Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Besiberri Nord en boucle par l’Estany de Besiberri

05/09/2020 : Tunnel de Vielha – étang de Besiberri – refuge de Besiberri – Besiberri Nord (3008m) – Brèche Peyta – Lac de Mar – Collada de lac de Mar (2498m) – Pórt de Rius (2344m) – Tunnel de Vielha

 

Un peu d’histoire :

La première ascension du Mont-Blanc a eu lieu en 1786. La première ascension du pic d’Aneto en 1842. La première ascension du Besiberri Sud fut réalisée en 1866 par Packe et Dashwood. Le Besiberri Nord ne sera vaincu que 33 ans plus tard, en 1899 par l’équipe Nils de Barck, Henri et Marcel Spont et Jean Marie Sansuc. 113 ans après le toit des Alpes, 57 ans après le toit des Pyrénées, c’est dire si ce sommet oppose une résistance sévère. Même de nos jours, cela demande à établir des stratégies, d’approche notamment.

 

Plus d’un an s’est écoulé depuis ma précédente visite qui s’était soldée par un échec. Alors pourquoi remettre ça ? C’est la question récurrente de tous ceux qui ne gravissent pas des montagnes, à ceux qui le font. Les raisons sont multiples, les raisons sont toutes très personnelles, et je ne vais pas les développer ici. Pratiquement un mois jour pour jour après une entorse de la cheville gauche, je me lance prudemment dans cette nouvelle tentative. Départ à 20h10 depuis le parking du refuge de Conangles, pour couper l'approche en deux, et aller dormir à presque 2200 mètres. Je connais cet itinéraire qui se déroule en partie en forêt ; il ne présente que peu d’intérêt jusqu’à l’étang de Besiberri. La nuit ne tarde pas à tomber, je poursuis la montée à la frontale. Une fois parvenu à l’étang de Besiberri, j’aperçois de la lumière venant du refuge. Je ne serai pas seul ce soir. Cette lumière est inattendue, tel un phare, elle me donne un point de repère dans cette obscurité. J’arrive au refuge à 22h28, après 2h18 d’ascension. Il y a déjà 4 personnes, je serai le dernier à prendre place ce soir. Le temps d’un repas et je me couche à 23 heures.

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 2h18 pour 5,5 km à 2,4 km/h

Dénivelé positif total : 695m – Dénivelé négatif total : 58m

Point culminant : 2182m

 

« Chaque personne devrait identifier quel est son 8000 qu’il devrait escalader » Edurne Pasaban. Pour moi c’est le Besiberri Nord.

 

Levé à 6h40, je quitte le refuge à 7 heures. Une longue journée commence. Je suis content de marcher aux premières lueurs du jour ; le terrain ne se prête guère à la marche à la frontale. Le petit jour offre toujours de belles couleurs sur les hautes cimes.

Je suis dans un premier temps l’itinéraire menant au Besiberri Sud, et dés que possible je quitte celui-ci pour mettre le cap plein Est. Je vise un couloir bien évident tout à gauche de la face. Je choisis d’évoluer le plus longtemps possible sur les dalles couchées, polies par l’antique glacier. Cela sollicite moins ma cheville convalescente, que ne le ferait le terrain croulant de blocs plus à droite. Je n’avance pas bien vite. Je me présente au pied du couloir à 8h40, pour 1h40 d’approche. C’est l’heure del desayuno, avant d’affronter les choses sérieuses.

 

Le vallon de Besiberri

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Gros plan sur le pic d'Aneto
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Gros plan sur le pic de Vallibierna
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Autre éclairage
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Sur ma droite pic d'Abellers et Punta Senyalada

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Cherchez bien, il y a plus de 30 moutons sur cette photo. Je viens de découvrir que les moutons mangent des cailloux !!!
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Moutons isolés du troupeau avec en fond le Tosal dels Estanyets
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La face à gravir
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Entrée du couloir
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Vue de la partie déjà gravie depuis l'entrée du couloir
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Je me lance dans la muraille à 9 heures. Le départ du couloir est signalé par un beau cairn. L’entrée du couloir est obstruée par des blocs coincés. Quelques pas d’escalade en II sup sont nécessaires pour passer cet obstacle. Je me hisse sur cette muraille de roche, cherchant la faiblesse dans la cuirasse. Irai-je jusqu’au sommet avec ma cheville convalescente ? Je suis comme Pierre Desproges : « La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute ». Je prends de la hauteur, je redouble de prudence. Je n’avance pas bien vite ; j’observe beaucoup le terrain et mon environnement. L’itinéraire est parfaitement balisé par des cairns. Il y a juste ce qu’il faut pour ne pas en avoir le tournis comme sur certains sommets. Plus j’avance et plus je suis surpris par la relative facilité de la voie. L’itinéraire suit des vires herbeuses non exposées au vide, qui coupent quelques couloirs obliques. On vise un rocher comme suspendu où il faudra tourner à gauche, et cela sort sur l’arête à 15 mètres du point culminant. Je suis soudain inondé de lumière.

 

Grossièrement la voie à suivreP1110811.JPG

 

Premier passage à franchir, le plus délicat

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Itinéraire à ne pas suivre

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Tourner sur la droite à mi-couloir
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Poursuivre la vire en ascendance à droite

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Une sortie de couloir où l'on peut voir une sangle de rappel
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Gros plan sur la sangle de rappel
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Vue arrière d'où l'on vient
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Rencontre étonnante avec un lagopède femelle
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La vire se poursuit en ascendance oblique, on remarquera le bloc suspendu à droite
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Le bloc suspendu devient plus distinct, c'est lui qu'il faut viser
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Vue arrière dans la face
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Le bloc suspendu marque le point où il faut repartir sur la gauche
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Ultime vire à gauche menant à la crête sommitale
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La cime vue depuis la crête
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Le bout d’arête n’est qu’une formalité, même s’il faut rester prudent, et à 9h50, j’ai le plaisir de fouler enfin les 3008 mètres du Besiberri Nord, soit 50 minutes depuis le pied de la face, et 2h30 depuis le refuge. C’était ma troisième tentative pour ce sommet, celle-ci est la bonne. Il me revient à l’esprit cette citation de Charlie Chaplin "L'obstination est le chemin de la réussite." Aujourd’hui je n’ai pas la prétention de dire que j’ai vaincu le Besiberri Nord, mais plus exactement que le Besiberri Nord m’a donné l’occasion de réaliser une victoire sur moi-même. Comme l’a dit Platon il y a bien longtemps : « La victoire sur soi est la plus grande des victoires ». Je n’ai jamais eu le tempérament d’un combattant, néanmoins je ne rechigne pas devant la difficulté. Elle confère aux évènements un extraordinaire relief émotionnel. La difficulté exacerbe les émotions, offre à l’instant présent plus d’intensité, comme si l’onde de vie remplissait l’espace. Néanmoins, je ne suis pas totalement abandonné à ma joie, car je sais que le retour sera compliqué, peut-être encore plus. Mais pour l’instant, je profite du paysage. La vue plongeante sur les grands lacs environnants est d’une beauté singulière. L’arête reliant tous les Besiberri est spectaculaire, mais ce sera pour plus tard.

 

Quelques symboles du sommet

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Vue vers le Nord/Est, sans commentaire

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Estanyet de Riumalo en premier plan, Estany Negre au second et à sa droite la Punta Alta

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L'arête des Besiberri et l'estany Gelat de Comaloforno
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Gros plan vers le Nord/Est

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Vue vers l'Est, dans le lointain la Pique d'Estats
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Gros plan vers l'Est sur la Pique d'Estats

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Vue vers l'Ouest

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Gros plan vers le Nord/Ouest
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Gros plan vers Nord/Est
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Gros plan sur le pic du Midi de Bigorre
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J’entends des voix, il est temps de laisser le sommet aux prochains. J’ai eu pour moi seul, durant 35 minutes, ce sommet dont j’avais tant rêvé. Le retour se fera par le versant Est, soit la dite voie « normale ». Je plonge en face Est à 10h25. Des cairns indiquent le meilleur itinéraire, puis plus rien. Je vois les prochains très bas, mais comment s’y rendre. Il y a deux murs à franchir. C’est assez effrayant. Alors j’applique la phrase du grand philosophe Jacques Chirac « Le courage c’est de ne pas avoir peur ». Je cherche la possibilité de désescalader. J’ai la corde mais elle ne m’est d’aucun secours, aucune possibilité de poser un rappel. Suspendu les bras tendus, et grâce à ma taille, j’arrive à poser le bout du pied droit au sol ; c’est trop engagé, je ne dois pas être où il faudrait mais je n’ai pas trouvé mieux. Pratiquement au pied de la paroi se pose le même problème. Cette fois un groupe d’espagnols est là, et l’un d’eux va sécuriser mon pied gauche pour effacer la difficulté. Je ferai de même pour lui, mais lui monte. Etrange voie normale si technique où je vais croiser 4 groupes de 4 personnes, alors que dans le même moment personne ne montera par le versant Ouest ! Je pousse un soupir de soulagement à 10h55 quand j’ai enfin quitté la paroi.

 

Le pied de la paroi où il faut se rendre

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On devine un banquette herbeuse mais un mur à franchir pour l'atteindre
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Passage en désescalade
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Gros plan sur la désescalade

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Nouveau passage complexe où il faut atteindre le cairn

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Le passage où j'ai eu besoin d'aide

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Direction la brèche Peyta à présent. C’est pratiquement de niveau, et malgré le terrain accidenté, c’est de la randonnée. Je ne marche pas bien vite, je dois « sécuriser » ma cheville. Il fait très chaud, un vrai été indien en altitude. Je passe la brèche Peyta à 11h35 [3h40]. Je m’assure auprès d'un randonneur ibère présent qu’il n’y a personne plus bas, et je me lance.

 

Pour donner une idée de la voie, on peut voir des personnes progresser dans la paroi
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Gros plan sur la paroi
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Dans la face Est, un homme proche du sommet

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La crête des Besiberri vue du bas

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La brèche Peyta invisible à gauche
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Vue vers le Nord depuis la brèche
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Tout est croulant sur ce terrain. C’est comme s’il n’y avait pas de sous-couche pour ancrer les rochers. C’est la seconde fois que je passe par ici, je doute que j’y passe une troisième. Il faut louvoyer sur ce type de terrain pour trouver les meilleurs appuis. Je suis surpris de rencontrer 3 personnes qui descendent et une qui monte. « Tant de monde », je n’aurai jamais cru ça ici. Puis je vais chercher une source afin de me désaltérer et prendre le repas. Il est 12h25, je suis à cet instant proche de l’étang suspendu dans l’obaga de Lac de Mar. Voilà 4h30 de marche, et pas encore la moitié du trajet accompli.

 

Aneto encore visible par delà la muraille

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Ça plonge sévère !
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Etang suspendu dans l’obaga de Lac de Mar, Lac de Mar et Tossau de Mar
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La brèche Peyta
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Il y a pire comme vue pour prendre un repas !
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Lac de Mar avec en fond le Maubermé point culminant du Couserans
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Dans un milieu aussi austère, H2O ici cela s'appelle la VIE

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Il est 13 heures, je me remets en marche. Descente en suivant une sente jusqu’à la rive du Lac de Mar. Puis la remontée immédiatement à la Collada de lac de Mar en suivant une variante du GR11. Cette montée est courte mais sévère, surtout avec un soleil implacable. Je passe ce col qui sépare les deux sites lacustres à 14h06 [5h36], et je reste sur le sentier jusqu’au bord du lac Tort de Rius. Je connais le sentier qui suit la rive orientale, itinéraire très long, fait de tours et contours. Je décide alors de passer par la rive occidentale, cela parait plus direct sur la carte. C’était la mauvaise idée du jour.

 

Face Nord du Besiberri Nord et brèche Peyta invisible tout à gauche

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Le lac de Mar manque cruellement d'eau
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Vue sur la brèche Peyta visible depuis le sentier de la Collada de lac de Mar
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Lac de Mar et Montardo
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Collada de lac de Mar, vue sur le lac Tort de Rius
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Pierre isotérique ? Non, simple sculpture naturelle
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La rive occidentale n’est pas aménagée, et bien que le niveau de l’eau soit bas, il est impossible de marcher le long du rivage. Il faut évoluer sans cesse de 2 à 15 mètres au dessus de l’eau. Le terrain est fait de pelouse fortement inclinée, de barres rocheuses à contourner souvent par le haut, et de deux pierriers faits de blocs gigantesques. Ah vraiment c’était la mauvaise idée du jour. Je n’avance pas, c’est interminablement long. Néanmoins la vue sur les eaux limpides est fabuleuse. Jusqu’au bout il faudra rester assez haut pour éviter tous les obstacles, et ne surtout pas vouloir se rapprocher trop de l’eau. Passage du Pórt de Rius à 16h33 en 7h51. J’ai assez perdu de temps, place au sentier pour perdre 800 mètres.

 

Les eaux limpides du lac Tort de Rius
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Versant Ouest du Tossal de Mar

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Pórt de Rius si proche, pourtant si loin
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Vue sur le fond de vallée depuis le Pórt de Rius
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Rien à dire, il n’y a plus qu’à ranger le cerveau dans le sac, et perdre du dénivelé. Par deux fois la cheville gauche va vaciller sans rompre, c’est le signe d’une grosse fatigue. Je redouble de prudence, qu’importe le temps que je vais mettre. Fin de la boucle à 18h23 en 9h38. J’avais le souhait de gravir ce Besiberri Nord. Et quand la concrétisation vient couronner le souhait, on appelle cela une journée parfaite. Ce fut une journée parfaite. C’est pour l’heure mon unique 3000 de l’année. Il reste encore 245 km de route, mais des images plein la tête.

 

Trace du circuit complet :


Visorando

 

Temps de marche total 9h38 pour 17,4 km à 1,8 km/h

Dénivelé positif total : 1163 m – Dénivelé négatif total : 1814 m

Point culminant : 3008m



07/09/2020
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