Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic du Canigou par le refuge de Bonne Aigue

30/01/2016 : Vernet-les-Bains – sentier du col de Juell – Portella de Dalt – Refuge de Bonne Aigue – Abri de la Casteille – Pic Joffre (2362m) – Pic du Canigou (2784m) – Pic Joffre – Abri de la Casteille – Refuge de Bonne Aigue – ravin des Conques – sentier des bois de la ville – Vernet-les-Bains

 

Il est peu courant de partir de si bas pour accéder au sommet du pic du Canigou, en une journée, tant le dénivelé à gravir semble démesuré. Pourtant, les anciens n’avaient pas tous les refuges et cabanes d’aujourd’hui pour couper cette longue ascension en deux journées. C’est pour revivre un peu de ce que devait être cette aventure des temps jadis, que je me lance dans ce périple. Je pars à la découverte de ce versant Nord avec mon ami Mehdi qui me servira de guide dans la partie forestière du parcours.

Le départ se situe au niveau du cimetière, depuis la station thermale de Vernet-les-Bains, dans le Conflent. Il est 2h38, 6°C et le froid ne se fait pas sentir. Nous montons à la lueur de nos frontales en suivant la route qui conduit à Fillols sur moins d’un kilomètre. On tourne à droite pour s’engager sur le large sentier du col de Juell. A la première intersection, nous tournons à nouveau à droite pour suivre à présent le sentier du pic Cogoulo. Cette fois nous sommes sur un sentier étroit mais propre. La forêt est calme, seuls nos souffles viennent perturber le silence général. On va même surprendre un isard qui devait dormir pratiquement sur le sentier. Le dénivelé se prend progressivement mais jamais de façon brutale. C’est un sentier agréable où il y fait même chaud pour nos vêtements faits pour le froid du sommet. Sans s’en rendre compte, nous dépassons la portella de Dalt et l’on arrive à un nouveau croisement. Nous laissons sur la gauche le sentier du pic Cogoulo afin de partir tout droit sous la Roca Cotiniera. Le sentier ne figure pas sur la carte IGN, pourtant il est parfaitement entretenu, et un balisage blanc et jaune nous indique clairement la voie. On évolue en balcon jusqu’à un ravin, et d’un bond nous sommes rendus au refuge de Bonne Aigue. Il est 4h45 et nous avons mis 2h05 pour prendre ces premiers 1000 mètres. Le seigneur Canigou nous toise encore de 1000 mètres supplémentaires. Nous en profitons pour se restaurer un peu et constater que le refuge est très propre. Il semble même avoir eu de la visite récemment à en juger par la température douce qui règne à l’intérieur.

Seulement 10 minutes de pause et l’on repart en suivant cette fois le sentier du GR10. Ce départ est très raide et c’est sans surprise que nous arrivons à l’abri de la Casteille à 5h13, pour seulement 2h30. Le plus facile vient d’être fait, le plus dur peut commencer. Nous trouvons ici la neige. Elle commence de façon éparse à 2000 mètres sur ce versant Nord. Cet hiver a un déficit criant de neige. Nous quittons le GR10 au niveau de l’orri, pour partir en hors sentier, cap sur le Pic Joffre. Là encore nous trouvons un semblant de sentier, des cairns et des traces de pas dans la neige. Il s’agit de suivre au mieux cette crête qui est peu évidente à cause de la végétation et dont la pente est peu prononcée. La neige que nous foulons est croutée et casse sous nos poids, mais l’utilisation de raquettes ne se justifie pas. Sans grande difficulté, nous sortons des pins à crochets et voilà que le pic Joffre se présente à quelques minutes. Il est 6 heures quand nous y accédons. On rattrape ainsi l’itinéraire de la voie dite normale venant du refuge des Cortalets. Le sommet parait si proche et pourtant si loin. Nous sommes cueillis par un vent soutenu et glacial. Impossible de s’arrêter pour ne pas geler sur place à cause de la transpiration. Nous nous couvrons avec le maximum de vêtements que l’on dispose, et on entame l’ultime ascension. J’ai oublié la cagoule, la bouche et le nez soumis au vent vont subir les assauts du froid. Mehdi est mieux équipé et souffre moins que moi. Il avance devant avec plein d’énergie. Ce n’est pas mon cas, je suis vidé. Je dois être en hypoglycémie qui doit provoquer une hypothermie. Et voilà que le sommeil me gagne à présent ; il ne manquait plus que ça. Pourtant il faut monter ; nous avons rendez-vous avec le soleil et le jour au sommet. Le faible enneigement nous permet de suivre le sentier qui est bien marqué par les précédentes ascensions qui ont eu lieu durant ce début d’hiver. Je ne vais même pas avoir besoin des crampons, c’est dire si l’enneigement est anecdotique. Alors pas après pas, j’avance vers ce sommet que je connais tant. La partie finale est pour moi une véritable épreuve. Je n’avance absolument plus. Qu’il est pénible de s’élever vers le ciel quand il n’y a plus de carburant dans le moteur ! Et pour compliquer mon calvaire, je suis perclus de crampes aux deux jambes. Et ce froid, toujours ce froid, aux mains, aux pieds, au nez. Allez courage, le Canigou ne fait que 2784 mètres ; cela fait quelques millénaires qu’il n’a pas pris un mètre supplémentaire, je n’ai plus qu’à m’obstiner à mettre un pied devant l’autre et ça va le faire. Mehdi est devant, me montre que nous sommes quasiment arrivés au terme de cette ascension. Il n’a que des mots positifs pour me stimuler. 8 heures, 3 secondes, me voilà pour la 28ième fois sur la cime du seigneur Canigou. C’est fait, la table d’orientation, puis la croix, ça y est, nous sommes les seuls et pour longtemps. Nous avons mis 4h42 de marche effective depuis notre départ, mais plus de 2 heures depuis le pic Joffre, ce qui en dit long sur mon état de fatigue.

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Le secteur de Vallter 2000 manque également de neige

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Gros plan

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Il faut s’abriter de ce vent cruel. Le froid ne relâche pas sa douloureuse étreinte. Je tremble de tous mes membres. Je vais chercher du réconfort au pied de la croix, mais la position assise réveille les crampes. Vite, un café bien chaud que Mehdi me prépare tant mes bras tremblent, puis un second. La chaleur interne revient doucement pour profiter de ce moment privilégié de partage, ce moment de montagne, sur notre montagne. Pas de touriste bruyant, que le vent et un vol de chocards au dessus de la brèche Durier. Le soleil tarde à nous réchauffer, il tarde tant qu’à 8h32 nous nous résignons à descendre par le même itinéraire. Avec la perte de dénivelé rapide, les difficultés dues au froid disparaissent.

 

La voie normale pratiquement sans neige

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Durant la descente, le soleil est enfin plus présent et nous offre sa chaleur unique. La douleur du froid au sommet s’évanouit pour laisser place au plaisir et à la contemplation. Nous profitons pleinement de la vue dégagée sur pratiquement 360° pour énumérer les sommets et les villages qui se trouvent sous nos yeux.

 

L'arête Nord en impose

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Massif du Madres à gauche, pic Dourmidou à droite 

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Rencontre avec un éterlou 

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Dernier regard sur le sommet depuis le Pic Joffre

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Nous mettons le cap sur le pic Joffre et nous plongeons sur l’orri de la Casteille par le même itinéraire hors-sentier du matin. En suivant nos pas dans la neige, on retombe sans faille sur l’orri. Il est 10h42, le soleil brille chaudement, le moment est tout indiqué pour prendre notre repas. Déjà 6h15 que l’on arpente le massif.

 

Abri de la Casteille

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Le sommet depuis l'orri de la Casteille

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La pause durera pratiquement une heure et à 11h35 nous repartons pour la suite du périple. Nous reprenons le sentier jusqu’au refuge de Bonne Aigue. Nous allons effectuer une boucle depuis le refuge, pour redescendre à Vernet.

 

Refuge de Bonne Aigue

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Nous suivons en descendant l’ancienne piste forestière qui vient du col des Voltes. Nous laissons dans un virage à gauche l’intersection du GR10, pour rester sur la piste et la suivre jusqu’à son terme. Durant la descente, nous allons croiser une nouvelle fois des isards dont l’un d’entre eux ne semble pas dérangé par notre présence. Il broute avec une désinvolture étonnante.

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Au terme de la piste, on trouve de nombreux barrages pare-avalanche. Ce passage se nomme le ravin des Conques. Il faut remonter les 4 premiers pour aller chercher un sentier sur la droite. La pente est totalement éboulée, rien n’indique qu’il y a un passage. Nous avons mis un cairn. On trouve un très bon sentier balisé de marques rouges. Il part d’abord en balcon en suivant de beaux murets en pierres sèches. Cet itinéraire ne figure pas sur la carte IGN, mais sur le terrain il est parfaitement balisé et entretenu. Il plonge ensuite droit sur Vernet-les-Bains dans la forêt domaniale des bois de la ville.

 

Le refuge de Bonne Aigue sur son promontoire

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Le seul passage technique du sentier

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Nous suivons donc cet agréable sentier, en laissant sur notre droite l’intersection menant à la cascade des Anglais, dans les gorges St Vincent. On finit par déboucher sur une piste, puis dans les hauteurs du village. Nous n’avons plus qu’à nous laisser guider jusqu’à arriver exactement à la voiture. Nous fermons ainsi la boucle de ce périple qui nous aura demandé 8h56 de marche effective. Le manque exceptionnel de neige cet hiver nous a permis de réaliser cet original périple. Le nombre important de sentiers partant de Vernet-les-Bains rend passionnante la découverte de ce versant du massif du Canigou. Dans la partie basse, la vue sur les nombreux escarpements rocheux donne beaucoup d’élégance et d’originalité à cet itinéraire.

 

Trace GPS : http://www.openrunner.com/index.php?id=5674023

 

Tracé du jour sur carte IGN 1/25000ème

Carte Vernet-Canigou.JPG

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 8h56 pour 24 km à 3,1 km/h

Dénivelé positif total : 2135 m – Autant en négatif

Temps à la montée : 4h42

Point culminant : 2784 mètres



03/02/2016
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