Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Vallées de la Riberole et Carança en hivernale

12/01/2013 – Jour 1 : Prats-Balaguer – Cabane d’Aixeques – Etang de l’Estagnol – Col d’en Bernat – Pic de la Fosse du Géant (2799m) – Pic de Nou Creus (2801m) – Etangs de la Carança – refuge du Ras de la Carança

 

Il y a plusieurs constantes qui nous unissent avec mon frère quand nous parlons de randonnées. On aime la montagne, et on aime marcher. Ces deux ingrédients suffisent à concocter des parcours longs, inoubliables, voire à couper le souffle. C’est le cas pour celui-ci qui va nous conduire dans un des hauts-lieux des Pyrénées-Orientales : la vallée de la Carança et sa crête frontière franco-espagnole. Mais pour l’atteindre, nous allons remonter une vallée parallèle, l’une des moins fréquentée aussi.

La météo annonce l’arrivée de la neige pour le week-end mais qu’importe, notre envie de découverte sera la plus forte. Par crainte de fortes précipitations, nous allons laisser la voiture à Prats-Balaguer.

Nous nous mettons en marche à 8h10 en empruntant le sentier qui démarre au niveau de la fontaine, puis traverse le village et s’élève à travers champs pour sortir aux ruines d’un ancien château.

 

La fontaine du village

 

On marche quelques dizaines de mètres sur la route forestière et l’on s’élève par un sentier sur la gauche. C’est un chemin pavé qui contourne le pic du Coucouroucouil par sa droite. C’est vraiment agréable et c’est sans difficulté que l’on débouche sur le bassin d’Aumet.

 

Les Pics Pérics et le Puig del Pam

 

De là on va suivre à présent les célèbres balises du GR10 ; nous arrivons à 9h10 à la cabane d’Aixeques et l’on s’engage dans la vallée où coule le torrent de la Riberola. Sans difficulté et sans neige on atteint en 30 minutes le refuge pastoral de l’Orry. Déjà cet itinéraire peut faire l’objet d’une randonnée familiale.

 

Refuge pastoral de l’Orry

 

On remonte encore pendant 5 minutes la vallée, on enjambe le torrent par une passerelle et l’on quitte le GR10 pour remonter la vallée. Cette fois la neige est présente mais en faible quantité. Il suffit de suivre les cairns sur la rive gauche du cours d’eau. Le sentier monte en pente douce, parfois en sous-bois, souvent à ciel ouvert. On va rester sur cette rive pour contourner le Pic Rodò.

 

Pic Rodò à gauche et Roc del Boc à droite

 

La neige est de plus en plus abondante et elle masque les trop petits cairns. Un point carte pour nous mettre dans l’axe du col que l’on vise et on attaque la grimpette. La neige est croutée et n’a aucune portance ; à chaque pas on s’enfonce, parfois jusqu’aux hanches. On franchi péniblement un petit ressaut qui nous amène à l’étang de l’Estagnol tout de blanc recouvert. Il est 11h38 et les rayons du soleil viennent enfin nous réchauffer. Avec eux la neige est plus éparse mais encore moins portante. Nous poursuivons donc notre marche sur la gauche avec maintenant le col en ligne de mire.

 

Devant nous la face Nord du Nou Founts

 

Yannick faisant la pause avec le col au fond à droite

 

A 12h40 nous atteignions enfin le col d’en Bernat. Le spectacle au col est égal à la démesure du site. Des vallées glaciaires dominées par des colosses de pierre taillées dans la masse s’étirent de toutes parts. A porté d’aile, le Pic de l’Enfer s’élève vers le bleu azur, avec dans son dos la silhouette trapézoïdale du pic de Géant. Les mots nous manquent pour décrire notre plaisir.

 

Panorama depuis le col d'en Bernat, Pic de Racò Gros, Pic de l'Enfer et Pic de la Fosse du Géant

 

Gros plan sur le Pic du Géant et le Pic de l'Enfer

 

La vallée d'où l'on vient

 

Cela fait 4h33 que l’on marche, il est plus que temps de se poser et reprendre des forces. Bien à l’abri sous le sommet du Pic de Nou Founts et face au spectacle d’une nature qui sait renouveler à l’infini ses charmes, nous allons manger là.

 

A l’heure du repas au fond le massif du Madrès

 

On serait bien resté là encore longtemps à contempler ces hauts sommets que nous avons vaillamment gagné le droit d’admirer, seulement le froid mordant ne tolère pas que l’on s’endorme. 13h25 nous repartons à flanc de montagne en direction du col de Nou Founts.

 

La suite de l’itinéraire avec le col de Nou Founts et Pic de la Fosse du Géant

 

C’est étonnant comme à présent la marche devient plus facile car le chemin est presque plat. En un rien de temps, nous voilà sur la crête frontière sous la face Est du Nou Founts. On monte ensuite le Pic de la Fosse du Géant, une émince sur cette crête frontière. Plus on chemine, plus la vue change et avec elle son lot de surprises.

 

14h20 sommet du Pic de la Fosse du Géant (2799m)

 

Ermitage de Nuria en Espagne sous le Puigmal

 

On poursuit cap à l’Est avec un nouveau col bien connue des HRPistes, le tristement nommé col de Neu Creus (des 9 croix) et son sommet, point culminant de la journée avec 2801m.

 

Col de Neu Creus et le pic éponyme au fond

 

La jambe gauche en France et la droite en Espagne, nous marchons jusqu’au col de la Vaca appelé aussi col de la Carança où l’on doit quitter la frontière. On plonge dans le vallon ombragé et à présent les crampons vont entrer en action. Il est 15h passé quand nous entrons dans le royaume de la glace.

 

Etang Bleu vu depuis le col de la Carança

 

Nous surplombons l’étang supérieur, mais il faut chercher au mieux l’itinéraire pour descendre la vallée. Quelques cairns de-ci de-là émergent pour nous indiquer le meilleur passage, mais comme la neige croutée s’effondre souvent sous nos pas, il faut au final naviguer à vue.

Sur un plancher inférieur nous arrivons à l’étang médian.

 

Etang Noir

 

La descente se poursuit suivant les différents niveaux creusés par un ancien glacier, mais la marche reste lente.

 

Le royaume de la glace

 

On fini par atteindre le grand lac de la Carança entièrement sous la glace et l’on ne résiste pas au plaisir de marcher dessus prés du rivage. On contemple dans notre dos le chemin parcouru mais déjà le soleil a décliné à l’Ouest. Il reste encore beaucoup de marche avant de rejoindre le refuge.

 

L’étang de la Carança

 

On allonge le pas mais la vallée est très très très longue, et même si l’on marche vite nous ne perdons quasiment pas de dénivelé.

 

Le célèbre Orri de la vallée

 

Il est 18h quand on aborde la zone avec les premiers arbres. A partir de cet instant chaque minute qui passe nous plonge un peu plus dans l’obscurité jusqu’à la nuit noire. C’est à la frontale que nous cherchons notre chemin entre les pins à crochets. Le chemin est balisé de cairns suffisamment proches pour ne pas s’égarer. Il suffit de suivre le torrent sur sa rive gauche. A 19h nous arrivons au refuge et constatons qu’il y a de la lumière et la cheminée fume.

2 groupes de randonneurs nous accueillent avec stupeur pensant qu’avec une telle obscurité conjuguée au froid, personne ne pouvait être encore dehors à une heure pareille.

La soirée est agréable et se prolonge jusqu’à plus de 21h avant de prendre place dans le grand dortoir du refuge (30 places mais moitié moins de couvertures).

 

Tracé sur carte IGN

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 9h42 pour 22,2 Km à 3,4 km/h

Dénivelé positif total 1657m – Dénivelé négatif total 1118m

Temps passé au dessus de 2000m : 7h20

Point culminant 2801m.

 

13/01/2013 – Jour 2 : Refuge du Ras de la Carança – col Mitja (2367m) – sentier du tour du Coucouroucouil – Prats-Balaguer

 

Après une nuit un peu perturbé par les ronflements d’un camarade de dortoir, on quitte la douce chaleur du sac de couchage à 8h, pour prendre des nouvelles de la météo. Comme prévu le ciel est bouché et quelques flocons tournoient autour du refuge. Personne n’a été matinal en ce jour et le petit-déjeuner sera pris en commun.

 

Le refuge au matin

 

A 9h55, tout le monde quitte le refuge et notre chemin du jour passe par le col Mitja via le GR10.

Le départ du sentier est facile à trouver, juste au niveau de la fontaine, un panneau indique le pied du col.

 

Départ du GR10

 

Par ce versant, la montée est redoutable, 500m de dénivelé à prendre sur une courte distance d’à peine plus de 2 km. La qualité de neige est toujours aussi mauvaise et l’éviter n’est pas facile. Les crampons ne nous sont d’aucune utilité. Le froid est mordant et la visibilité très faible, voilà dans quelles conditions nous abordons l’ascension.

 

Yannick dans la montée du col

 

Le sentier coupe une ancienne route forestière à l’abandon, mais au final, le plus simple est de monter droit devant. Le col est si large qu’on ne peut pas le manquer. Nous le franchirons à 11h15.

 

Il y a une certaine ambiance polaire au col Mitja

 

Toute tentative d’ascension d’un sommet est vaine dans ces conditions. Il n’y a rien à voir plus haut. Alors le vent va nous pousser rapidement vers l’autre versant où l’on sera abrité de celui-ci, mais pas encore du froid. Pour l’orientation, là encore c’est droit dans la pente que cela se passe.

 

Le passage aux abords de la fontaine du col Mitja est très très glissant, n’est-ce pas Yannick !

 

Plus on descend et plus le voile nuageux se dissipe, laissant apparaitre un horizon presque clair. On perd rapidement du dénivelé, à 11h55 nous sommes déjà à la cabane de la Jaca dels collets. Nous suivons encore le GR10 jusqu’à un col où nous allons partir à droite en empruntant le sentier du tour du Coucouroucouil.

 

Croisement des chemins pour nous c'est tout droit en forêt

 

Ce chemin plonge littéralement dans la forêt. Il ressemble à un itinéraire rapide pour amener les troupeaux en estive à la belle saison. C’est tellement raide que l’on apprécie de l’emprunter à la descente plus qu’à la montée. A 12h33, profitant de trouver une fenêtre dans ce sous-bois, on se pose pour prendre le repas au lieu dit Aire de Ramon. Seulement 2h30 de marche pour cette demi-journée, cela nous repose du périple de la veille. Même si l’on se trouve à l’abri du vent, la température n’en demeure pas moins négative (-1°C) et avec regret il faut reprendre la marche dés 13h10 pour retrouver la chaleur intérieure de nos organismes en mouvement. La neige a totalement disparu et la descente est toujours aussi rapide. L’horizon s’étant éclairci, nous allons même voir avec étonnement la mer.

En approchant de notre point de départ la vue dominante sur le village est vraiment intéressante.

 

Eglise de Prats Balaguer

 

14 heures sonne au clocher lorsque nous avons rejoint la fontaine et terminé notre grande boucle. Pour la saison et compte tenu que la neige ne portait pas, c’est une course longue et éprouvante, mais d’une infinie beauté. Elle peut être réalisée en saison estivale en écourtant un peu, en remontant le vallon de la Bailette et en franchissant le Pas del Porc sous le pic du Racò Gros, pour entrer dans la haute vallée de la Carança. Je le recommande à tout bon marcheur qui aime les vallées sauvages.

 

Tracé sur carte IGN

 

La journée en chiffres:

Temps de marche total 3h18 pour 9,6 Km

Dénivelé positif total 574m – Dénivelé négatif total 1098m

Point culminant 2367m.



18/01/2013
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