Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic du Port ou Pic de Font Blanca depuis le Bouychet

10/09/2016 : Bouychet – passerelle de la Peyre – cabane d’Auruzan – col 1998m – étang de Gnioure – vallée de Gnioure – étang du Rouch – Pic du Port (2903m) – Crête d’Arial – Pic d’Arial (2687m) – Port Vell de Siguer (2436m) –étang de Peyregrand – cabane de Brouquenat d’en haut – passerelle de la Peyre – Bouychet

 

Depuis le jour où j’avais vu ce haut sommet frontalier avec la principauté d’Andorre depuis la cime de la Pique d’Endron, j’ai appris à identifier le pic du Port depuis de nombreuses hautes cimes environnantes, puisqu’on le voit de loin. Et pour cause, le pic du Port appelé également pic de Font Blanca par les Andorrans dépasse quand même les 2900 mètres. Ce sommet avait aiguisé ma curiosité et je m’étais promis d’aller à sa découverte dès que l’opportunité m’en serait donnée. Je vais donc aborder son ascension par le Nord, c’est-à-dire par la longue vallée de Gnioure dans le Vicdessos en Ariège. Une randonnée sportive que j’ai tirée de l’ouvrage de Michel Sébastien « Randonnées dans les Pyrénées du soleil ». Ainsi cette découverte par l’Ariège s’annonce comme un périple, car les vallées sont profondes dans ce secteur Ariégeois ; aucune route ne permet de se rapprocher raisonnablement. C’est même l’une des plus longues marches que l’on puisse trouver dans les Pyrénées, c’est dire le programme qui nous attend. Yannick m’accompagne comme toujours pour ces raids un peu fous.

Le départ se trouve après le village de Siguer, au terminus de la route, au parking du Bouychet. Le sentier se prend immédiatement derrière les bâtiments à l’abandon. On s’engage sur le sentier à 7h30. C’est l’Ariège, donc ça monte immédiatement. L’orage de la veille a raviné le sentier couvert de grosses pierres. On évolue dans un sous-bois de buis (Bouychet : petit buis) et de noisetiers. Le sentier s’enfonce dans le vallon d‘Escales ; on coupe par deux fois le torrent par des solides passerelles, mais il reste les stigmates d’avalanches qui ont dû les détruire par le passé.

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Le seul animal sauvage que nous croiserons, la salamandre

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A 1500 mètres, au niveau de la jasse de Brouquenat d’en bas où paissent de belles gasconnes, on traverse le torrent au niveau de la passerelle de la Peyre et l’on tourne immédiatement à droite en pleine pente. Il est 8h35. C’est ici que nous quittons ce vallon pour prendre la direction de celui de Gnioure. Il y a un balisage jaune un peu fané. La prise de hauteur est progressive. Au passage on peut admirer la cabane d’Auruzan magnifiquement restaurée.

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Malgré l’inclinaison de la pente, le sentier est suffisamment bien marqué pour atténuer la difficulté. Nous parvenons au col de la crête du Taychou après 2 heures de marche. Nous venons déjà d’avaler un peu plus de 1000 mètres de dénivelé, et ce n’est que la moitié de ce qui reste à venir. On s’octroie donc une pause pour admirer le profond abime de la vallée de Gnioure. Yannick imagine même un spot de base jump tant la faille est vertigineuse. Par un chemin en balcon parfaitement taillé dans la falaise, nous perdons un peu de hauteur pour arriver aux abords du barrage de Gnioure. Il ne reste plus qu’un champ de ruines des bâtiments qui ont servi à la construction et à l’entretien de ce bel édifice.

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Le niveau est bas sous la côté maximale

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Une cabane de berger subsiste puisque un troupeau de moutons et deux patous gardent les lieux. L’un d’eux tente une intimidation sur le sentier, mais il s’écartera pour se mettre entre nous et quelques moutons éparpillés. Ouf affrontement évité ! L’étang de Gnioure est vraiment long, pratiquement une heure pour arriver au bout, au niveau d’une ile qui n’en est pas une en ce jour, tant le niveau de l’eau est bas.

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L'étang en se retournant

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Nous suivons le sentier qui remonte la vallée. A présent la prise de dénivelé est faible, beaucoup de kilomètres pour peu de hauteur. Tout est austère autour de nous et le Pic du Port n’est toujours pas visible. On se laisse alors aspirer par la vallée. On franchit un verrou et on en profite pour refaire le plein d’eau. On se trouve alors sur un grand plat d’où l’on peut voir en se retournant la partie parcourue, et l’on s'aperçoit qu’il ne fallait pas monter le verrou, mais quitter l’axe principal de la vallée. Au moins on sait où il faut aller à présent.

 

Vue en direction du port de la Goueille

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La suite sera dans ces pentes de gispet

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On revient alors en arrière en perdant le moins de hauteur possible, tout en restant sur la rive droite du torrent. Il y a un replat herbeux sous l’immense falaise sombre. On contourne les falaises pour trouver un passage parmi les pentes de gispets et les éboulis. Depuis le torrent, à l’altitude 2100m, il faut viser les falaises sur la gauche pour trouver le passage. Une sente à moutons indique la voie à suivre. C’est raide, vraiment raide. C’est éprouvant, la pente n’offre aucun répit. Des moutons, on va même en trouver et ils vont nous conduire à l’étang du Rouch. Il est 13h07 quand nous y parvenons après 5h15. Il est grand temps pour nous de prendre le repas, les forces viennent à manquer.

 

En s'élevant, dernier regard sur la vallée de Gnioure

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Etang du Rouch

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Le brouillard s’invite durant cette pause. Il nous masque la suite de notre itinéraire ; nous sommes pourtant au pied de la face Nord du pic du Port et il reste totalement invisible. Etrange sensation d’être dans un lieu secret, comme vierge, et pourtant nous trouverons sous une pierre une boite rouillée ! Comment est-il possible de manquer de respect à un endroit si fragile et si difficile d’accès ? Triste est de constater que la bêtise ne disparait pas avec l’altitude.

A 13h52, on s’engage dans un large couloir d’éboulis plein Sud, le type même de couloir d’alpinisme hivernal. Le cône de déjection est plutôt stable. On prend de la hauteur, mais l’inclinaison devient de plus en plus raide. Le pourcentage de pente est sans nul autre pareil, plus raide cela deviendrait de l’escalade. Un gros soupir de soulagement lorsqu’on sort au col marqué par un cairn. Nous voilà sur la frontière franco-andorrane. Ouf ça c’est fait ! On tourne sur la gauche pour suivre plein Est la crête facile. Le brouillard nous masque la vue vers l’étang du Rouch, mais il fait beau sur l’Andorre. A 14h51, au bout d’une marche longue de 6h14, on a gagné le droit de fouler la cime du Pic du Port. Il est le 7ième et dernier des rares sommets Andorrans à culminer au dessus de 2900 mètres. Chez eux, il se nomme le Pic de Font Blanca. Avec son relatif isolement, cela lui confère encore plus de prestance. Pour le panorama sur la France, il faudra revenir car la brume danse sur la frontière.

 

Proche du sommet

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Côté Andorran, c’est la station de ski d’Arcalis qui attire le regard et l’oreille. En effet, une course de voitures est en train de se dérouler fort bruyamment. Un solide cairn marque la cime. Nous serions restés plus longtemps mais il nous a déjà fallu plus de 6 heures pour se rendre au sommet, le point le plus éloigné de notre point de départ, et on doit encore rentrer. Pour cela, on choisit de suivre la crête de l’Arial vers l’Est.

Dans un premier temps la crête est facile, plutôt large mais elle devient subitement plus accidentée. On évite les difficultés par le Sud dans des pentes de gispet. Il va sans dire que toute chute est interdite. Il y a de nombreuses brèches et une fois sur deux on peut suivre soit le fil, soit on s’échappe. La crête s’élargit enfin pour nous hisser à 2687 mètres au pic d’Arial. Ce sommet domine par son versant Nord les étangs de Llassies. Il est déjà 16h28 et le temps tourne, 7h31 de marche.

 

Yannick au sommet du pic d’Arial

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L'un des échappatoires

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Les étangs de Llassies

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Nous poursuivons la marche en crête jusqu’à quelques mètres d’un col, où l’on s’échappe à nouveau par le Sud. C’est le Port Vell de Siguer. Il est 17 heures et déjà 8 heures que les jambes sont en action. Nous apercevons vaguement vers l’Est l’étang Blaou, il est temps de quitter la crête et de plonger vers la vallée.

 

Etang Blaou et pic de Thoumasset

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Pas de sentier, juste des pierriers, des rhododendrons et des genévriers. Aucun problème pour se déplacer dans ce hors sentier où coule même une source. Une fois le plancher de la vallée de Peyregrand rejoint, il suffit alors de suivre le torrent par sa rive droite. Peu à peu, une sente se dessine, les kilomètres passent et le temps défile vite, très vite. On passe la cabane de Peyregrand, puis l’étang éponyme que l’on contourne pas l’Ouest (sur notre gauche). Nous poursuivons l’interminable descente en laissant la cabane de Brouquenat-d’en-haut qui est occupée par un pêcheur et l’on retrouve enfin la passerelle de la Peyre à 19h50 [10h38].

 

Etang de Peyregrand

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Magnifique savoir faire des anciens

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Nous fermons ainsi la boucle, mais il reste encore la descente jusqu’au Bouychet. On évite de justesse la charge d’une vache gasconne pas vraiment décidée à nous laisser passer, et l’on s’enfonce dans la partie finale. Il fait si sombre que ce sera à la frontale que nous terminerons cette journée exceptionnellement longue et soutenue. Il est 20h47 quand on arrive à la voiture après 11h35 de marche effective, pour un dénivelé dépassant les 2300 mètres. Nous sommes fourbus, mais l’avons fait, et heureux de l’avoir fait. Je ne conseille à personne de faire de même, à moins d’aimer la solitude et le mal aux cuisses. Pas de photos vers la France à cause de la brume, et au retour la carte mémoire de l’apn a perdu tous les clichés après l’étang du Rouch, ce qui impose d’y retourner, mais par le versant Sud certainement.

Merci mon frérot pour tes photos et ta patience.

 

Trace GPS : //www.openrunner.com/index.php?id=6582287

Fichier GPX à télécharger

 

Tracé du jour sur carte IGN 1/25000ème

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 11h35 pour 33,6 km à 3,6 km/h

Dénivelé positif total : 2308m – Autant en négatif

Point culminant : 2903 mètres



14/09/2016
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