Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Gra de Fajol Petit par le canal Estreta (AD sup)

11/12/2016 : Vallter 2000 – Canal Estreta – Pic de Gra de Fajol Petit (2568m) – col 2488m – Vallter 2000

 

Le cirque de Vallter 2000, en Catalogne Est, est un site idéal et unique dans les Pyrénées, pour pratiquer l’alpinisme hivernal. L’approche des couloirs est très faible grâce à la proximité de la route qui conduit à la station de ski, et la multitude des couloirs permet de se confronter à tous les niveaux de difficulté. Nous avons choisi pour ce dimanche le plus beau de tous, le couloir Estreta ou canal central sur le sommet du Gra de Fajol Petit. Selon les conditions d’enneigement et de glace qui se forme dans cette goulotte, le niveau de difficulté varie énormément.

Après une bonne nuit à Camprodon, Nicolas nous retrouve, Yannick et moi pour nous amener taper des glaçons. Nous nous mettons en marche à 8h20 depuis le virage où l’on trouve le sentier menant au refuge. Il n’est pas nécessaire de passer par le refuge ; sous celui-ci, contourner la butte qui porte le refuge, par un cheminement sur la gauche. On coupe une piste de ski et l’on traverse un petit glacier rocheux pour nous amener en 23 minutes au pied du couloir, il est 8h43. Le temps de chausser les crampons et prendre les piolets, et nous nous engageons dans le cône de déjection. Nous ne sommes pas les seuls, deux Espagnols nous précèdent.

 

Gra de Fajol Petit

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Couloir Estreta à droite, le plus encaissè

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Au pied du couloir

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Le ressaut d'entrée dans le couloir est tout en glace

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Lorsque nous arrivons au pied du premier ressaut, ils sont sur le point de démarrer dans la difficulté. Et la difficulté est impressionnante. Un mur de 5 mètres barre l’entrée du couloir. Pour se hisser au dessus, il va falloir utiliser une colonne de glace vive. Puis un bloc coincé nous attend à la sortie, qu’il faut contourner par la gauche avec très peu de prises. Les Espagnols ont du matériel dernier cri et semblent aguerris à ce genre d’exercice. Le premier va se bagarrer un très long moment et casse beaucoup de glace ; cette entrée parait poser de gros problèmes. Quand ce sera au tour du second, il ne sera pas plus doué, il abime encore un peu plus la colonne, peste, jure, et panique un peu. Ce petit manège va durer 45 minutes durant lesquelles nous allons rester statiques dans ce congélateur. Visiblement ils ne sont pas à leur place. C’est trop long, c’est insupportable. Comment allons nous gérer cela, nous qui sommes trois et avec Yannick comme novice dans ce type de difficulté !

Nicolas s’engage et déjà il pose une broche à glace dans la colonne pour sécuriser le premier pas, ce que n’ont pas fait les Espagnols. Il trouve aisément le spit sur le bloc coincé, ce qui sécurise totalement la sortie du bloc, puis il disparait pour aller au premier relais. Yannick s’engage à son tour. Pas plus impressionné que ça, il ancre bien les piolets, trouve les bons appuis sur les pointes et si ce n’était pas la corde qui se bloque dans la dégaine du bloc, il serait passé en moins de temps qu’il ne faut pour le dire.

 

La colonne de glace

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On analyse la situation

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Nicolas au bloc coincè

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La même chose vue d'en haut

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Yannick en action

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Puis je m’engage sans attendre que Yannick soit au relais. Il est 10 heures. C’est grâce à la parfaite maitrise de l’assurage de Nicolas que nous pouvons avancer simultanément. Le nez sur la colonne de glace, c’est quand même impressionnant de verticalité. Il faut ancrer solidement les piolets et travailler en traction. La glace est fiable, je grimpe mieux que ce que je ne pensais. Le passage du bloc est plus retors maintenant qu’il ne reste presque plus de glace après le saccage des Espagnols. Mais j’ai trouvé un appui solide sur le pied droit qui me permet de me hisser et me défaire de cette première difficulté majeure. Cela place d’entrée la cotation en un bon AD +. A trois, il nous fallu seulement 15 minutes. Le problème c’est que nous sommes à présent sous les chutes de glace que provoquent les deux saccageurs qui avancent toujours aussi lentement. Là c’est vraiment dangereux car de nombreuses assiettes nous tombent dessus, puis de la neige en quantité, et encore des glaçons. La tension est palpable car un accident pourrait se produire.

 

Second ressaut

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Second ressaut vu d'en haut

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Le second ressaut est un nouveau passage totalement en glace, mais bien moins haut. C’est un rocher entièrement avalé par plusieurs dizaines de centimètres de glace. Nico passe en tête pour aller mettre en place le prochain relais. Le ressaut aurait de quoi impressionner, mais après ce que nous venons de franchir, il est d’un degré moindre et se passe plutôt bien, malgré les glaçons qui continuent de nous tomber dessus.

 

Yannick s'engage sur le second ressaut

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La glace est de bonne qualité, chaque impact de piolet ou de crampons mord solidement le glaçon. C’est à se demander comment les Espagnols ont autant peiné. Une fois l’obstacle effacé, c’est une longue pente de neige qui mène au relais suivant. Nicolas a même négocié de passer devant l’un des Espagnols puisque nous avançons bien plus vite.

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Second ressaut vu d'un peu plus haut

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Le ressaut suivant est toujours un pas en glace, mais la difficulté décroit au fur et à mesure que l’on prend de la hauteur. Ce n’est même pas un sujet, et simplement le temps de récupérer les broches à glace, avancer en corde tendue, et nous voilà au relais dit « de la grotte ».

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C’est une cavité qui nous permet de reprendre des forces sur une plate forme, tout en étant à l’abri des chutes de glace. Les Espagnols ne prennent pas de pause et repassent devant, tandis que l’on va souffler un peu et s’alimenter afin de finir énergiquement la partie terminale du couloir.

 

Dans "la grotte"

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Le départ de cette ultime difficulté se passe sur une étroite vire, qui s’enchaine sur une succession de marches couvertes d’une fine pellicule de glace. La pente perd peu à peu de l’inclinaison. Au dernier relais, les difficultés sont derrière nous ; il ne reste plus qu’à terminer en corde tendue la dernière rampe pour sortir au soleil et sur la crête. C’est fait et bien fait. Quel superbe couloir dans un site tout aussi beau. Il manque un peu de neige sur les flancs Sud du pic de La Dona pour donner encore plus d’éclat à ce tableau qui n’en manque déjà pas.

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 La partie terminale du couloir est moins encaissée

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Avec Yannick, nous poursuivons notre ascension jusqu’à atteindre la cime du Gra de Fajol Petit, tandis que Nicolas reste sur place. C’est par une élégante arête facile que l’on se hisse sur les 2568 mètres à 11h54. Le temps effectif n’est que de 2h13, une poussière pour ce genre d’exercice. Le ciel est bleu, le vent est nul, la température positive, c’est une journée idéale.

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Panorama vers le Nord

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Juste le temps d’immortaliser notre passage sur cette cime, et l’on redescend retrouver le guide pour prendre le repas. Comme la veille, nous profitons d’une météo parfaite, sans vent et d’un soleil radieux. C’est à 12h48 que l’on repart en direction du grand col qui sépare les 2 pics de Gra de Fajol. Il faut ensuite basculer à nouveau en versant Nord dans une pente très prononcée. L’inclinaison vaut bien celle d’un couloir.

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A la base de cette muraille, nous reprenons le même itinéraire matinal, en passant sous les nombreux couloirs, puis le glacier rocheux, et enfin le sentier du refuge. Nous terminons cette belle sortie alpine à 13h42, pour seulement 3h14 d’efforts. Une réussite dans un cadre merveilleux. Merci Nico pour ta maitrise, et bravo Yannick pour cette première.

 

Trace GPS : http://www.openrunner.com/index.php?id=6856896

Fichier GPX à télécharger

 

Carte_Estreta.jpg

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 3h14 pour 5,4 km à 3,6 km/h

Dénivelé positif total :  484 m – Autant en négatif

Point culminant : 2568m



16/12/2016
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