Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Boucle autour de la Pique d’Estats

28/09/2013 : Orris du Carla – vallon de Riufret – col de Riufret (2978m) – Port de Sutllo (2894m) – Estany d’Estats – Estany de Sutllo – Barranc de Sutllo – Barranc d’Areste – Barranc del port Vell – Port de Roumazet ou Port Vell (2571m) - Etang de Roumazet – GRT – Orris du Carla

 

Préambule à cette course : elle est tirée du livre de Luis Alejos « Courses en boucle entre les refuges » Edition Sua Edizioak. C’est un circuit sur 2 jours, imposant une nuit au refuge espagnol de Vallferrera. La météo du week-end ne nous accordant qu’un unique jour sans pluie, je vais donc me lancer dans ce périple sur une journée. Pour partir au plus tôt, je vais dormir à Soulcem, au point de départ. Durant toute la nuit, le vent va souffler avec rage, me faisant douter sur la possibilité de me lancer dans ce périple dans de telles conditions. Pourtant, au petit matin, le souffle d’Eole cesse.

 

Contrairement au topo qui a inspiré cette course, je vais réaliser le circuit à l’envers ; la suite me donnera raison. A 7h08, je quitte l’aire des orris du Carla, à la lueur de la frontale. Il faut traverser une passerelle, puis, par un sentier en balcon au dessus de la retenue d’eau de Soulcem, il faut contourner la portion Sud-Ouest du lac. Dans l’obscurité totale, je viens de surprendre un isard. Quelle frayeur ! Je ne verrai de lui que ses yeux brillant à la lueur de ma frontale. Je tâtonne un peu pour cheminer dans la peine ombre, et quand j’arrive à l’entrée du vallon de Riufret, la clarté est suffisante pour avoir enfin une meilleure visibilité. Je traverse pour la première et dernière fois le ruisseau de Riufret, dont la partie en amont ressemble à un canyon. Il faut alors laisser le ruisseau très nettement en contrebas, à ma gauche, en suivant une sente cairnée, puis par endroits, un antique balisage rouge.

 

C’est par ici qu’il faut aller

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Cette portion est un véritable mur. Ça monte sans détour, droit dans la pente qui est presque verticale. C’est un vallon si sauvage que même les arbres ont renoncé, alors que nous ne sommes qu’à 1700m. Je ne peux m’empêcher de penser à ceux, qui les premiers, ont trouvé un passage, puis tracé un itinéraire dans cet environnement hostile. Leur obstination a permis de franchir des pentes redoutables. Je comprends mieux pourquoi il est plus que conseillé de s’engager ici en montée, plutôt qu’en descente.

 

Dans mon dos, le lac devient de plus en plus petit

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A ma droite, depuis un bout de temps, je me sens épié depuis le ciel. Un rapace tourne et joue avec le vent. Quand soudain, je vois clairement qu’il s’agit d’un gypaète barbu, le gypaète, si rare dans certaines vallées, semble se plaire dans ce bout d’Ariège.

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Voilà 2h05 que je crapahute.

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La montée se poursuit jusqu’à passer proche de l’étang de Riufret, qu’il faut toutefois laisser quelques centaines de mètres à ma gauche, pour prendre pied sur des croupes très faciles. Ici il faut être vigilant pour ne pas s’engager dans une des nombreuses combes qui se trouvent à droite.

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On m'observe.

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Le mieux est de suivre au plus prêt le cours d’eau, en évitant les barres rocheuses à droite. Il y a quelques cairns pour indiquer la voie. Ici on entre dans un monde minéral fait de roches rouge. C’est la couleur typique du massif. Vers 2600m, la neige est présente. De gros névés remplissent la combe principale. Lassé par la pierraille croulante, je m’engage sur la neige bien dure. On se trouve à la base du dernier couloir.

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Même si le névé est très raide, la montée dans la neige est meilleure que sur les éboulis. C’est donc sans difficulté que je prends de la hauteur. Les derniers mètres pour franchir le col sont extrêmement raides. Il m’aura fallu 3h40 pour accéder au 2978m du col de Riufret, l’un des plus hauts des Pyrénées. Il est 10h41.

 

De G à D, Pique d'Estats, Pic Verdaguer, Pic de Port de Sutllo, Guins de l'Ase

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Le couloir gravi

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De nombreux Espagnols sont en train de gravir les sommets tout proches. Ils sont surpris de me voir sortir, presque de nulle part. Moi je suis surpris de les voir tous en baskets. Le Montcalm serait’ il devenu un sommet à touristes ? Comme je connais déjà les 2 proches sommets de 3000m, je ne vais pas perdre de temps ici. Je laisse sur ma droite le chemin qui mène à la cime du Montcalm, je laisse à ma gauche celui qui conduit à la Pique d’Estats, et je plonge dans la descente. Et oui ! Il faut perdre plus de 200m afin de contourner un épaulement rocheux, afin d’aller chercher la base du couloir menant au pic du port de Sutllo. La descente est très rapide ; quelques minutes suffisent, et me voilà face au sommet convoité.

 

Pic du Port de Sutllo

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La montée se passe dans de nouveaux éboulis. C’est d’autant plus pénible que le vent s’est levé. Il souffle avec force, et de plus il est froid. Du sommet, quelques Espagnols encore en baskets dévalent la pente en laissant tomber des cailloux par dizaines ; comme ils sont dans le brouillard ils ne me voient pas. Aucun cri pour prévenir, aucune précaution de leur part pour annoncer le danger. Ça devient n’importe quoi la montagne !! A 2905m, je me pose à l’écart de l’axe principal et je décide de faire demi-tour. La météo est en train de tourner négativement au dessus de 3000m. Il n’y a plus rien à voir. Il est 11h32 et cela fait 4h22 que je grimpe sans relâche. Je vais prendre ici mon repas.

 

Le pic Verdaguer et la Pique d’Estats sous les nuages, au fond le Montcalm et Pointe du Montcalm

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Par delà le col, je reconnais le pic de Coma Pedrosa tout au fond

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Le vent est trop insupportable. La température est de 6,8°C. Ma pause va être brève. J’ai encore beaucoup de chemin à parcourir, alors je repars à 11h49. Par une traversée latérale, on rejoint rapidement le port de Sutllo. Cap sur l’Espagne à présent, par la Coma d’Estats.

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La première partie descend rapidement et facilement sur un sentier bien marqué dans l’éboulis rougeâtre. Il faut peu de temps pour atteindre le bel étang d’Estats.

 

La Pique d'Estats dans mon dos

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Etang d'Estats

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Un troupeau de moutons va s’attacher à moi. Je dois avoir une tête de berger, à moins que ce ne soit l’odeur ?

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A ma droite le Pic de Pedres Blanques et le Pic de Baborte (2929m)

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Le sentier contourne le plan d’eau par la rive droite orographique. En compagnie du cortège de mes moutons, je descends par un sentier qui est parallèle au cours d’eau, issu de l’étang. Un nouvel étang, celui de Sutllo est tout proche. Là encore, ce lac paisible contraste avec la rudesse du décor qui l’entoure.

 

Etang de Sutllo avec au fond le Monteixo (2905m) et le Pic de Noris à gauche (2826m)

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Un beau plan d’eau pour accueillir un bivouac confortable, car à partir de maintenant, la pelouse recouvre le sol. C’est pour moi l’un des plus beaux du secteur qui m’ait été donné de voir. Sur l’autre berge, des isards broutent au calme.

 

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A partir de maintenant, je vais voir plusieurs hardes tout au long de la descente. C’est à croire que je me trouve dans une réserve naturelle. Peu après l’étang, il y a quelques passages sur roche où il faut poser les mains. Ensuite le sentier est plus simple et l’on trouve même des balises blanches et rouges. Il y a plusieurs sentes sur le sol qui peuvent dérouter au premier abord. Il faut rester rive droite du torrent de Sutllo.

 

Plans de Sutllo

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Le pic du port de Sutllo s'éloigne

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Le sentier fini par couper le cours d’eau au niveau d’une passerelle sommaire, et l’on change de versant ainsi que de décor. Les pelouses ont laissé place à la forêt de résineux. Le Vall Ferrera est extrêmement boisé.

 

Le Vall Ferrera, Pic de Noris et Monteixo en toile de fond

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Le sentier évolue à flanc de vallée entre les pins, par de nombreuses montées et descentes, avant de rejoindre une intersection. Ce n’est pas la partie que j’ai préféré, heureusement brève. Il est 14h13 quand j’arrive au croisement. Déjà 6h36 de marche. Ouf, me dis-je, ça c’est fait.

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A partir de là, je suis au pied de la dernière montée du jour. Presque 500m de dénivelé à reprendre pour regagner la France. Le sentier rejoint facilement le torrent d’Areste que l’on franchit par une passerelle. A la convergence des eaux du torrent de Port Vell et de l’Areste, on franchit des gués balisés, et je m’engage dans le vallon de Port Vell, celui le plus à ma droite. De nouveaux isards passent devant moi pour venir me dominer à quelques mètres au dessus.

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Le sentier est évident au départ, puis disparaît au niveau d’une jasse. Je vais me poser là à 14h50, durant 10 minutes, pour contempler ce lieu. A droite le pic de la Soucarrane ou pic de la Rouge, à gauche le pic de Roumazet, encadrent de façon évidente le col où je dois me rendre.

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C’est à vu que je cherche mon chemin, sans aucune difficulté par temps clair. Je monte de nombreuses butes par trop abruptes, dans une pelouse de gispet bien confortable. Le Port de Roumazet se dévoile au dernier moment. J’arrive enfin à ce col frontalier à 15h36, soit 7h45 de marche depuis le départ.

 

Port de Roumazet, vue sur la France

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Là c’est le choc géologique. Le versant débonnaire espagnol avec ses pelouses, laisse la place à un versant français plus abrupt, couvert de gros bloc de roche. On dirait que la montagne s’est écroulée sur ce versant uniquement. C’est pourtant, au milieu de ce dédale qu’il vaut évoluer. Cette portion va être éprouvante pour mes articulations fatiguées. Un bon balisage jaune permet de déjouer les pièges d’un tel chantier.

 

La partie descendue dans mon dos

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La descente est meilleure sitôt la pelouse retrouvée. J’arrive sans problème à proximité du tout petit étang de Roumazet.

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Le sentier l’évite de quelques dizaines de mètres, et le balisage devient blanc et rouge. Il descend de plus en plus pour arriver à l’aplomb du plateau de Soulcem. Puis la sente descend alors fortement pour se retrouver sur le plateau. Là, je tourne à gauche en suivant le sentier des orris, puis la piste, pour rejoindre le parking.

 

Plateau de Soulcem, domaine des chevaux Merens

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Il est 17h29 quand j’arrive à la voiture. Je termine cette boucle extraordinaire en 9h38 d’un parcours époustouflant en contraste. Je le conseille au bon montagnard, et de préférence sur 2 jours. Néanmoins, avec de l’endurance, on arrive à le réaliser à la journée, mais cela doit rester exceptionnel. Cet endroit proche de 2 pays offre tant de possibilité de randonnées, que je n’ai pas fini de le parcourir sans modération.

 

 

Tracé sur carte espagnole

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La journée en chiffres :

Temps de marche total 9h38 pour 27 Km à 3,4 km/h

Dénivelé positif total : 2244m – Autant en négatif

Point culminant : 2978m.



29/09/2013
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