Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Raid au Madres par la vallée de l’Aiguette

30/05/2015 : Col de Jau – piste forestière – vallée de l’Aiguette – Clotte de Madres – Sarrat del Bel Aire – Serrat des Clotes – pic de Madres (2469m) – Roc Négre (2459m) – Pic de la Rouquette (2345m) – Pic de Portepas (1798m) – piste forestière de Canrec – refuge de Callau – col de Jau

 

Avec ses 2469 mètres, le pic du Madres est bien le seigneur incontesté des Pyrénées Audoises. Bien qu’il soit à cheval sur deux départements, la moitié de ce massif tentaculaire s’étend dans le département de l’Aude. Le torrent de l’Aiguette vient se jeter dans le fleuve Aude alors que le torrent de la Castellane alimente côté Pyrénées-Orientales le fleuve de la Têt. C’est pour visiter cette vallée de l’Aiguette que je repars dans un long périple sur cette montagne peu fréquentée. C’est aussi pour redécouvrir les pièges qui m’avaient mis à genoux cet hiver et mieux comprendre les subtilités de ce secteur de l’Aiguette.

Départ traditionnel au col de Jau. Tous les modèles météo annoncent une journée maussade avec pluie inévitable en début d’après-midi. Lorsque je me gare au col de Jau, la température ne dépasse pas les 7°C et un brouillard épais enveloppe la forêt ; on ne voit pas à plus de 10 mètres. Il fait froid et très humide. Voilà qui promet une drôle de journée. Mehdi se joint à moi pour partager cette sortie insolite et à 7h10 nous nous mettons en marche dans cette atmosphère lugubre. Il faut suivre la piste qui démarre à la stèle.

 

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Ce qui surprend immédiatement, c’est que la piste descend. Nous perdons donc du dénivelé que l’on reprend presque aussitôt sans nous en apercevoir. Nous arrivons au terme de cette piste à 7h40 ; c’est une aire de retournement pour les véhicules de débardage. Cela pourrait constituer un endroit parfait pour un bivouac improvisé.

 

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Puis l’on poursuit droit devant sur un semblant de piste qui devient de plus en plus floue. Cela finit par déboucher sur une prairie toute fleurie de narcisses. Il faut traverser ce coin bucolique pour trouver au bout du pré un semblant de sentier et quelques cairns. Il est évident que ce sentier est peu pratiqué. On garde en permanence le torrent de l’Aiguette sur notre droite.

 

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Lorsque soudainement, le sentier disparaît en butant sur le torrent. On traverse pour évoluer sur la rive gauche. Je reconnais les lieux qui m’ont tant contrarié lors de mon passage en hiver. En effet, il n’est pas plus évident d’évoluer dans ce secteur sans neige. Il y a une clôture qui descend jusqu’au cours d’eau. C’est le point clef du secteur, le point de repère à retenir. Nous enjambons la clôture et l’on s’élève en empruntant une sente de vaches. Cela nous mène hors de la forêt au milieu de genets purgatif en pleine floraison. L’air ambiant embaume de ce parfum qui me rappelle qu’enfin nous sommes en haute montagne.

 

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Nous n’avons plus qu’à nous élever vers le Nord/Ouest. Soudain, face à nous se trouve un petit sommet que l’on devine derrière le rideau de brume moins dense. Il semble que l’on est sur le point de percer la couche de nuages. Ce sera chose faite à 9 heures exactement, dans un pré. Juste le temps de faire un point topologique et l’on enchaine sans perdre de temps.

 

Il ne fait pas bon se perdre en hiver dans le secteur

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A notre grand étonnement, on trouve une vieille piste qui ne semble plus être empruntée tant elle est abimée. Où vas-tu ? D’où vient-elle ? Nous n’en saurons pas plus, car elle ne figure sur aucune carte. On la quitte au profit d’un hors-sentier plus ludique au milieu des genets. On rattrape un sentier qui vient de la route forestière Colbert. Cette fois nous sommes sortis définitivement du brouillard et dans notre dos, une magnifique mer de nuages recouvre l’horizon Audois. La vue dégagée on va enfin profiter de toute la riche qu’offre le massif du Madres. Cela commence par des mouflons sur notre gauche ; ils traversent vivement une zone humide nommée les Nou Fonts. Tout en cheminant, on débusque cette fois une biche solitaire sur notre droite. Pas le temps de sortir l’appareil photo, l’animal est trop vif. On observe également les escarpements Ouest du Pic du Bernard Sauvage, ces escarpements qui font de ce pic vue d’ici, le seigneur local qu’il n’est pas. Sans nous en apercevoir, il est 10 heures lorsque nous arrivons à 2230 mètres au bord du serrat des Clotes. L’essentiel du dénivelé est pris, on peut alors s’autoriser un peu de repos. Première pause de la matinée.

 

Cette île est le pic de Tarbésou

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Roc Blanc et Pic de la Camisette

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Panorama allant du Carlit au Tarbésou

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La suite consiste à suivre le sentier GR de Pays tour du Capcir, balisé rouge et jaune, qui conduit au sommet du point culminant.

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Plutôt que de suivre le sentier qui part vers le col entre le pic du Bernard Sauvage et le Madres, nous choisissons de prendre droit dans la pente pour aller chercher la cime directement. Il n’y a aucune difficulté à cela et à 10h54 nous sommes juchés sur le point le plus élevé du massif. Il n’aura fallu que 3h34 pour cela. Le panorama que propose le sommet du Madres est en partie voilé par la mer de nuages. Nous sommes sous une couche d’inversion qui annonce des orages sur le lointain Carlit, mais rien pour nous. Des vautours fauves viennent jouer avec la crête, en provenance de la coume de Ponteils, c’est de bon augure pour prendre notre repas sur cette cime. Pour une fois le vent est pratiquement absent, le monde également, on s’offre alors 55 minutes de solitude contemplative au sommet du Madres. La face Nord/Ouest du Canigou joue à cache-cache parmi les nuages.

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La crête allant du Pic du Bernard Sauvage à la Glèbe dominant la haute vallée de la Castellane

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Nous reprenons notre visite du massif à 11h50, en direction du second sommet local, le Roc Nègre. Le départ est très large, mais au passage des escarpements du Clos Tort, il faut poser un peu les mains pour évoluer sur ce court passage aérien ; c’est l’unique originalité du massif.

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Nous apercevons en contre bas dans la vallée de la Castellane, deux isards qui ne prennent pas la pause. Nous venons de voir en moins de trois heures, tous les grands mammifères qui occupent cette montagne. Sommet du Roc Nègre à 12h10.

 

Du Roc Nègre, sommet du Madres à gauche, Pic du Bernard Sauvage à droite

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Nous quittons à présent le balisage du GRP pour enchainer en hors sentier vers le pic de la Rouquette. A présent nous évoluons à travers une lande rase, où seules les gentianes printanières viennent apporter une touche colorée.

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Le Pic de la Rouquette, qui n’en est pas vraiment un, est rapidement atteint. C’est un enchevêtrement de blocs de granit qui matérialise ce point culminant un peu vague. Pour effectuer une boucle, on va suivre la crête qui domine le lac de Nohèdes, certainement le plus beau des 3 lacs du secteur.

 

Lac de Nohèdes ou Gourg Estelat, au fond le pic de la Pelade.

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Une nouvelle harde de mouflons en contre bas

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On suit la crête pour se rendre au Pic de Portepas quelques 500 mètres plus bas. A 2100 mètres nous trouvons simultanément la forêt et le brouillard. Sans nous en rendre compte, ces deux éléments cumulés vont nous conduire dans la mauvaise direction. Nous avons de l’avance sur un éventuel orage, alors à 14h on se pose pour flâner pendant 30 minutes. Au niveau de l’altimètre tout est cohérent (1830 mètres), mais lorsque l’on se remet en marche à 14h30, un regard sur le GPS m’informe que nous nous éloignons de notre itinéraire. Il faut plonger à gauche en suivant la courbe de niveau, avec un cap au Nord. Rien de bien grave mais cela nous fait perdre du temps sur la météo qui nous envoi quelques gouttes isolées. En cheminant dans ce hors sentier total, je trouve quelques crottes extrêmement fraiches d’un ongulé. Rien de surprenant jusque là, si ce n’est que 5 minutes plus tard, par le plus grand des hasards, nous trouvons un jeune faon tapis sur notre chemin. Le jeune animal sans sa mère doit être effrayé par la présence importune de deux bipèdes. Nous prenons garde de ne pas le toucher et l’observons à bonne distance pour ne pas générer plus de stress. Ce détour inattendu nous aura offert cette improbable rencontre.

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On traverse ensuite le canal d’Urbanya et l’on se hisse sur la bonne crête. On surprend cette fois une biche, peut-être la mère du faon. Cette fois le pic de Portepas est en vue. C’est un dôme couvert par une forêt de résineux. Pour s’amuser un peu, Mehdi va aller jusqu’à trouver la borne qui symbolise les 1798 mètres du point le plus haut, car cette borne existe au raz du sol.

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Il ne nous reste plus qu’à descendre plein Nord. Au lieu de ça, nous nous laissons guider par une fausse piste pour quads qui nous éloigne à nouveau. On rectifie le cap à la boussole et on plonge sur la piste forestière qui doit nous ramener à la voiture. Etrangement, il y a de nombreuses coulées de roches assez incommodes, au milieu de la forêt, qui compliquent un peu le retour sur la piste. Une fois cette dernière trouvée, il suffit de la suivre sans se poser de question, elle vous ramène droit au col de Jau, en passant par le refuge en ruine de Callau. On termine notre boucle à 17h13 après 8h10 de marche, et en ayant échappé aux prévisions météo. J’ai même eu droit à un coup de soleil. Il n’y a aucune difficulté dans ce long périple en cette saison, mais il faut rester vigilant sur les caps à suivre dans les nombreuses sections hors sentiers, sous peine de se perdre rapidement. Mais que de belles rencontres on peut y faire. Je dois préciser pour conclure que nous n’avons croisé aucun autre randonneur, le Madres est bien le paradis de la solitude.

 

Fichier GPX à télécharger

 

Tracè du jour sur carte IGN 1/25000ème

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 8h10 pour 29,3 km à 4,2 km/h

Dénivelé positif total : 1305 m – Autant en négatif

Point culminant : 2469m.



01/06/2015
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