Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Tour du Pech de Bugarach

08/10/2016 : Col du Linas (667m) – Les pastressis – col de Péchines – GR36 sentier cathare – voie de la fenêtre – demi-tour – GR36 – Bugarach – col du Linas

 

Avant de commencer le récit de cette journée pleine de surprises, il faut situer le contexte. Bugarach, village de 202 habitants (2010) dans les Corbières. De nombreuses légendes hantent le sommet, j’ai donc choisi celle-ci qui illustre à merveille ce que fut la journée.

LA LÉGENDE DE BUGARACH : L'Aude était autrefois, nous dit la tradition, une plaine immense et fertile sur laquelle veillaient des fées et des lutins. Les fées armées de longues piques chassaient les dragons et les serpents qui infestaient le pays, et dispersaient les nuages malfaisants pour la levée des récoltes. Les lutins, petits dieux des bois et des taillis, chassaient les vipères et dénichaient les corbeaux et les pies rapaces. C'est pourquoi le peuple audois bénissait ces esprits bienfaisants, leur élevait des autels et avec leurs images en décorait les frontons.

Parmi ces fées et ces lutins, la déesse Nore et les lutins Bug et Arach étaient les plus honorés, tandis que Cers, fils d'Eole, père des vents et tempêtes voyait son temple abandonné par les bons paysans qui l'accusaient de ravager les récoltes, de dépouiller les arbres de leurs fleurs et parfois de découronner même les toits des maisons. En vain, les fervents de Nore et les lutins Bug et Arach les suppliaient-ils ardemment d'intervenir auprès de Jupiter pour conjurer les méfaits de Cers. Ceux-ci avouaient en toute loyauté qu'ils se sentaient impuissants contre ce fils d'un dieu et petit-fils de Jupiter.

Un jour que la tempête avait fait rage plus que de coutume, la fée Nore, prise de pitié plus tendre pour le malheur de ces paysans, résolut d'implorer de front le grand dieu Jupiter. Touché de cette sainte audace, le maître de tonnerre promit à la petite déesse de calmer les colères de Cers et de veiller sur la contrée qu'elle aimait.

Encouragés par l'exemple de Nore, les lutins Bug et Arach se décident eux-aussi à implorer Jupiter pour qu'il délivre les pays qu'ils habitent des colères malfaisantes du même dieu Cers. Mais afin de se faire mieux entendre du Maître des Cieux, Bug grimpe sur les épaules d'Arach et fait sa prière à Jupiter qui se laisse fléchir et dresse dans les nues un promontoire protecteur, fait du même mont sur lequel s'étaient placés les deux lutins pour l'implorer. A l'abri de ce nouveau rempart, qui portera désormais le nom de Bugarach, toute la plaine du Roussillon et le plateau des Corbières ne craindront plus les colères désastreuses de Cers.

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Nous verrons que la réalité n’est pas si éloignée de la légende. Le départ de cette boucle se situe au col du Linas, sur le parking de la voie normale. Comme pour illustrer la légende, la cime du Pech est déjà enveloppée par une épaisse couche nuageuse. Accompagné d’Elodie novice en randonnée, nous quittons le parking à 8h40 avec la ferme intention de gravir le pic par la voie de la fenêtre. Le vent de Cers souffle déjà, mais à cette altitude il ne représente pas un frein sérieux à nos ambitions. Il faut partir à gauche sur un large chemin qui file Sud/Est en descente. La mise en jambe n’en est que plus douce et plus rapide. Le sentier est dégagé à ciel ouvert ; il traverse la propriété Les Pastressis, puis la pente commence à s’incliner doucement. A la première intersection, quitter cette piste pour tourner à droite légèrement Sud/Ouest.

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Quelques beaux escarpements de la face Est

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Cette fois nous entrons dans une forêt de hêtres et de buis. La pente est un peu plus prononcée. A présent nous prenons de la hauteur et la température suit l’inclinaison de la pente.

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Nous parvenons au col de Péchines à 9h55. 1h15 aurons suffit pour passer ce premier col. La vue s’ouvre furtivement sur le pic du Canigou et le massif du Madres, mais déjà de grosses nappes nuageuses viennent masquer les Pyrénées. Nous basculons alors sur l’autre versant où la descente s’effectue entre prairies et forêt. Le sentier est plutôt bucolique. Au passage des ruines de Campeau, c’est l’occasion de faire un point sur la direction à prendre.

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Chevaux aux ruines de Campeau

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Nous suivons le GR36, sentier Cathare dans sa variante Sud. Le sentier remonte à travers champs où l’on croise quelques bovins placides. Il y a une courte montée pour franchir un nouveau col sans nom, puis le sentier part en balcon.

 

Le col de Péchines au loin

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Le sentier en balcon

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La vue porte sur de belles campagnes et la barre rocheuse de la Serre de Ferran. Tout est boisé, paysage agréable. C’est vraiment un plaisir que d’évoluer sur ce terrain facile. Le vent souffle mais la forêt nous abrite, tout va pour le mieux. 11 heures, nous arrivons en pleine forme au pied de la principale difficulté, après 2h12 de marche. On se trouve à la base de la voie de la fenêtre.

 

Le panneau annonce !difficile!, ce n’est pas une information à prendre à la légère

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La pente se cabre brutalement, ce n’est plus le sympathique GR. Le sentier monte en ligne droite avec pratiquement aucun lacet. Nous suivons un balisage jaune assez abondant. Les escarpements calcaires du sommet ressemblent à de belles tours médiévales. Il va falloir franchir cet obstacle. Et pour ne rien arranger le vent souffle avec force.

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Gros plan sur la fenêtre

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Tant que nous sommes au milieu du couvert végétal, seule la pente est un obstacle relatif, mais quand nous atteignons la partie rocheuse, les choses vont se compliquer. La montée se fait aussi avec les mains, ludique mais impressionnant pour Elodie qui n’est pas habituée à cet exercice.

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Drôles de scultures, un sphinx sur la droite

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Cette fois nous y sommes

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Au niveau du passage de la fenêtre, le vent est vraiment puissant. On se fait bousculer avec force mais il nous semble encore possible de poursuivre l’ascension. Elodie est déstabilisée par ce vent tempétueux. Je passe par la fenêtre quand Elodie, précautionneusement, contourne cet obstacle par une corniche sur la gauche. Sur ce versant, le vent redouble d'intensité, il semble se renforcer de minute en minute.

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Nous poursuivons malgré tout avec la volonté de celui qui ne doute de rien. Nous suivons un couple de jeunes Anglais qui partent dans la mauvaise direction, vers la crête qui redescend au col de Péchines. Le vent nous stoppe rapidement, il faut faire demi tour pour reprendre la direction du sommet. A 50 mètres sous le sommet, Elodie ne peut plus tenir debout et le froid devient mordant. La sensation de pouvoir s’envoler à tout instant est insupportable. Nous ne pourrons pas traverser le plateau sommital, les rafales incessantes à plus de 80 km/h nous en interdisent l’accès. 12h55 il faut faire demi tour, le Cers a raison de nos efforts. Revenir sur nos pas n’est pas une chose facile, car cela implique de repasser par la fenêtre et la partie rocheuse, mais c’est l’unique issue.

 

Nous irons guère plus haut

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Le vent ne nous est jamais favorable, où que l’on aille nous l’avons de face ; il semble tourbillonner. A petits pas, nous reprenons l’itinéraire de la descente, qui se passe bien mieux qu’à la montée. Avec la perte de dénivelé, la force du vent diminue et tout redevient presque facile. A 13h35, on se pose enfin au ras du sol, à l’abri très relatif de ce vent incessant. C’est après 4h16 de marche que l’on peut enfin souffler et reprendre des forces. Cette halte sera courte car ce demi-tour nous impose une marche bien plus longue que si nous avions pu franchir le Pech.

 

C'est moins austère avec le ciel bleu

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Alors à 14h10, on se remet en marche. Au croisement du GR36, nous prenons la direction du village de Bugarach. Le vent est de moins en moins fort, comme un mauvais souvenir. Plus de difficulté à présent, il suffit de suivre le bon sentier et profiter de ce calme retrouvé. La journée reprend un rythme plus doux et les conditions météo sont à nouveau de saison. Oui le Pech de Bugarach protège bien les champs et le village de la rage du Cers.

 

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Etrange rencontre au village

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Une fois arrivés au village, il reste encore à remonter au col de Linas où se trouve la voiture. Ce sera par la route que l’on effectuera les derniers kilomètres qui paraitront bien longs, mais qui nous offriront de belles vues sur la fière Pique Grosse. On termine cette boucle à 16h50 après 6h50 de marche. Le tour fut complet et la journée réussie malgré l’absence du passage au sommet. A refaire dans de meilleures conditions bien sûr. Vraiment ce petit sommet a tout d'un grand !

 

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Trace GPS : http://www.openrunner.com/index.php?id=6672144

Fichier GPX à télécharger

 

Tracé du jour sur carte IGN 1/25000ème

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La journée en chiffres :

Dénivelé positif total : 1175m – Autant en négatif

Temps de marche 6h50 pour 18,5 km à 3,2 km/h

Point culminant 1190m



11/10/2016
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