Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic de la Munia par la voie normale Nord

26/09/2015 : parking de Troumouse – Mur du Passet – Col de la Munia – Pas du Chat – Pic de la Munia (3133m) – aller/retour

 

Le cirque de Troumouse est l’archétype du cirque glaciaire en forme de fer à cheval. Le pic de la Munia en est le point culminant, pratiquement au point central de la cette muraille calcaire. J’avais toujours craint de me risquer seul sur cette face nord à cause de deux obstacles considérés comme difficiles. De plus, de bonnes conditions météo sont requises pour éviter les nombreux pièges de la muraille et l’absence d’humidité est indispensable. Quand Marc me propose de m’y conduire, j’accepte immédiatement. Pierre, un sympathique Ariégeois de Foix complètera cette équipe qui totalisera trois décennies de marcheurs pyrénéens.

Après une nuit au camp de base de Lau Balagnas, nous prenons le départ à 7h56 au parking du cirque, bien au dessus de l’auberge du Maillet. A cette époque de l’année, la route est entièrement ouverte ; il en est autrement durant la période estivale. Le jour vient de se lever, quand nous nous mettons en marche. Il ne fait que 5°C. Le départ du sentier est bien évident, il s’agit d’aller au pied de la paroi du cirque. C’est pratiquement plat, la prise de dénivelé est donc faible, ce qui permet à Marc de nous guider sur un train d’enfer. On voit facilement qu’il y a une trace de sentier dans le cône de déjection de la partie base de la paroi.

 

Le cirque de Troumouse, la Munia avec de la neige

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Dans notre dos, la partie déjà parcourue

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Une fois arrivé sur le pierrier, il suffit de suivre la trace dans celui-ci. Le sol est bien stabilisé, cela permet de progresser sereinement. Puis on s’avance vers un éperon où l’on découvre au dernier moment la suite de notre itinéraire sur la droite. Un couloir d’éboulis caché qui se dresse fortement. C’est la seule rampe praticable pour se hisser sur l’étage supérieur du cirque. Malgré l’inclinaison de la pente, on grimpe sans difficulté et la prise de dénivelé est immédiate.

 

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Ce passage incliné est très court, et la sortie dans la partie supérieure est plutôt élégante. En suivant les quelques cairns que l’on trouve, on ne tarde pas à arriver au premier passage clé du jour : le mur du Passet. Nous aurons mis 1h10 pour arriver devant cet obstacle. Ce mur est à « escalader » en deux temps. On grimpe par quelques marches suivant une diagonale de gauche à droite, puis on tourne sur la gauche à mi-hauteur pour sortir en haut du mur. Franchir cet obstacle à  la montée est un régal, qu’en sera-t-il au retour ? Marc a déjà une idée sur la question.

 

Marc dans le mur du Passet

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Le mur vu d'en haut

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Ce qui nous attend est vraiment surprenant. La partie médiane du cirque est étonnamment large, entièrement recouverte de blocs de roche. Il y a quelques dépressions thermokarstiques qui témoignent de l’activité glaciaire dans ce secteur. Dans notre dos, la vue s’ouvre de plus en plus sur les hauts sommets environnants, tels le Campbielh, le Pic Long et même le Taillon.

 

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La suite consiste à faire un grand S en prenant pour repaire, une grande dalle blanche dans l’axe du col de la Munia. Il y a quelques cairns qui indiquent où se trouve le meilleur itinéraire, mais par beau temps il n’y a pas d’erreur possible. Le col de la Munia est suffisamment large pour ne pas le manquer. A l’approche du col, deux isards venant de l’autre versant nous observent sans trop de stress. Le plus téméraire des deux va même s’approcher de nous avec une nonchalance étonnante.

 

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En quelques enjambées, nous parvenons juste au dessus du col de la Munia à 9h37, après 1h37 de marche. D’ici nous sommes sur la frontière, et la vue s’ouvre subitement sur l’Espagne. Le massif qui saute aux yeux est celui du Mont Perdu, et malgré son glacier réduit depuis le printemps, il reste un sommet avec beaucoup de prestance. Tout proche, le pic de Robiñera nous cache la vue vers l’Est.

 

Vue sur l'Espagne avec les étangs de la Munia

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Pic de Robiñera

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Las Tres Marias

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Gros plan sur le versant Nord du Mont Perdu

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A présent, nous n’avons qu’à suivre la crête, plein Est pour se rendre sur notre objectif. On ne tarde pas à arriver sur la seconde difficulté du jour, le pas du chat, une dalle fortement inclinée, pratiquement lisse fendue par une belle fissure. Il y a une corde pour les moins aguerris, et une plaquette pour faire un rappel à la descente. Escalader ce passage ne présente que peu de difficulté, du III tout au plus. On peut aussi éviter cette dalle en passant sur les rochers plus à gauche. Ce sera notre itinéraire à la descente.

 

Pas du Chat

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La suite de l’ascension consiste à suivre la longue crête, parfois découpée, parfois facile. On évite souvent les passages délicats par le Sud. Marc nous amène à une brèche où l’on doit franchir un bloc coincé, très esthétique, et l’on file plein Est jusqu’à arriver sans vraiment s’en rendre compte sur le sommet de la Munia, à 3133 mètres d’où l’on domine tout le cirque. Il n’y a pas de point plus haut entre le Pic Long à l’Est et le Mont Perdu à l’Ouest, voilà pourquoi cela fait de ce sommet un belvédère de choix. Il est 10h37 quand nous foulons la cime du jour, après avoir mis 2h21 d’ascension. C’est vraiment court pour un tel sommet, alors on va profiter du temps que l’on a devant nous pour profiter longuement du panorama. Nous sommes les seuls, alors autant faire durer le plaisir. Pierre sort du calvados, Marc du Limoncello. Une première à la Munia ça se fête comme il se doit !

 

Proche du sommet

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Sommet de la Munia

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Marc nous fait un tour d’horizon pour énumérer les sommets visibles et ils sont nombreux. Pour ne citer que les plus importants, nous avons : Le Mont Perdu et le Cylindre, le Marboré, le Vignemale, le Balaïtous, l’Arbizon, l’Ardiden, le Pic Long, le Badet, le Campbielh, le Ramong, Les Posets, la Punta Suelza et la Punta Fueza, le Cotiella, au loin vers l’Est le massif de la Maladeta et j’oublie volontairement les secondaires. Nous avons là l’un des plus beaux panoramas des Pyrénées. Les conditions étaient réunies pour que l’ascension soit réussie.

 

Panorama sur tout le massif du Mont Perdu

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Nous quittons le sommet à 11h05 pour laisser la place aux prochains randonneurs qui arrivent par le versant Espagnol. Pour le retour, on va éviter le bloc coincé en restant toujours versant Sud jusqu’à arriver bien vite au Pas du Chat. Nous n’utiliserons pas la corde qui est sur place et l’on va passer sur notre droite (à la descente) par quelques dalles que l’on négocie sur les fesses. Pas élégant, mais efficace ! La suite de la descente ne présente pas plus de difficulté puisque nous revenons par le même itinéraire qu’à la montée.

Le mur du Passet va être abordé de différente façon ; Marc passe à droite suivi de Pierre qui a une façon très particulière de glisser sur son arrière train, alors que moi, je choisis une façon plus académique de désescalade sur la gauche. Finalement aucun de nous n’aura emprunté les marches de la montée. Le seul point à retenir ici, c’est qu’il ne faut pas trop partir sur la droite, en cas de chute.

 

Désescalade du Mur du Passet

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Descente dans le couloir

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Dernier regard sur le cirque et le pic de la Munia

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Le retour au pied du cirque se passe de commentaire tant c’est évident. Il n’y a plus qu’à suivre le sentier emprunté de bon matin. Il est 14h06 quand nous regagnons donc notre point de départ. La journée aura été bien courte avec seulement 4h43, chose peu courante pour un sommet dépassant les 3000 mètres. C’est à la terrasse du l’auberge du Maillet que nous terminons cette très belle journée. Un grand merci à notre infaillible et infatigable guide m’aura permis de découvrir un très beau sommet, en démystifiant les passages difficiles. Néanmoins, à n’entreprendre uniquement que par temps sec, sous peine de ne pas pouvoir monter en adhérence le mur du Passet, ou risquer une chute à la descente. Merci à Pierre pour sa bonne humeur et son flegme devant les attaques incessantes du guide face à la réputation ariégeoise.

 

Tracé de la journée sur carte IGN 1/25000ème

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 4h43 pour 12,5 km à 3,4 km/h

Dénivelé positif total : 1030m – Autant en négatif

Point culminant : 3133m



12/10/2015
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