Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

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Besiberri Nord par le Lac de Mar : à deux pas du but

31/08/2019 : Tunnel de Vielha – GR11 – Pórt de Rius (2344m) – Collada de Lac de Mar (2498m) – Lac de Mar – Brèche Peyta – cheminée terminale du Besiberri Nord – aller/retour

 

J’ai manqué mon premier rendez-vous au Besiberri Nord début juillet (2019) pour cause d’orage, j’ai échoué le second rendez-vous début août pour cause d’itinéraire trop dangereux. Cette fois, je vais me présenter avec du matériel pour faire face à l’imprévu. Et puisque la voie normale passe par le versant Est du sommet, alors utilisons cette voie. Néanmoins, la dite voie normale débute habituellement au barrage de Cavallers, et passe sous la brèche Peyta. Le passage clef est donc là, mais je vais aborder cette brèche par son versant Nord, avec un départ depuis le tunnel de Vielha.

Le GR11 conduisant au Pórt de Rius depuis Conangles, ne présente aucun intérêt visuel de jour, alors autant le parcourir de nuit. Je me mets en marche à 4h35 par une nuit noire sous un ciel superbement étoilé. Quel plaisir de voir le ciel ainsi, c’est devenu si rare de nos jours. C’est parti pour 750 mètres de dénivelé. Aussi étrange que cela puisse paraitre, la montée de nuit n’est pas monotone, et je me présente à 6h35 au Port de Rius, après juste deux heures, pour assister au plus beau des spectacles : le lever du jour.

 

Lever du jour au Pórt de Rius

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Lac de Rius au petit jour
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Tossau de Mar se reflétant dans le lac de Rius
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Lac de Rius
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Au loin, la montagne tricéphale de la Pique d'Estats s'embrase
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Montardo d'Aran face Ouest
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Gros plan sur le Montardo d'Aran
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Aller d’amont en aval de ce lac est relativement long, surtout dû aux ondulations du terrain. Le niveau d’eau est si bas, que le déversoir ne coule plus. Il est étonnant de remarquer que les eaux de ce lac se déversant versant Est donc regardant la Méditerranée, finiront dans la Garonne pour rejoindre l’océan. Quel parcours ! Au déversoir, je quitte le GR11, pour mettre le cap Sud/Est. Je vais longer le Lac Tórt de Rius, le bien nommé. Ici, le chemin le plus rapide n’est jamais la ligne droite. Parcourir de part en part ce lac étendu est interminable. Je fais une pause après 3 heures ; il est 7h57.

 

En aval du lac de Rius, le déficit d'eau est criant
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Besiberri Nord enfin visible tout au fond, si loin
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Allure altière du Besiberri Nord
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Jeux de miroir dans le lac Tórt de Rius
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C’est déjà un soulagement de parvenir à l’amont de ce lac, pour engager un bout d’ascension vers le second col du jour. C’est court, mais raide. Il est 8h46 quand je traverse la collada de lac de Mar, en 3h50. Je trouve que je n’avance pas, je n’ai pas l’énergie nécessaire à une telle journée, mais qu’importe, profitons du paysage unique de cette région. Les lacs sont déjà une récompense en soi. L’estany de Mar compte parmi les plus grands et les plus beaux des Pyrénées. Il faut le voir de haut pour en découvrir toute sa beauté.

 

Lac Tórt de Rius dans mon dos
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Lac de Mar et Montardo d'Aran depuis la collada de lac de Mar
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Il faut se rendre sur le rivage du bel étang. Durant la descente, il sera prudent de repérer la brèche Peyta, car elle va disparaitre durant la suite de l’itinéraire. Ce bout de sentier qui mène à l’étang est surprenant de difficulté, et encore il faut se réjouir d’être sur un sentier. Me voici au lac de Mar à 9h25, par 4h20, la montre tourne. Le rivage de l’étang propose une plage de sable fin, une île en son centre, et de l’eau turquoise ; le mimétisme avec la Méditerranée est parfait. Je quitte le sentier du lac de Mar, pour suivre le premier et unique panneau annonçant le Besiberri Nord. Une sente et de nombreux cairns indiquent la voie. Cela mène facilement à un étang confidentiel sans nom. On peut naturellement faire le plein d’eau dans les cours d’eau qui l’alimentent.

 

Il faut remonter en face à la brèche
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Lac de Mar
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Seul panneau annonçant le Besiberri Nord tout au fond
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Etang sans nom alimentant le lac de Mar
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A cet instant les cairns deviennent plus rares, et se rendre à la brèche Peyta demande une bonne lecture du terrain. Il faut parvenir sans grande difficulté sur un escarpement rocheux, et ainsi se mettre dans l’axe de la brèche. La suite se déroule à vue sur un terrain croulant, et extrêmement raide. C’est un couloir qui doit être plus agréable à gravir en version hivernale. Je me hisse enfin à cette échancrure de la muraille à 10h50, pour un total de 5h32. La brèche Peyta, quelle originalité, pour moi qui porte le nom de Peytavi. Je prends juste le temps d’observer le versant Sud et je rattrape le sentier de la voie normale du Besiberri Nord. Le plus difficile reste encore à faire.

 

Besiberri Nord - la brèche Peyta est invisible, totalement sur la gauche
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Tossau de Mar sur la gauche, dans le lointain pic de Maubermé
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Brèche Peyta
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Rude montée à la brèche
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Punta Alta et Estanyet de Riumalo depuis la brèche
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Dans la brèche Peyta
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Lac de Rius déjà très loin
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Un sentier clair et bien balisé passe à gauche de la muraille. Il évite les nombreux écueils de l’arête Est du Besiberri. La fatigue se fait sentir, la chaleur aussi. Je pousse la marche jusqu’à la base du sommet, là où les cheminées terminales commencent. Il est 11h35, je vais prendre mon repas ici. Le chrono affiche 6h30 de marche continue. L’altitude affiche 2881 mètres, et cela m’amuse de penser que c’est celle du Puig dels Bastiments, à Vallter 2000. Un couple arrive du sommet, et le monsieur m’indique qu’il avait déjà gravi ce sommet ainsi que toute l’arête, avec un guide ; fort de cette connaissance, il venait de mener son épouse sur ce sommet qu’il nomme authentique. Il me conseille de ne jamais aller sur le fil de l’arête, de rester sur la gauche de cette dernière, de suivre les cairns, et de prendre les meilleures cheminées ; en tout point le rocher est de bonne qualité, et le niveau général n’excède pas le III sup. Merci, et bon retour.

 

La crête versant Est entre le Besiberri Nord et le Besiberri del Mig
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Gros plan sur la partie terminale du Besiberri Nord où l'on distingue un couple

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Point de départ où il faut chercher les cheminées
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J’enfile le casque et le baudrier, la corde à l’épaule et je me lance à 12 heures. Je suis seul. La première partie est évidente car bien balisée, mais déjà le niveau de difficulté est élevé. Je me pose même la question du retour. Ah, je dois préciser que j’envisage un retour par le versant Ouest, donc cela ne me concerne normalement pas. Je viens buter sur une cheminée de 4 mètres de haut, enfin, une fissure encadrée de deux parois lisses. Comment gravir cela ? Et est-ce le passage clé ? Pendant mes interrogations, une cordée d’une douzaine d’espagnols arrive à grands pas. Je choisis d’éviter par la droite cette difficulté trop importante pour moi. Cela me conduit sur l’arête et je domine la dite cheminée. Ce n’est « que » du III sup, mais comment dire, après 6h30 de marche et 1700 mètres de dénivelé positif, avec un vide abyssal sur ma droite, le III sup prend aussitôt une autre dimension. Je me sens piégé, incapable de monter ni de descendre. Que faire ?

Entre temps, les espagnols sont parvenus à la base de la cheminée. Ils s’équipent tous. L’homme qui mène la troupe monte comme un chat à ma hauteur, pour m’indiquer que La Cheminée est bien là où je me situe. Je lui montre que je ne suis pas certain, et que je suis en difficulté. Ce guide, ou en tout cas le plus compétent de tous, me propose deux options : tu montes ou tu dégages. Quelle élégance ! Je n’avais pas été informé que le Besiberri Nord avait été privatisé en ce samedi. Je me risque à lui demander si je peux me joindre à eux, mais la réponse est un cinglant : NO SEÑOR, pour ne pas dire no coño. Je dois me rendre à l’évidence que pour moi c’est un échec. Rien que l’idée de rentrer par l’itinéraire de l’aller m’assomme sur place. Au départ de chaque randonnée en terrain inconnu, il y a ce que l’on souhaite faire, il y a ce que l’on est capable de faire et il y a ce que l’on réalise in fine. C’est cette incertitude qui rend si passionnante ces journées intenses, mais c’est la montagne qui a toujours le dernier mot. Il n’est plus temps de tergiverser, chaque minute compte, je dois faire demi tour. La désescalade est un moment de tension assez particulier, mais ça passe. Le retour va se dérouler à présent intégralement par le même itinéraire qu’à aller. Avant de quitter définitivement les lieux, j’observe comment les espagnols vont effacer la difficulté. Le « guide » se hisse aisément en haut de la cheminée, et il fera monter un à un les autres membres du groupe par un assurage à l’épaule. Je ne sais toujours pas s’il est possible de poser un rappel à cet endroit. Il est 12h30.

 

Une partie gravie, qu'il faudra désescalader !!!
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LA cheminée, passage clé que je n'ai pu franchir
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Impasse dans la muraille, ça ne passe plus
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La vue sur le chemin parcouru est quand même exceptionnelle depuis l'arête terminale
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Par un calcul rapide, je sais déjà que je ne serai pas rentré avant 18 heures, qu’il va falloir être patient. Retour assez rapide à la brèche, et plongée dans le couloir croulant. Il est toujours plus facile de prendre dans ce sens ce type de terrain, car il n’y a qu’à suivre le glissement de terrain. Je fais à nouveau le plein d’eau dans ce coin qui ne doit pas voir de marcheurs toute les semaines, et direction le lac de Mar et son col éponyme. Durant l’ascension du col, un grondement et quelques gouttes viennent me donner un coup de fouet. La pluie se trouve pour le moment sur les sommets frontaliers Ariègeois, mais le ciel bleu compose toujours mon toit dans ma direction de marche. Je passe la collada de lac de Mar à 15 heures.

 

Large vue vers l'Est avec l'estany Negre sous le refuge Ventosa y Calvell
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Là d'où je viens
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Le chemin le plus court reste encore le sentier pour la collada de Lac de Mar

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J’ai beau hâter le pas comme je peux avec ma cheville droite toujours convalescente, cela est interminablement long. Pas question non plus de chercher un raccourci, il n’y en a pas. Le paysage est certes beau, singulier même, mais la déception est telle que j’en oublie presque de profiter de ces moments rares. La chaleur est écrasante, j’aimerais trouver de l’ombre mais il n’y en a pas. Que c’est long, comme l’Aston, mais avec un sentier, et ça fait une grande différence. Durant le contournement des deux lacs de Rius, je vais prendre 80 mètres de dénivelé positif, alors même que je perds de l’altitude ; c’est dire la complexité du relief. Je passe le Port de Rius à 16h38, 10h05 de marche. Je découvre de jour le sentier matinal, et il me parait plus long à présent. Le temps égraine ses minutes, alors que mes pas avalent les kilomètres. J’en termine définitivement à 18h09, pour une journée de 11h32 de marche, avec si peu de pauses.

 

Lac Tórt de Rius, immense, et Tuc de Sarrahèra (sommet plat)
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Pórt de Rius
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Que retirer d’une telle journée ? Un échec cuisant ? Pas si sûr, car du positif il y a. D’abord, le fait de ne pas avoir gravi ce redoutable Besiberri Nord va me donner une occasion supplémentaire de revenir, même si pour l’instant je suis autant marqué psychologiquement que physiquement. Si l’illustre G. Veron donne ce sommet pour randonneur expérimenté accompagné d’un guide, n’est pas une vue de l’esprit. Ensuite, que les paysages sont d’une infinie beauté, qu’il faut connaitre quand on se dit Pyrénéen. Et pour finir, le côté gratifiant est que j’ai fait face en solo à des difficultés sans la moindre aide extérieure. Je connais un peu plus ce massif granitique complexe. Ce n’est pas un sommet aseptisé, et c’est bien ainsi. Allez Besiberri Nord, sans rancune et à bientôt.

 

Petite remarque sur les temps des panneaux, ne pas trop avoir confiance. Voilà un exemple de 2 panneaux distants de 100 mètres : la distance est invariable, par contre les temps sont fantaisistes.

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Trace du jour :


Visorando

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 11h32 pour 29,4 km à 2,6 km/h

Dénivelé positif total : 2055 m – Autant en négatif

Point culminant : 2948m



01/09/2019
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