Pic de la Cabaneta par la vallée du Siscar - Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

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Pic de la Cabaneta par la vallée du Siscar

04/11/2018 : l’Hospitalet-près-d’Andorre (1453m) – GRT68 – Col dels Clots (2160m) – Roc Mélé (2811m) – Pic de la Cabaneta (2818m) – retour par le vallon du Siscar

 

La cité de la consommation inutile par excellence, le Pas de la Casa, se trouve entourée de montagnes très très hautes. Si je connais à présent celles du Sud après quelques ascensions récentes, il me manquait à parcourir celles du Nord. Une longue crête se terminant à plus de 2800 mètres sur le Pic de la Cabaneta en est le point culminant. C’est par le vallon Ariégeois du Siscar que je vais l’aborder.

Le départ se fera après la centrale électrique de l’Hospitalet, en laissant la voiture au parking pour randonneurs juste après le pont, sur la gauche. 7h37, le jour se lève à peine, 1°C, vent nul. En avant ! Le sentier se trouve juste en face le parking en traversant la route. Le GRT a été dévié depuis le centre du village, mais ce bout de sentier est encore praticable. On passe sous la ligne haute tension, puis sous une conduite d’eau forcée, et le sentier sort rapidement de la forêt. La neige commence là. Le sentier a déjà été pratiqué, il n’y a qu’à suivre les traces.

 

Roc Mélé tout au fond d'un blanc éclatant

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Au premier croisement, sous les contreforts du pic de Nérassol, tourner à gauche. Le sentier est bien marqué, pas d’erreur possible. En restant toujours sur le GR, on gagne la côte 1962m, jusqu’au croisement suivant, puis je mets le cap vers le Sud en direction du coll dels Clots. 8h52 et 1h14 que je marche. Je réalise que c’est la troisième fois que je mets les pieds dans cette vallée, et que les trois fois furent en hiver, avec les complications que cela engendre. Faut-il être fou ? Je ne connais finalement ce paysage qu’en manteau blanc.

 

Solide pont sur le Siscar

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A gauche la vallée du Siscar, à droite la vallée d'Arques

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De plus en plus de neige et la crête où je vais se dessine distinctement

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A gauche plein Sud, attention aux trous !

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A présent plus la moindre trace, le sentier est totalement invisible. J’ai pour moi seul toute une vallée, un terrain de jeu exceptionnel, un privilège incroyable. Seulement toute médaille a son revers, et cela implique qu’il ne faut pas avoir la moindre faille physique, pas la moindre blessure, sous peine d’avoir mon épitaphe ici même. Ceci étant posé, il ne reste plus qu’à profiter avec prudence. Si jusque-là l’usage des raquettes n’avait pas été nécessaire, à présent elles sont indispensables. Malgré cela, je m’enfonce parfois jusqu’au genou. J’évolue dans de la semoule sur un champ de blocs, qu’il faut éviter en passant sur le bord de celui-ci. C’est autant pénible que fatigant. Je ne connais rien de plus épuisant que de marcher sur une neige qui ne porte pas. Par une boucle, je m’extrais de ce piège, et apparait alors nettement le sentier, en dévers, orienté vers l’Est. C’est un tracé judicieux, car il n’y a pratiquement pas d’autre solution dans cette face encombrée de barres rocheuses et de blocs. J’atteins le col et donc la crête, qui fait ici office de frontière avec la principauté d’Andorre à 10h13. 2h20 ont été nécessaires pour se hisser à seulement 2160 mètres.

 

Le haut de la vallée de Siscar avec le pic d'Escobes en fond

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Gros plan sur le pic d'Escobes et le Cylindre d'Escobes

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Au coll dels Clots, vue vers le S sur le pic de la Mine et le pic dels Pedrons

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Vu vers l'Est sur le pic de Tossal Mercader au dessus du col du Puymorens

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Le temps de profiter un peu du paysage et du soleil, et je m’engage sur la longue crête. Comme souvent, le vent ayant soufflé la crête, les accumulations sont moindres, la progression devrait être meilleure. Il suffit de suivre la pente. Soudain, un gros bestiau en vol passe tout proche. Je ne reconnais pas le vol du vautour ; quel est donc cet impressionnant volatile qui prend la direction du col de Puymorens ? Subitement il fait demi-tour me montrant alors son plumage, et cette fois le doute n’est plus permis : c’est un aigle royal. En un instant, tous les efforts consentis pour arriver là sont effacés par ce cadeau venu du ciel.

 

A présent c'est droit devant

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L'élégant aigle royal

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La crête est longue, elle ondule, la fatigue s’installe. Si en été je n’ai aucun doute sur la faisabilité d’un sommet, quelle que soit la longueur de la journée, la difficulté de l’itinéraire, je sais que j’atteindrai la cime. Il en est autrement en hiver. Les repères changent, les sentiers disparaissent, la neige qui ne porte pas complique tout. La fatigue physique est un paramètre à prendre sérieusement en considération. Il y a donc un soupçon d’incertitude, une dose de doute qui pimente encore plus ce type d’entreprise. Rien ne garantit la réussite de la journée, rien ne garantit même le retour au point de départ. Pourtant, chaque pas transforme ce doute en certitude ; ce n’est qu’une question de gestion de l’effort. A 11h15, après 3h30, je fais une halte à 2500 mètres pour manger un peu, il faut remettre du carburant dans la machine. Mais la pause doit être courte, alors à 11h36 je poursuis l’ascension.

 

Une partie de la crête déjà parcourue

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Suivre la crête mais ce dôme n'est qu'une fausse cime

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La retenue d'eau de la Jasse del Forn

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L'unique passage "technique"

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Cette crête est composée de nombreuses éminences qui masquent la suivante ; difficile de se fixer un point fixe à suivre. C’est un jeu de patience, et à ce jeu là, aujourd’hui je serai le plus fort. Je parviens au sommet du Roc Mélé à 12h51, après 4h30 tout de même. Malgré le temps radieux, un vent froid venu du Sud balaye la cime. A 2811 mètres, forcément la vue porte loin, mais vers le Nord, le panorama est réduit à la proche vallée du Siscar.

 

Cette fois le sommet du Roc Mélé est en point de mire

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Un étang sans nom versant Andorran

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Du sommet du Roc Mélé vue sur le pic de l'Albe à Gauche et pic de Nérassol au centre

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Le col dels Clots d'où je viens

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La suite vers l'Ouest avec le pic de la Cabaneta en bout

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Vue vers le Sud sur le Pas de la Casa

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Il faut enchainer et poursuivre toujours plus vers l’Ouest jusqu’à atteindre le point culminant de cette crête, le pic de la Cabaneta, culminant à 2818 mètres. La carte IGN est fausse sur ce point-là (2847m). J’y parviens à 13h15, cumulant 4h47 d’effort. Cette fois je peux profiter pleinement, d’autant que le vent s’est calmé. Un solo intégral pour seulement à peine plus de 20 minutes de contemplation. Un torrent de nuages venant du Sud se déverse sur le Pas de la Casa. Serai-je épargné ou vais-je être absorbé ? Et puis je suis au point le plus éloigné du départ, pas question de faire demi-tour, il faut trouver mieux.

 

Roc Mélé vu depuis le pic de la Cabaneta

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Vue vers l'Ouest

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Gros plan sur la Pique d'Estats

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Vue vers l'Est sur le proche pic de Nérassol

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Je ne me lasse pas de mirer le pic d'Escobes

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Pour le retour, je décide de plonger à 13h37 dans la pente la moins inclinée, versant Nord. L’enneigement est conséquent, mais l’usage des crampons n’est pas obligatoire ; ça passe en raquettes. Je m’enfonce, ça glisse, et il suffit simplement de suivre le mouvement. Je parviens rapidement au bas de la forte pente, et en seulement une heure, j’ai perdu 650 mètres ; je coupe le torrent du Siscar et je fais une halte à la cabane de la Bésine, pour quitter les raquettes.

 

Etang du Siscar

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Comment fait-on à présent ? Petit moment de solitude pour extraire la jambe de cet étau.

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Je retrouve des traces qui laissent apparaitre le sentier. Il n’y a plus qu’à descendre la vallée. 15h35 je passe au croisement pour le col dels Clots, encore un peu de marche et à 16h27 je termine cette belle journée de 7h25 de marche bien réelle. Le pic de la Cabaneta n’est pas un sommet élégant, ce n’est pas le plus difficile non plus, mais il est le plus haut à quelques lieues à la ronde. Il mérite donc une visite à ce titre. Peut-être est-il plus plaisant en été ? Néanmoins, on peut trouver quelques couloirs intéressants sur le versant Nord du Roc Mélé.

 

Le reste de la vallée à parcourir

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Tracé du jour sur carte IGN 1/25000

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 7h25 pour 16,7 km à 2,3 km/h

Dénivelé positif total : 1430 m – Autant en négatif

Point culminant : 2818m



05/11/2018
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