Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic de Peiraforca par l’arête Nord/Ouest (AD sup)

14/11/2015 – Jour 1 : parking Porta - GR107 – cabane pastorale

 

Alors que l’été indien se prolonge sur tout le Sud de la France, et que de tristes évènements viennent meurtrir Paris, c’est vers la montagne que je vais aller oublier combien le monde va mal. Nico me propose une course sauvage dans une vallée glaciaire au fin fond des Pyrénées-Orientales. Le départ s’effectue juste après le petit village (euphémisme) de Porta.

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Nous empruntons le GR107, sentier des bonhommes, pour s’engager dans la vallée de Campcardos. Il est 16h55 quand nous nous mettons en marche. La vallée est totalement à l’ombre et les zones d’eau dormantes que l’on croise sur le sentier sont totalement gelées. Le sentier est large et pavé, donc la marche y est facile. Nous ne mettrons qu’une heure pour arriver à la cabane pastorale où nous passerons la nuit.

 

La Peiraforca vue du refuge à la nuit tombante

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Il y a 5 couchages, et déjà 3 jeunes étudiants occupent les lieux. Nous serons donc 5 ce soir, le compte est bon. La soirée sera festive et lourdement arrosée de bière Moritz. Extinction des feux à 22h30.

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 1h pour 3,9 km à 4 km/h

Dénivelé positif total : 436m – Dénivelé négatif total : 0m

Point culminant : 1942m

 

15/11/2015 – Jour 2 : cabane pastorale – arête Nord/Ouest - Pic de Peiraforca (2647m) – glacier rocheux – cabane – GR107 – parking Porta

Nous nous levons à 5h30 avec un peu de retard, nous laissons dormir les jeunes festifs et nous nous mettons en marche à 6h20. Il fait encore totalement nuit, et le ciel est constellé d’étoiles. Un léger vent vif nous oblige à bien nous couvrir durant cette marche d’approche nocturne. Heureusement que le froid ne durera pas, car un début d’onglée gagne déjà mes doigts. Une partie de l’approche sera effectuée de nuit sur le sentier jusqu’à 2100 mètres. Il faut ensuite traverser le torrent pour aller chercher la base de l’arête Nord/Ouest. Il y a une partie totalement hors sentier au milieu des pins et massifs de rhododendrons bien dense. Heureusement, cette partie en mode sanglier est plutôt courte, pas plus de 20 minutes. Nous arrivons au pied de l’arête à 7h29 pour seulement 1h08 d’approche. Le jour est levé et déjà le soleil illumine les proches sommets que sont le pic Négre d’Envalira et les pics de Font Freda. 

 

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Par contre, vue l’orientation de notre arête, nous ne verrons pas le soleil avant le sommet. Rituel immuable pour ce type de course, on troque nos grosses chaussures pour les chaussons plus précis et plus adhérents, et à 8h on démarre la grimpe. Afin de gagner du temps, on va éviter la première longueur et monter un petit couloir herbeux. On rattrape sur notre gauche les dalles de l’arête. La première partie s’effectue en corde tendue ; il n’y a pas de difficulté qui nécessite de poser des relais.

 

Au départ de la voie

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On progresse rapidement. Le rocher est sec et jamais froid. La cordée fonctionne bien, la progression n’en est que meilleure. Il faut parfois poser quelques points, des relais, mais globalement cela reste d’un niveau acceptable. Le vide est pourtant bien présent ce qui rend l’arête encore plus élégante. Après quelques passages plus techniques, nous faisons une pause à 9h34, alors que nous venons de réaliser un peu plus de la moitié de l’arête. Voilà 2h42 que nous avons quitté le refuge. Malgré le fait que nous soyons à l’ombre, le froid ne se fait pas sentir. Perché sur notre nid de vautours, on contemple la vue sur la vallée de Campcardos et les trois pics de Font Negra. Loin sous nos pieds, le mal nommé Estany Gros ressemble plus à un marécage sans eau qu’à un étang vivant. Le temps de manger une barre énergétique et à 9h52 nous reprenons notre escalade.

 

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Esthétiquement parlant, ce bastion rocheux a vraiment de l’allure et s’y confronter est un véritable plaisir. On avance toujours en corde tendue jusqu’à trouver une belle dalle noire. C’est le passage clé pour moi. Nicolas, toujours en tête, se joue de la difficulté. Ce sera moins évident pour moi. Il y a 3 pitons solidement plantés dans la fissure qui raye la dalle. Malgré les fines prises, je trouverai la solution à ce qui me semblait être infranchissable de prime abord ; il y a en fait deux pas délicats pour se hisser hors de la dalle de 4 mètres de haut. En tant que second de cordée, c’est passé, mais je serai bien incapable actuellement de franchir cela en tête.

 

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Les difficultés majeures arrivent

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La fameuse dalle

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Nico franchissant la dalle

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La même dalle vue d'en haut

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Le dernier bastion à gravir

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La suite sera d’un degré de difficulté moindre, voire même plaisant de facilité, à moins que ce soit moi qui négocie mieux les obstacles. Nous atteignons le sommet à 10h56. Waouh, c’est fait ! Quel plaisir d’avoir gravi ce sommet dans un lieu si isolé. On semble seuls au monde : pas un bruit, pas un souffle, pas un murmure, et le tout avec le soleil enfin. Il nous aura fallu 3h47 pour se hisser sur les 2647 mètres de ce beau pic de Peiraforca.

 

Depuis le sommet, la face Nord du pic de Campcardos et l'arête menant au Roc Colom, au fond les pics des Engorgs

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Du sommet, vers l'Est la vallée de Campcardos

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Nous prenons alors notre repas sur place, sur le point culminant du jour, puisque rien ne presse à présent. L’arête qui relie le Peiraforca au Roc Colom sera pour une prochaine session de grimpe. La vue depuis cette vigie porte sur la crête allant des pics Roig jusqu’au Pic Carlit et les vallées du Querol et la coume d’en Garcia. Au Sud, le Campcardos nous barre l’horizon, tout comme au Nord par la crête allant du pic Négre d’Envalira, aux pics de Font Negra ainsi qu’au pic de les Valletes. Ainsi haut perché, on contemple la vallée silencieuse à nos pieds. On s’offre alors une heure de calme et à 12 heures, on se remet en marche.

 

Autre vue sur les sommets de Engorgs et le fond de la vallée de Campcardos

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Cette fois il faut aller chercher un passage direction Nord/Est, où l’on trouve de nombreuses plaques de neige totalement glacées. On doit accéder à un collet pour descendre par un couloir herbeux orienté plein Est, donc à l’ombre au moment où nous l’abordons. Ce court passage entre roche et neige a été très délicat à négocier afin de pas glisser ; en l’absence de neige ce serait bien plus facile. Une fois le collet rejoint, il faut se lancer en pleine pente, bien soutenu par les bâtons tant l’inclinaison est forte.

 

La neige est glacée, le couloir de descente est au col à droite au niveau de l'ombre et de la lumière

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Le couloir de descente, c'est vraiment très raide ici

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Je passe sur les  péripéties de cette descente, et on se retrouve avec plaisir au pied de ce dernier. On trouve là un glacier rocheux qui s’étire depuis la face Nord du Campcardos. Il ne nous reste plus qu’à le traverser et mettre le cap vers le fond de la vallée. Nicolas a même la bonne intuition de nous mettre sur un semblant de sentier car il y a quelques cairns. De-ci, delà, on trouve de vieilles marques de peinture rouge mais le sentier parait peu fréquenté tant les massifs de rhododendrons sont denses. Ce sera un peu en mode sanglier que l’on finira par arriver au bord du torrent. Nous le franchissons sans difficulté et l’on passe sur la rive gauche. Il ne reste plus qu’à reprendre le sentier du GR107 qui nous conduit à 14h09 au refuge.

 

Dans le glacier rocheux subactif

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Le couloir de descente vu d'en bas

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Là, nous récupérons le matériel laissé de bon matin et nous quittons définitivement la cabane à 14h35. Ce sera par le même sentier que nous descendrons cette belle vallée glaciaire.

 

Le sentier du retour, le pic Punxò au fond

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On se laisse guider tranquillement par ce large sentier si bien qu’à 15h28 nous arrivons rapidement à notre point de départ. Fin de la dernière course d’arête rocheuse de l’année, puisque la neige est attendue dans les prochains jours. Nous avons profité avec beaucoup de chance de cette douceur, pour réaliser une course qui a beaucoup de saveur, sur un rocher superbe et sain. Au cœur de l’été, il est à parier que la réalisation de l’intégralité de l’arête doit être un grand moment d’alpinisme.

 

Tracé du jour sur carte IGN 1/25000ième

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 6h44 pour 11,3 km à 3 km/h

Dénivelé positif total : 685m – Dénivelé négatif total : 1120m

Point culminant : 2647m

 



25/11/2015
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