Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic du Carlit, face Sud couloir hélico (PD+)

30/04/2018 : refuge Veirat (2038m) – coma dels Forats – couloir hélico – pic Carlit (2921m) – Tossal Colomer (2673m) – Etang Llat – Les Bouillouses – GR vallée d’Angoustrine – chapelle Sant Marti d’Envalls

 

Préambule à cette sortie exceptionnelle. Yannick va m’accompagner pour tenter à nouveau le pic Carlit par le couloir hélico, sur sa face Sud. Il vient de participer dans la matinée à un trail dans les Albères de 36 km, comptant 2000 mètres de dénivelé. Il termine 39ième sur 449 participants en 4h15. Autant dire qu’il n’a pas ménagé ses efforts, et qu’en guise de récupération active, j’ai préparé un programme assez ambitieux. La météo ne nous autorise qu’une journée pour tenter l’ascension du pic Carlit, alors il est impératif d’écourter l’approche le mieux possible. Il a beaucoup plu en ce jour transformant les sentiers en ruisseaux, et une nouvelle chute de neige a même eu lieu au dessus de 1800 mètres. Le décor est planté. Ambiance ! Départ donc de la chapelle de Sant Marti d’Envalls, dimanche soir à 21h12, pour se rendre au refuge Veirat afin d’aller y passer la nuit, et ainsi réduire l’approche et l'ascension du lendemain.

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Nous partons à la lueur des lampes frontales avec un conseiller de dernière minute qui va nous permettre de gagner un temps précieux. En effet, Marc connaît un raccourci pour se rendre au refuge. Il faut remonter le sentier de la vallée d’Angoustrine sur environ 300m pour le quitter et s’engager sur la gauche dans un bosquet. Cet itinéraire est balisé en jaune. Marc nous met sur orbite et nous abandonne à notre triste sort. Il fait nuit noire. Tant que nous nous trouvons dans le bosquet, le balisage est bien visible, mais le sentier sort dans une zone dénudée de végétation, coïncidant aussi avec l’apparition de la neige au sol. Fin du balisage, il faut marcher à l’azimut, cap au Nord. Il s’agit de couper la piste qui monte depuis la chapelle, l’itinéraire traditionnel mais aussi plus long. Comme si l’absence de clarté ne suffisait pas, un épais brouillard nous enveloppe, renvoyant la lumière de nos frontales. La visibilité est réduite au halo de lumière de nos faibles lampes. L’ambiance serait sinistre s’il n’y avait pas au sol de nombreuses traces fraiches de passages d’animaux sauvages, et le moins que l’on puisse dire, c’est que le massif est habité. Comme l’a écrit Alphonse Daudet : « le jour c’est la vie des êtres, la nuit c’est la vie des choses ». Une fois sur la piste, passer une boucle puis environ 300m, quitter la piste sur la droite, cap à l’Est. Le GPS nous sera bien utile, il sera nos yeux. Nous traversons une lande nue jusqu’à trouver les premiers résineux ; le refuge est proche, en contre bas d’un amas rocheux. Le refuge est à l’écart des sentiers, situé dans une jasse, presque invisible d’où que l’on y vienne. Nous devrons même éteindre les frontales pour apercevoir la masse sombre du bâtiment. Nous arrivons à destination à 23h05. Il est inoccupé, propre, bien isolé du froid, accueillant ; 4 couchages avec sommier et matelas. Extinction des feux à 23h30. Yannick n’est que l’ombre de lui même. Fin de l’acte 1.

 

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Acte 2

Quelques 6 heures plus tard, le lever sonne à 6h15, départ à 7h17 raquettes aux pieds. Un brouillard arrive par le Sud, mais se déchire bien vite. Absence de sentier, cap Nord - Nord/Est en louvoyant. Il faut franchir de nombreuses buttes constituées de gros rochers et quelques pins à crochets. La neige n’est pas assez abondante pour reboucher solidement les interstices entres les pierres ; un piège se cache sous chacun de nos pas. C’est le secteur le plus critique de la journée. Je vais même disparaître jusqu’au bassin dans l’un de ces trous, heureusement sans conséquence.

 

Aux abords du refuge

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Le site du refuge vu de plus haut

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La couche de neige est de plus en plus épaisse, au fur et à mesure que l’on prend de l’altitude. La chance semble nous accompagner, puisque les nuages épais restent dans notre dos et le ciel se dévoile enfin dans notre destination. Le pic Carlit oppose fièrement sa face Sud bien plâtrée, à nos regards envieux et médusés par tant de verticalité. Mais l’approche est encore longue.

 

Première vue sur le versant Sud du Carlit

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Gros plan sur la face

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Si en été, le torrent qui descend de la coma dels Forats ne pose pas de problème, il en est autrement en cette saison. Il collecte des millions de litres d’eau qui descendent du Carlit et du Solana Carnicera. Il est large et impétueux. Un unique pont de neige, dont la solidité toute relative s’offre à nous, permettra à Yannick de traverser le cours d’eau. J’ai choisi de faire un grand saut pour ne pas affaiblir cet ouvrage éphémère. Il était moins une que nous restions bloqués sur cette rive. Mais pas de doute, la chance est de notre côté aujourd’hui.

 

Torrent de la coma dels Forats

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Au loin le pic Occidental de Coll Roig

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A présent, nous pouvons avancer à vue. Nous faisons une première pause après 2 heures de marche. L’inactivité nous rappelle que la journée sera froide, voire même très glaciale lorsque le vent se lève ; il faut écourter cette halte. La partie supérieure de la coma dels Forats se parcourt rapidement, tant la neige est y abondante et bien tassée. Nous chaussons les crampons proches du pied de la face à 10h24, après 2h53 d’approche. Quelques 380 mètres de verticalité nous attendent. Il n’y a pas de difficulté technique, mais la verticalité est au rendez-vous, bien plus prononcée que dans le Vermicelle du Cambre d’Ase, pour donner un exemple local.

 

Ça se précise

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L'itinéraire que nous emprunterons

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Nous engageons l’ascension dans la partie la plus à droite de la face. C’est donc une variante du couloir. La neige est gelée sous la fine sous-couche de fraiche. Inutile de se relayer dans de telles conditions, les crampons mordent à peine sans laisser de trace ; nous grimpons donc l’un à côté de l’autre. L’effort des mollets est maximal, seules les pointes avant des crampons travaillent. Nous ferons une halte sur un promontoire rocheux. Cela va nous permettre de revenir en pleine face.

 

Un peu de verticalité

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Le promontoire rocheux idéal pour effectuer un arrêt

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La coma dels Forats sous une neige de cinéma

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A présent, nous allons reprendre l’axe principal du couloir par une ascendance latérale. C’est impressionnant de se trouver dans ce décor si vaste, et nous si petits. Et à ma grande surprise, cette seconde partie est moins inclinée que la première. L’ascension s’en trouve facilitée. Il ne reste plus qu’à rester dans l’axe principal et sortir sur l’arête Est, tout proche de la cime. Le sommet du Carlit est atteint à 12h30 en 4h30.

 

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Dans la partie supérieure de la face

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Proche de la sortie

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La sortie vue vers le bas

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Un mois jour pour jour, j’échouais dans ma tentative de gravir ce couloir, pour cause de mauvaise météo, et d’une approche trop longue. En ayant revu ma stratégie, je concrétise ainsi ce projet qui me tenait à cœur. Yannick réussit là son premier Carlit en version alpine. C’est une réussite complète. Le plaisir que j’éprouve à ce moment-là ne se décrit pas, il se vit. Au même instant, deux espagnols arrivent par le versant Ouest. Nous échangeons sur nos ressentis, sur la météo, puis séance de photos réciproque et ils quittent rapidement le sommet. Un vent trop froid va nous interdire de rester sur place pour manger, alors après 20 minutes de contemplation, nous devons prendre congé du toit des P.O. A bientôt seigneur Carlit !

 

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Cet hiver la croix est bien restée fixée

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Vue vers le Nord/Est sur le pic Péric

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Gros plan sur le Cap de Llosada où je me trouvais voilà 2 semaines

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La descente s’effectue par le couloir principal Est. La neige est si parfaite que Yannick va le descendre en mode luge. Il n’y a aucun risque, c’est rapide et grisant. Puis nous allons chercher un épaulement à l’abri du vent au niveau du col entre le Tossal Colomer et le Carlit. Pause repas bien méritée, à 13h11 [4h49].

 

Versant Est du Carlit

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Proche panorama

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Sommet du Tossal Colomer

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Autre vue sur le couloir

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Lorsque nous repartons à 13h49, le vent souffle à 40 km/h alors qu’il fait -5°C ; le ressenti est de -15°C, un vrai petit blizzard. Mais lorsque nous passons sous la cime du Tossal Colomer, à l’abri de ce souffle glacial, la chaleur de nos vêtements en serait presque insupportable. C’est le contraste incroyable que peut procurer le printemps. Puis nous plongeons à nouveau dans la coma dels Forats pour prendre plein Est la direction des Bouillouses.

 

Une sentinelle veille tout proche

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Au pied du Tossal Colomer avec le pic Carlit en fond

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Nous passons d’abord par l’étang Llat, puis le Sec, pour finir au barrage des Bouillouses. Tous les étangs supérieurs sont encore sous la glace. Puis, au niveau du point information, nous trouvons le départ du GR tour du Carlit que nous allons suivre jusqu’à notre point de départ.

 

Le déversoir de l'estany Llat

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Le secteur Bouillouses

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Le sentier est gorgé d’eau, ça ruisselle de toute part. Nous descendons le torrent Angoustrine qui prend de la force et du débit au fur et à mesure de son cours. Il gronde, il bouillonne, il résonne dans ce vallon encaissé. Ce retour nous parait interminablement long, entre la fatigue et le grondement de l’eau, il est temps d’en finir. Même en allongeant le pas, la distance ne semble jamais se réduire ; l’eau qui occupe le sentier se charge de nous ralentir. Nous arrivons à bon port à 18h36, mettant un terme à une journée de 8h53 de marche. Quel périple ! Encore une journée réussie, mais une journée qui ne tolère pas la moindre défaillance, tant les distances sont longues.

 

Après les isards les biches

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L'Angoustrine a un débit imposant proche de la chapelle

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Trace du circuit complet sur carte IGN 1/25000

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Les chiffres de la sortie :

Temps de marche total 8h53 + 1h50 pour 25,2 km

Dénivelé positif total : 1076 m – Dénivelé négatif total : 1544 m

Point culminant : 2921m



02/05/2018
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