Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic de Montabone par l’arête de Bonrepos (AD inf)

27/06/2015 – Jour 1 : Ossèse – GRT – Plat de Lauze – Cabane de Bonrepos (2004m)

Pour la première sortie en alpinisme estival, Nicolas m’emmène au fin fond de l’Ariège découvrir une vallée extrêmement reculée sur le territoire d’Ustou. Le départ se situe sous les 1000 mètres au village de Ossèse, cul de sac pour tout véhicule. Le temps est gris et lourd mais cela doit s’améliorer. Nous nous mettons en marche à 14h en suivant le sentier qui mène au port de Marterat.

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Le sentier remonte en ligne droite le cours d’eau qui se trouve loin en contre bas sur notre droite. La pente se lève de façon progressive dans une forêt de hêtres. La prise de dénivelé se fait de plus en plus importante jusqu’à arriver dans une jasse au plat de la Lauze. Cela fait 1h30 que l’on monte et nous n’avons pas encore avalé la moitié du dénivelé. Première pause bien méritée. Nous venons de quitter définitivement la forêt, plus aucun arbre ne sera rencontré sur la suite du trajet. Le brouillard se lève enfin et dévoile un décor d’un vert exceptionnel, avec des à-pic incroyablement vertigineux.

 

Loin en fond de vallée le port de Marterat

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Nous reprenons notre marche dans une herbe d’une hauteur remarquable, voire gênante. Il faut être attentif pour quitter ce sentier et prendre sur la gauche l’itinéraire qui va nous mener à la cabane, notre destination du jour. La pente se redresse brutalement, d’une verticalité qui demande à bien utiliser les bâtons pour s’élever. Le sentier est totalement invisible sous la végétation luxuriante. Cela montre également que l’endroit est peu fréquenté, autant par les hommes que par les bêtes.

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La vallée ne manque pas d'eau

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On grimpe en dévers puis directement droit vers la cabane qu’on ne voit qu’au dernier moment. L’objectif est atteint à 17h après 2h30 de marche. Rien d’exceptionnel si ce n’est que nous venons d’effectuer ce que les trailers appellent un mille mètres vertical : 1000 mètres en montée pour 5km en linéaire. Mais le site est remarquablement beau ; la petite cabane est posée sur une terrasse et semble suspendue au dessus de la profonde vallée. Ce petit paradis pyrénéen sera seulement pour nous deux. Même les nuages de fond de vallée ne viendront pas troubler cette quiétude.

 

Elle est belle la vie en haut

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La cabane de Bonrepos comporte 5 couchages, un poêle, 4 tabourets, une table, quelques matelas et couvertures. Tout le confort pour passer de bonnes soirées à 2000 mètres loin de tout. Et ce fut le cas pour nous.

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Tracé du jour sur carte IGN

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 2h30 pour 6,1 km à 3 km/h

Dénivelé positif total : 1025 m – Dénivelé négatif total : 4 m

Point culminant : 2004m

 

28/06/2015 – Jour 2 : Cabane de Bonrepos – Pic de Lasaugède (2760m) – Arête de Bonrepos – Pic de Montabone (2788m) – les Clots de Bonrepos – cabane de Bonrepos - Ossèse

Levés à 5h sous un ciel pur de tout nuage, nous quittons la cabane dès 6h avec le simple nécessaire à notre course d’arête. On emprunte un court instant l’itinéraire qui rejoint la cabane de Marterat, balisé en rouge. On ne parle pas de sentier, c’est juste un cheminement entre de gros blocs de granite et des zones herbeuses. Il faut passer une sorte de col sous de grandes barres rocheuses et quitter les balises rouges, pour remonter vers le Nord/Est dans un long pierrier. Nous prenons du dénivelé rapidement, droit dans la pente. Dans notre dos, le massif du Valier apparait de plus en plus majestueux. Quelle prestance ce sommet !

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On s’enfonce toujours plus jusqu’à trouver une dépression où réside un gros névé et certainement un laquet. On se trouve à la base du pic de Lasaugède qu’il ne reste plus qu’à gravir droit devant, en suivant une cheminée. On prend pied sur l’arête sommitale à 8h après 1h45 d’approche. Le premier sommet du jour est atteint à 8h09 pour 1h52 de marche.

 

Arête menant au sommet du pic de Lasaugède

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Au sommet du pic de Lasaugède.

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Ce sommet pratiquement inconnu culmine quand même à 2760 mètres sur la frontière franco-espagnole. Cette hauteur respectable le place idéalement comme observatoire de tout le Couseran et du Parc Natural de l’Alt Pirineu Espagnol.

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L'arête tout à gauche, pic de Certescan au centre

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Nous voici au soleil et la température est déjà élevée. La course d’arête s’annonce sous les meilleurs hospices. Cette arête a une allure redoutable vue d’ici, faite de bastions verticaux qui barrent l’accès au sommet de Montabone. Néanmoins la distance semble faible. On s’encorde et à 8h37 nous quittons le Lasaugède pour la première partie descendante. Cela se fera en corde tendue ; rien de technique jusque là, que du vertigineux. Au point le plus bas, il faut franchir des lames, tantôt sur le fil, tantôt versant Sud. Cela se complique passablement. Le rocher est excellent, les prises saines, mais la difficulté est bien présente. L’arête est d’une élégance qui contraste avec la rudesse du décor qui l’entoure.

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Les difficultés s’enchainent avec plus ou moins d’aisance pour moi. Nico me donne les conseils nécessaires pour effacer là une dalle verticale, là un bloc sans prise, la concentration est de mise. Au milieu de la course, nous n’avons toujours pas passé les difficultés majeures. Le niveau de concentration requis est vraiment important, éprouvant même. Malgré le fait que nous soyons encordés, il va de soi que toute chute est interdite et cela donne un supplément de tension à notre cordée. Nous avons encore à tirer 2 longueurs de plus de 40 mètres pour se hisser sur le point culminant du jour. Durant la première longueur, un petit vent froid vient s’inviter, et nous oblige même à nous couvrir. C’est tout le paradoxe de l’altitude. On peut passer d’un instant à l’autre d’une température trop chaude en versant Sud, à un début d’onglée en versant Nord. Chacun dans son style va passer le pilier puis la cheminée qui se dresse sur la voie. Nicolas en stakhanoviste ne va pas contourner les difficultés, alors que pour moi, le principal est de franchir sans se faire mal.

 

Nico dans quelques passages techniques

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Proche du sommet

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L’essentiel est de gagner la cime en ayant pris du plaisir et ce sera chose faite à 12h03 après une ultime cheminée que je vais gravir en tête de cordée. Le pic de Montabone est atteint après 4h44 de marche effective. On est au rendez-vous pour le repas du midi. Il était grand temps, car la concentration que demande une telle course, consomme beaucoup d’énergie. La vue depuis ce sommet diffère peu de celle du pic de Lasaugède, si ce n’est que l’on est plus proche du pic de Certescan. On voit plus nettement le massif des sommets trimillénaires.

 

Montcalm – Estats – Sutllo

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Sommet avec l'étang de Gueroso

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On voit également en enfilade tous les sommets du massif de Bassies. Le panorama vers l’Est s’étend jusqu’au pic du Carlit ainsi que le Roc Blanc, tandis qu’à l’Ouest on distingue parfaitement le pic d’Aneto, le Mont Perdu, le Néouvielle et le Pic du Midi de Bigorre. Vers le Sud, c’est l’inconnu pour moi, hormis le Beciberri Nord et le Comaloforno qui illumine avec leurs neiges tardives l’horizon.

 

Massif des Beciberris

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Autant dire que dans ce monde minéral, nous sommes les seuls, bien qu’il y ait du monde au Certescan, mais la crête fracassée qui sépare ces deux cimes, n’engage pas le randonneur peu aguerri à venir nous rendre visite. A 13h05 on quitte notre belvédère en mode randonneur, c’est à dire tout le matériel technique rangé, pour descendre en versant Nord. Le départ est un peu délicat car de gros blocs constituent la partie sommitale. Rapidement on prend pied sur un long pierrier peu commode (euphémisme). On vise le col sous le pic du Milieu mais on évite le col pour basculer dans le vallon.

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Evoluer dans ce pierrier, sous une forte chaleur est éprouvant. Pour nous guider, il y a des balises rouges métalliques fixées aux rochers, comme on en trouve beaucoup dans ce coin d’Ariège. Mais dans ce dédale de roche, la perte de dénivelé est lente, la prudence guide mes pas. Nicolas dévale ce tracé mal commode avec une aisance que je n’ai pas.

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Mais à 14h45, nous arrivons ensemble à la cabane de Bonrepos. Cela fait 6h20 que l’on marche et il reste encore 1000 mètres de dénivelé à perdre. La pause sera courte, juste le temps de rassembler nos effets personnels, de remplir les gourdes et à 15h05 on plonge vers le fond de vallée. Ce retour sous un soleil de plomb, qui nous écrase de ses rayons ardents, est un petit supplice. La luxuriance de la végétation que l’on traverse contraste avec le monde minéral qui cohabite quelques centaines de mètres plus haut. Mais que c’est raide ! Le relief est si rude que nous n’avons vu aucun animal domestique. Lorsque l’on rentre dans la hêtraie, l’ombre que fournissent les arbres est la bienvenue. Cette fraicheur relative nous permet de terminer sans trop de peine cette longue journée. Nous retrouvons la voiture à 16h52 pour une journée d’exception de 8h02.

Ce coin d’Ariège est d’une rudesse redoutable qui protège des trésors telle cette arête de granite que j’ai eu le privilège de parcourir grâce à la maitrise de Nicolas. L’approche rend cette course longue et éprouvante. Une approche par le versant Sud est à étudier afin de profiter plus grandement de l’arête.

 

Tracé de la course de la cabane à l'arête

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 8h02 pour 13,8 km à 2,7 km/h

Dénivelé positif total : 865 m – Dénivelé négatif total : 1859 m

Point culminant : 2788m

 



24/07/2015
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