière de la Pointe du Montcalm, ainsi que son protecteur le Montcalm et sa crête Est que nous convoitons.

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Par delà la vallée de l’Artigue, c’est tout le massif de Bassiés qui s’étire depuis le Pic de Sauve jusqu’au Pic de Puntussan.

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Il est 11h, lorsque nous arrivons sur la large crête. Un gypaète barbu vient voler au dessus de nos têtes avant de transiter par delà la vallée de l’Artigue. Les conditions semblent idéales pour le vol, et c’est de bon augure pour la météo de la journée. Nous avançons sans difficulté jusqu’à la Pointe d’Argent, atteinte à 11h30.

 

Sommet de la Pointe d’Argent 2654m

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Puis la crête devient plus chaotique, mais tout est facile, pour atteindre le Pic Madron et ses 2647m. Nous ne faisons que passer à 12h06, voilà déjà 3h24 de marche ininterrompue. Nous poursuivons encore un peu, jusqu’à dominer un étang sans nom versant Nord, et comme il est 12h25, l’endroit est idéal pour prendre le repas.

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La retenue d'eau de Soulcem

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Nous avons devant nous la crête que nous allons suivre et dans notre dos, le vallon du Riufret. Durant notre repas, de nombreux vautours fauves vont nous survoler de si près que l’on entendra le vent dans leurs ailes. Le temps a suspendu son vol durant cette pause que l’on aurait souhaitée plus longue. Pourtant, à 13h17, nous reprenons notre marche pour la partie la plus technique de la journée.

 

La crête à suivre

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Se dresse sur notre route une série d’éperons rocheux que l’on peut escalader en restant sur le fil, soit les éviter en versant Riufret. Chaque éperon conduit à une brèche ; en aucune façon il ne faut chercher à passer versant Nord, nous en avons fait la mauvaise expérience : ça ne passe pas. Après une succession d’éperons, où l’on ne prend quasiment pas de dénivelé, nous faisons une pause et j’en profite pour descendre me ravitailler en eau, au petit étang à la côte 2669m, versant Riufret. C’est le seul point d’eau potable dans ce complexe minéral, mais il est vraiment précieux.

 

Un éperon parmi tant d'autres

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La vue côté "Riufret"

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La vue côté "Tables du Montcalm"

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La suite est d’un niveau un peu plus élevé avec de beaux passages en II+. Dans cette roche délitée, cela devient nettement plus tendu et la concentration est de mise. La cheminée finale, bien raide, sort directement sur le dôme sommital. Evoluer sur un fil, avec une concentration soutenue pendant plus de 2h30 est un exercice éprouvant auquel il faut être habitué.

 

Un peu d'analyse avant de se lancer

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Sortie sur le dôme avec l'intégralité de la crête parcourue depuis la Pointe d'Argent

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On arrive ensuite rapidement à la cime du Montcalm, et avec joie nous foulons une nouvelle fois ce prestigieux sommet à 15h50. Le beau temps nous permet de profiter d’un panorama qui s’étend du massif de l’Aneto vers l’Ouest, jusqu’au Canigou à l’Est. Tous les hauts sommets Orientaux sont visibles, jusqu’à la lointaine Montagne Noire. Nous égrainons le nom des sommets que l’on reconnaît, et ils sont de plus en plus nombreux. Nous partageons notre plaisir d’être si haut, avec 2 autres randonneurs Français, heureux comme nous de planer à plus de 3000 mètres.

 

Sommet du Montcalm

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La Pique versant Français !

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Nous nous remettons en marche à 16h25 en direction du Port de Sutllo, en ignorant la Pique d’Estats sur notre gauche. Il faut perdre pratiquement 250 mètres en passant sous le Pic Verdaguer tout en contournant quelques névés tardifs, puis remonter dans quelques éboulis pour rejoindre le col frontière. C’est chose faite à 17h15 et nous passons le Port de Sutllo sous le soleil, pour basculer en Espagne dans la région du Pallars Sobirà.

 

Pic du Port de Sutllo versant Français

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Etangs de la caumette d'Estats - à gauche le Guins de l'Ase

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Un névé tardif

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Port de Sutllo

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La partie haute de la descente est quelque peu pénible, dans des éboulis croulants, et elle semble ne pas finir. Nos jambes sont déjà lourdes. Heureusement pour nous motiver, on peut dire que les étangs vers où l’on va, entourés de pelouses verdoyantes, ont un côté enchanteur.

 

La Pica versant Espagnol !

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Notre itinéraire passe tout proche des étangs mais quitte l’axe principal de la vallée, pour s’insinuer dans un complexe lacustre plus confidentiel. Entre l’estany d’Estats et l’Estany de Sutllo, plus précisément après la passerelle brisée, il faut reprendre du dénivelé vers l’Ouest, donc évoluer légèrement en dévers sur notre droite. Il y a une vague sente et quelques cairns qui nous mènent aux estanys de la Coma de Sutllo. Le soleil est loin à l’horizon et nous envoi ses derniers rayons dans les yeux.

 

Pic de Pedres Blanques et col de Baborte à sa droite

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Nous faisons une ultime pause au bord d’un étang, et l’on se lance pour les gravir les derniers 100 m qui nous séparent du coll de Baborte. Ce col, encadré par le Pic de Pedres Blanques d’un côté et le Pic de Baborte de l’autre, porte le nom d’un sommet ou de l’autre selon la provenance des cartes. La fatigue de cette longue journée a envahi nos organismes ; nous avançons en mode automatique quand à 19h04, après 8h12 de marche, nous passons le col au deux noms.

 

Pic du port de Sutllo vu depuis le coll de Baborte

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Il ne nous reste plus qu’une nouvelle descente pour gagner le refuge. Nous découvrons le cirque de Baborte constellé de nombreux étangs de toutes tailles. Cette longue journée nous récompense de nos efforts par des paysages toujours changeants et très contrastés, allant du minéral Montcalm, aux pelouses verdoyantes du Vall Ferrera, teinté de l’ocre de la terre. Et pour finir de nous combler, nous surprenons un isard, si proche que l’on entendra son souffle rageur de s’être fait surprendre. Il n’attendra pas qu’on l’immortalise et s’évanouit derrière une butte. Nous arrivons alors au petit refuge de Baborte à 19h37, terminant ainsi une journée de 8h43 de marche et de grimpe.

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Cet abri en forme de wagon domine le grand étang de Baborte. Nous serons les seuls à l’occuper ce soir. Quel luxe ! Il est si bien isolé que la température intérieure ne descendra jamais sous les 15°C, alors qu’il gèlera à l’extérieur. Le refuge se compose de 8 couchages avec matelas et couvertures, ainsi que d’un instincteur et d’une armoire à pharmacie. Quel contraste avec les refuges français où l’on y trouve au mieux table et chaises.

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Nous éteignons nos frontales à 21h05 dans le calme le plus complet d’une nuit étoilée.

 

Tracé de cette journée

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La journée en chiffres :

Temps de marche total h pour 21,7 Km à 3,3 km/h

Dénivelé positif total : 2380m – Dénivelé négatif total : 1200m

Point culminant : 3077m.

 

28/09/2014 – Jour 2 : Refuge de Baborte – Coll de Baborte – Estany d’Estats – Port de Sutllo – Pic de Sutllo (3072m) – Etang du Montcalm – Etang du Pinet – Etang Sourd – Bois de Fontanal – Aire du chalet du Montcalm

 

9 heures de (presque) sommeil plus tard, le réveil sonne. La première action matinale va consister à observer le ciel et hélas celui-ci est bâché. A 7h41, il est temps de quitter ce coin paisible et enchanteur.

 

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Coll de Sellente loin sur notre gauche

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De G à D Pic de Baborte, coll de Baborte, Pic de Pedres Blanques

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Nous reprenons la direction du coll de Baborte, quand vers 8h, nous apercevons sur notre gauche, un ballet de vautours qui partent difficilement vers l’Est, alors qu’il n’y a aucune ascendance. Mais que ce passe t’il ? Quelque chose se prépare. Quand nous franchissons le coll de Baborte à 8h32 (44min depuis le refuge), nous avons la réponse : il pleut. Il n’est plus question de gravir le moindre sommet par temps humide, et de plus le plafond se trouve à 2800m, donc nous n’aurons pas de vue panoramique. Sans plus tarder nous reprenons le sentier de la veille jusqu’à dominer l’estany de Sutllo, et nous descendons au bord de l’estany d’Estats. La pluie a cessé de tomber, mais l’ambiance générale sur les hauteurs reste dans le brouillard.

 

Estany de Sutllo

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Estany d'Estats

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Il nous faut à présent gravir la rude rampe qui mène au Port de Sutllò et ses 400 mètres de dénivelé, dans la pierre rouge de ce massif ferrugineux. Yannick n’avait pas aimé la descente, il n’apprécie pas plus la montée. Il faut dire que c’est la seconde fois en 2 mois que l’on arpente ce versant du massif, et que par deux fois il fait gris et froid.

 Il ne faut pas s’affoler et avancer régulièrement ; nous avons heureusement l’avantage qu’il ne fait ni chaud, ni pluvieux. 10h52, nous passons pour la seconde fois en moins de 24h le Port de Sutllò. Cela nous aura pris 2h40 depuis le refuge. Nous ne marquons aucune pause et l’on se dirige vers le pic éponyme qui le garde. Voilà trop longtemps que ce sommet se refuse à moi, alors l’occasion est trop belle pour ne pas la laisser passer. Il faut perdre un peu de dénivelé depuis le col, pour éviter un énorme névé trop incliné pour le traverser, et ainsi se mettre dans l’axe du sommet. Le brouillard bien que léger, nous masque totalement la suite du parcours. De proche en proche, nous suivons quelques cairns dans un éboulis croulant au possible. Cette ultime rampe est une épreuve de vitesse entre nos pas qui nous élèvent vers la cime, et le tapis de roches qui glisse vers le bas de la face. A ce jeu éprouvant, nous en sortirons vainqueurs au prix d’une énergie importante. Dans cette ambiance blanche comme du coton, nous n’avons aucun repère qui nous indique où l’on se situe par rapport au sommet, et c’est avec étonnement que l’on découvre le cairn sommital à 11h31. Après 3h19 d’ascension, j’ai la joie de placer le Pic du Port de Sutllò sous mes pieds pour la première fois. Nous sommes les seuls à jouir de ce haut sommet frontalier et ses 3072 mètres. Hélas, la visibilité est nulle et pour les aplombs vertigineux, il faudra revenir.

 

Sommet du Pic du Port de Sutllò

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Un vent froid d’altitude nous oblige à nous abriter sous la cime. Le paradoxe de ce sommet, c’est que l’on trouve du granit sur la cime, alors qu’il est constitué de gneiss rouge. Nous prenons notre repas ici même, et durant cette pause, 3 Espagnols vont surgir de l’arête Nord en provenance du refuge de Broate via le col du Guins de l’Ase. Voilà un autre accès plus aérien. Nous quittons le sommet à 12h12 et la perte de dénivelé sera rapide.

 

En descendant du Sutllò

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Pour le retour, nous devons revenir sur nos pas et reprendre un peu de dénivelé, pour passer sous la cime du Montcalm et basculer définitivement sur l’itinéraire du Pinet. Durant la partie haute, nous allons croiser quelques névés entièrement gelés et de la glace figée sur de grandes dalles. Les nuits d’automne ont déjà le parfum de l’hiver.

 

Qui a dit qu'il n'y avait pas de neige éternelle dans ce massif !

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La descente vers le refuge du Pinet n’est qu’un long chemin dans un enchevêtrement de roches rouges et de dalles lustrées par le temps ; c’est long et ennuyeux. Le mal de dos contracté cette nuit m’empêche de marcher convenablement, et la perte de dénivelé n’est pas aussi rapide que de coutume. C’est long, très long, trop long.

 

L'étang du Pinet et son refuge

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A 15h05, nous faisons un arrêt bière au refuge et nous en profitons pour saluer le sympathique gardien. Cette pause de 30 minutes sera la bienvenue pour mieux avaler les 1000 mètres qu’il nous reste à perdre. Lorsque nous quittons le refuge à 15h35, il se met à pleuvoir. Afin d’avancer sans glisser, nous choisissons le sentier passant par l’étang Sourd.

 

Descente vers l'étang Sourd

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La suite est un long sentier au milieu des myrtilles jusqu’à l’orri de pla Nouzère, puis en forêt dans le bois de Fontanal. Le feuillage va nous protéger partiellement de cette légère pluie. Au parking de l’Artigue, la pluie s’intensifie mais il ne nous reste qu’un kilomètre sur le bitume pour retrouver la voiture. Nous terminons ce grand périple transfrontalier à 17h45, après 8h12 d’une longue marche sous un ciel gris. La fatigue engrangée la veille s’est faite sentir durant toute la journée, et seul le Pic du Port de Sutllo nous aura fait oublier en partie tous nos efforts. L’itinéraire était ambitieux, et il est préférable de faire un bivouac plus proche du sommet, pour équilibrer la longueur des journées. Néanmoins, le cirque lacustre de Baborte est un petit bijou de verdure que tout Pyrénéiste se doit de connaître. Je retiendrais quand même cette première visite (enfin !) au Sutllò, qui ne demande qu’à être gravi à nouveau.

 

Tracé du jour

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La journée en chiffres :

Temps de marche total 8h12 pour 18 Km à 2,6 km/h

Dénivelé positif total : 1120m – Dénivelé négatif total : 2340m

Point culminant : 3072m.



01/10/2014
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