Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic du Canigou en hivernale par la brèche Durier AD inf (2015)

10/01/2015 – Jour 1 : Los Masos de Valmanya – Bois de Patriques – ras del Prat Cabrera – refuge des Cortalets

C’est par le Canigou que l’on va débuter cette nouvelle année en montagne, pour fêter avec une semaine d’avance le traditionnel anniversaire de notre Nicolas préféré, et accessoirement notre guide. Une équipe entièrement nouvelle se compose au dernier moment, pour aller rendre visite en hivernale à ce seigneur de l’Est de la chaîne. Fabien l’Ariégeois va découvrir le massif pour la première fois, Carine la Toulousaine y retourne après une première par l’arête Quazémi, Yannick et Nico complètent la joyeuse équipe, comme l’an passé. Le point de départ est le classique parking de Los Masos de Valmanya. C’est l’accès le plus rapide en cette saison.

Nous nous mettons en marche à 11h25 dans les bois de Patriques. Le sentier est parfaitement balisé et toujours bien entretenu. La pente s’élève rapidement ce qui permet de prendre du dénivelé sur une courte distance. Comme la température du jour est estivale, les organismes vont vite être en surchauffe. Mais nous profitons du doux ombrage de la forêt de hêtres pour supporter cette chaleur inattendue et ainsi avancer d’un bon pas. Devant, Carine avale la pente comme si c’était du plat. Moi je souffre de la chaleur, loin derrière, et Yannick a l’élégance de rester à mes côtés.

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Je connais suffisamment ce sentier pour gérer mon effort. Au changement de versant, la plaine du Roussillon se dévoile, et la chaîne des Albères plonge au loin, dans la Méditerranée. Un dernier effort, deux courts virages, et l’on sort du bois face au cirque de la Lentilla. Le sommet du Puig Sec au centre est de toute beauté.

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Il nous aura fallu 1h19 pour avaler cette bavante. C’est le moment que l’on choisit pour prendre le repas. Le lieu est tout indiqué, face au soleil et au Pic Gallinasse. Fabien qui découvre ce massif est de suite conquis, quand à Carine, elle est plus que ravie de se trouver en montagne par une si belle journée. Cette pause est l’occasion d’admirer une nouvelle fois le versant dit « du balcon du Canigou ».

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L'équipe au complet

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A 13h30, nous reprenons la marche en quittant le sentier, pour cheminer sur la piste qui remonte la vallée du Llech. Il n’y a absolument pas de neige à cette altitude ; incroyable car nous sommes en plein cœur de l’hiver. Nous avons bien fait de ne pas prendre les raquettes. De plus, le vent est pratiquement nul, ce qui est également exceptionnel.

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Vers le Nord, le Pech de Bugarach se détache si nettement de son massif, qu’il parait plus imposant qu’il ne l’est. Il suffit à présent de remonter la piste jusqu’à son terme, le ras dels Cortalets. Ce n’est pas la partie de la journée la plus divertissante, mais il n’y a pas meilleur itinéraire. La neige commence à être un peu plus présente au ras dels Cortalets, mais cela ressemble plus à un enneigement de fin de printemps, qu’à celui du plein hiver.

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Nous arrivons au refuge hivernal à 15h19, nous sommes les seuls. Le refuge est propre et nous nous installons comme à la maison, car depuis que l’on y vient, c’est un peu cela.

 

Faible enneigement autour du refuge

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On profite de la fin de la journée pour couper du bois afin d’alimenter le poêle. 3 nouveaux partenaires vont arriver et se joindre à nous pour amasser suffisamment de combustible pour passer une soirée bien chaude. A l’heure du repas, c’est une bouteille de Banyuls qui va commencer à réchauffer l’ambiance, puis suivra une bouteille de Blanquette, aussitôt épongée. Nous partageons cette soirée avec nos sympathiques voisins qui savent aussi ce que c’est que la convivialité en montagne. A leur menu, une raclette au vin rouge, certainement la meilleure que l’on puisse manger.

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La soirée est des plus sympathiques, conviviales, chaleureuses. Après avoir une dernière fois admiré un ciel étoilé comme seule la montagne sait nous l’offrir, nous partons nous coucher à 21 heures.

 

Résumé de la montée en chiffres :

Dénivelé positif total : 1108m pour 12m de négatif

Temps de marche 3h02 pour 8,2 km à 3.3 km/h

Point culminant 2150m.

 

11/01/2015 – Jour 2 : refuge des Cortalets – cirque glaciaire – brèche Durier - Cheminée – Pic du Canigou – refuge des Cortalets - ras del Prat Cabrera - Bois de Patriques - Los Masos de Valmanya

La nuit fut chaude et reposante. 8 heures de (presque) sommeil plus tard, nous sommes les premiers debout. Le temps de prendre le strict nécessaire, de chausser les crampons, et à 6h40, nous quittons le bâtiment. A la lueur des frontales, on chemine en direction du pic. Malgré le regel nocturne, la neige ne porte absolument pas. L’étang de l’Estagnol est entièrement glacé, mais cela vient plus du fait qu’il est peu profond, que du froid de la nuit. On quitte ici l’itinéraire d’été, pour s’enfoncer vers le Nord en direction du petit cirque glaciaire.

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Chacun y va de son tour pour faire une trace pour le groupe, car la neige n’a aucune portance. Heureusement, la quantité est faible et l’on ne s’enfonce que d’une demi-jambe. Carine, la plus légère, ne s’enfonce pratiquement pas, et va même passer en tête pour ne plus la quitter. Avant d’atteindre le pied de la brèche, on trouve une dépression. Je choisis de la contourner, pratiquement de niveau par la gauche, sous le pilier Nord du pic Barbet, tandis que Nicolas et Carine préfèrent passer par la droite, sous la face Est du Canigou. Nous nous rejoignons tous les 5 au pied du cône de déjection. Il est 8h00 et nous avons mis 1h14 pour effectuer l’approche. On constate avec stupeur les tonnes de granit qui se sont effondrés de la face Nord du Barbet, durant l’été dernier. Il y a des blocs gigantesques qui ne sont pas totalement recouverts de neige.

 

Le bas du glacier

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La Lune se couche vers le Sud/Est

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Nous faisons rapidement le point sur la suite du programme, et sans plus attendre, je passe devant pour grimper le cône de déjection. Cette fois la neige est parfaitement glacée ; il faut frapper fortement des pointes avant pour mordre la glace mais l’adhérence est parfaite. Chacun progresse librement et la prise de dénivelé est rapide. Le cône est vite gravi et le court couloir qui suit, n’est alors qu’une formalité.

 

Dans le cône de déjection

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Le bloc coincé au fond

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Ce n’est qu’au niveau du bloc coincé que l’on va s’encorder. Nicolas passe le premier avec Fabien et Carine sur sa corde, Yannick et moi formons le second binôme. Le bloc coincé est assez haut pour une fois, ce qui rend le passage plus intéressant et relève un peu la cotation. Nicolas pose son relais pour protéger, et passe le premier. Le trio efface cette difficulté avec beaucoup d’aisance.

 

Pose du relais de la cordée "Nico"

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La même chose vue d'en haut

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Franchissement du bloc

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La sortie de la brèche

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Je pose à mon tour le relais et c’est Yannick qui s’élance alors que je l’assure. Avec ses grandes jambes ça passe comme une lettre à la poste. Il m’assure à son tour sous l’œil vigilant de Nico qui corrige les erreurs, et je m’engage enfin. La neige est dure comme du béton au dessus du bloc ; c’est l’idéal pour ancrer avec précision les piolets traction. Ce passage demande un peu plus d’attention qu’il n’y paraissait, mais une fois franchi, plus aucune difficulté ne vient empêcher de sortir sur le versant Sud et de trouver le soleil.

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Il sera éphémère car un étrange brouillard va rapidement envelopper le sommet et masquer notre champ de vision. De la sortie de la brèche au sommet du Canigou il reste encore à gravir la cheminée. Une courte traversée en dévers nous mène dans la dite cheminée. Il ne reste plus qu’à gravir cette pente de neige bien dure, jusqu’au ressaut final, un petit pas d’escalade entièrement sec.

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Nous voilà au sommet à 9h44. Nous sommes les seuls, et c’était bien le but recherché. Pas de foule bruyante et indisciplinée qui passe sur ce sommet sans le respecter. Nous voilà entre 5 amoureux des Pyrénées, heureux d’avoir gravi un célèbre sommet par une voie prestigieuse. Hélas, nous ne nous attarderons pas à la cime car un vent fort s’est levé, et nous n’avons que le brouillard comme champ de vision.

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Pour l’itinéraire du retour, il faut rester sur l’arête de la face NW en étant prudent de ne pas trop marcher vers la droite et le vide de la face Est. Sur le fil de l’arête on passe sans difficulté. Malgré les rafales de vent, ce n’est ni déstabilisant ni froid ; l’ambiance est bien hivernale sans être extrême, un bonheur.

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Sur une bosse aux alentours de 2500 mètres, on bascule dans le versant Est, là où la pente est moins abrupte. Ce versant étant exposé plein Est, la neige prend les premiers rayons du soleil et porte beaucoup moins bien. Ce n’est pas trop pénalisant, cela amortit nos grandes enjambées.

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Le choix de laisser les raquettes à la maison a été judicieux. Nous traversons le petit étang glacé, et l’on arrive au refuge à 11h05. Le plus difficile mais aussi le plus intéressant se termine là. Le long chemin du retour nous attend. Alors, comme nous sommes en avance, on en profite pour manger ici. Le ciel est trop couvert pour manger à l’extérieur, alors la cuisine du refuge fera l’affaire ; pourtant petit à petit, le sommet du Canigou se dévoile, mais sous l’effet d’un vent désagréable. Nous retrouvons les 3 partenaires de la nuit, qui sont montés dans la matinée au dessus du Pic Joffre ; équipés seulement de raquettes, on ne peut monter plus haut en cette saison. Ils sont sur le point de redescendre dans la plaine .Le temps de rassembler nos affaires, de passer un coup de balai et nous quittons le site à 12h25. Nous reprenons l’itinéraire de la veille dans les moindres détails.

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La piste nous paraît toujours aussi longue. Nous irons tous une fois au sol, à cause des langues de glace formées par l’eau qui avait ruisselé la veille et qui a gelé la nuit. Finalement, la partie la plus dangereuse n’était pas celle que l’on croyait.

 

Ras del Prat Cabrera

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Courte pause à l’entrée des bois de Patriques, puis descente d’une traite jusqu’au parking et arrivée à 14h30. Même si l’on trouve la neige à une altitude bien plus haute que nous le pensions, cela n’a pas gâché cette nouvelle visite au Pic du Canigou. L’année commence bien, dans la bonne humeur et sous le soleil Catalan.

 

Tracé du jour sur carte IGN 1/250000

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La journée en chiffres :

Dénivelé positif total : 671m - Dénivelé négatif total : 1770m

Temps de marche 5h16 pour 13,8km à 3,3 km/h

Point culminant 2784m - 2h21 pour atteindre le sommet



20/01/2015
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