Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Tour de la réserve naturelle de Nyer

12/12/2015 – Jour 1 : Nyer – hameau d’En - Roc des Trépassats (2039m) – sous le Roc dels Cimbells – collet del Monjo (2160m) – Pic de la Costa Llisa (2326m) – Soulane de l’Orry  – Coll del Pal (2294m) – Refuge de l’Alemany

 

Il est une réserve naturelle dans les Pyrénées-Orientales que j’ai très peu parcourue, celle de Nyer dans le moyen Conflent. Et pour cause, c’est l’une des plus boisées avec des pentes abruptes. Il y a pourtant de nombreux sommets qui dominent les gorges du Mantet par l’Est et la forêt domaniale d’Entre-Valls par l’Ouest. C'est depuis le charmant petit village de Nyer, qu’accompagné de mon fidèle Yannick, que nous démarrerons notre périple à la découverte de ses sommets.

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Il est 8h18 quand nous nous mettons en marche. Dans un premier temps, il faut se rendre au hameau abandonné de En. Depuis la place de la résistance, prendre la ruelle qui monte vers le hameau en se laissant guider par le balisage jaune. La montée est brutale et c’est pratiquement sans aucun lacet que le sentier s’élève. Nous arrivons à 8h44 au hameau en ruine, où seule une belle chapelle semble avoir échappé aux outrages du temps. Il fait déjà chaud sur cette soulane.

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On poursuit le balisage jaune qui nous amène sur une piste où ce balisage disparait. Nous prenons à gauche jusqu’à un réservoir d’eau mais en l’absence de balisage, on va s’élever trop tôt dans une prairie puis couper presqu’aussitôt une nouvelle piste et une suivante. Nous ne sommes pas sur le sentier, alors, pour ne pas rebrousser chemin, on perd immédiatement 10 mètres afin de rattraper immédiatement le sentier qui nous intéresse, juste au niveau d’une source captée. Cette fois nous sommes sur un sentier, et quel sentier ! Il est taillé à flanc de montagne, étayé par de belles murettes en pierres sèches. Il y a parfois des ruines de petites bâtisses dans cette forêt dense, qui prouvent qu’une activité humaine a eu lieu sur ces pentes.

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Au détour d’un ravin, le sentier se cambre brutalement en une succession de lacets qui n’en finissent plus. Ça dénivèle fort et nos organismes sont en surchauffe. La pente ne faiblit pas, et pour se hisser hors de la forêt vers la première cime, il faut vraiment de l’abnégation.

 

Orri surplombant les gorges du Mantet, au fond les pics de Tres Estelles et Serrat de la Mente

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C’est à 11h40 après 3h03 de marche et 1300 mètres de dénivelé, que l’on arrive enfin à quelques mètres du sommet du Roc des Trépassats. C’est un escarpement rocheux de moins de 10 mètres de haut mais pour atteindre le point culminant il faudrait faire de l’escalade. Nous ne voyons pas de faiblesse dans la muraille, alors on passe notre chemin. Malgré sa modeste altitude de 2039 mètres, ce sommet est l'un des plus inaccessibles du moyen Conflent.

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Notre marche se poursuit pratiquement de niveau durant quelques minutes pour arriver sur une jasse. C’est ici que l’on rencontre la neige et la seconde difficulté d’orientation. Le sentier disparait dans le pré. Nous ne pouvons suivre la crête qui est composée de nombreux escarpements rocheux, parfois couverts de neige. Au GPS on va se remettre sur la bonne voie. Le chemin se trouve sous une cabane, sur le versant Est de la montagne. Il y a à quelques dizaines de mètres en aval, une battue aux isards. Les chasseurs semblent surpris par notre présence, mais nous ne faisons que passer sans bruit. Les deux égarements nous ont fait perdre un peu de temps, alors ce sera sur ce sentier en balcon, et face au soleil, que l’on va prendre le repas à 12h23. Nous avons déjà 3h39 de marche dans les pattes. Ce moment est toujours le bienvenu pour se restaurer et admirer avec plus d’attention les gorges qui s’étirent en contre bas.

 

Premier plan le pic de Tres Estelles, second plan le Canigou

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A 13h23 nous nous remettons en marche. On chemine toujours à flanc de montagne sous le Roc  dels Cimbells. Marquant l'extrémité de la crête séparant les vallées de Carança et du Mantet, le Roc dels Cimbells domine l'épaisse forêt domaniale d'Entre Valls. Nous ne le gravirons pas aujourd’hui,  car son accès est malcommode. On va croiser à quelques mètres des isards paniqués qui vont plonger vers les chasseurs. Leur état de stress va les inciter à aller vers le danger pour nous éviter, alors que nous ne leur voulons aucun mal. La vie est dure en hiver en montagne !

Notre marche nous amène jusqu’à déboucher sur une nouvelle jasse au collet del Monjo. Cette fois on change de cap pour gravir les 2326 mètres du Pic de la Costa LLisa, ce sera plein Ouest, donc droit dans la pente. C’est un hors sentier total au milieu des genets, quelques éboulis et des plaques de neige dure. Il n’y a que 160 mètres à prendre mais c’est épuisant. En été ce serait une formalité, mais là il faut vraiment s’employer. De plus je suis déshydraté ! Il faut dire qu’il n’y a aucune source depuis le départ et le soleil nous réchauffe bien les oreilles. Ce court raidillon aura usé toutes mes forces, mais la récompense est de taille. Il est 14h40 quand nous foulons sa cime (4h54). Nous sommes face au versant Est du Pic Gallinas, vraiment impressionnant. Depuis notre cime, on peut voir la haute vallée de la Carança sous un angle que je ne connaissais pas. On remarque aisément que nous sommes certainement dans le secteur le plus sauvage du département.

 

Pic Gallinas

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Au centre le pic de Rives Blanques, la vallée de la Carança à droite

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Nous descendons rapidement au petit col sous le sommet, et malgré l’envie de gravir le sommet suivant tout en neige, le manque d’énergie nous incite à poursuivre le plus à flanc sans prendre de dénivelé supplémentaire. Ça c’est en théorie, car en pratique, en l’absence de chemin et dans la neige, il faut marcher au mieux entre les pins, et donc ça monte et ça descend, le tout en dévers. On va finir par retrouver le sentier que nous avions quitté au collet de Monjo. Malgré cela, c’est bien fatigués que nous parvenons avec joie au coll del Pal. Enfin ! Il est 16h54 et le jour tombe déjà vite en cette saison. Cela fait 6h27 que l’on marche à la découverte de cette montagne peu parcourue. Que faire à présent ? Basculer à droite vers le refuge de la Carança, où poursuivre plus à l’Est vers le refuge de l’Alemany ? Les distances annoncées sur le poteau du GR10 vont clairement guider notre choix : 2,9km contre 4km. Ce sera donc l’Alemany.

 

Coll del Pal

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On se met dans les pas du GR10 pour terminer la journée. Malgré la neige, on trouve facilement la trace. La collaboration avec Yannick à faire une trace dans la neige fonctionne à merveille, heureusement, car cette marche sans raquette est énergivore.

 

Coucher de soleil sur le Canigou

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Au passage de l’ultime col de la journée, pour basculer de la serre de Caret dans la vallée de l’Alemany, la nuit nous enveloppe. Ce sera à la frontale que nous poursuivrons notre marche ; mais cette obscurité nous fait perdre le balisage rouge et blanc du GR10. Un comble, se perdre sur un GR ! Encore une fois le GPS va faire des merveilles dans le noir absolu. Pour finir la journée, nous quittons définitivement le GR afin d'aller directement sur le refuge. 18h30 le bâtiment est atteint. EN-FIN ! Ouf ça c’est fait ! On termine cette première journée avec 7h51 de marche au compteur.

C’est dans le charmant refuge de l’Alemany que nous passerons la nuit. Nous sommes les seuls, quel luxe. Le refuge est très propre, le sol balayé et aucune trace de souris. Les matelas datent un peu mais sont confortables ; seules les couvertures sont inutilisables.

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La fontaine est gelée, il faudra faire de l’eau avec le peu de neige propre. La soirée sera vite passée et à 20h30 nous plongeons dans nos cas de couchage, dans le calme de la nuit.

 

Détails du parcours ici avec trace GPS : http://www.openrunner.com/index.php?id=5534462

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 7h51 pour 19,3 km à 3,1 km/h

Dénivelé positif total : 1937m – Dénivelé négatif total : 713m

Point culminant : 2326 mètres

 

13/12/2015 – Jour 2 : Refuge de l’Alemany – Mantet – col de Mantet (1761m) – col de la Mente (1949m) – Serrat de la Mente (2135m) – sentier des réserves – Pas du Grau - Nyer

 

Pratiquement 12 heures de sommeil plus tard, on s’active pour se remettre en action. Nous quittons le refuge à 9h28 et déjà une nouvelle belle journée météo s’annonce.

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Le col de Mantet où nous allons

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Comme la veille, il n’y a pas un souffle de vent. C’est autant appréciable que rare. On débute ce début de matinée par la descente de la vallée de l’Alemany où il n’y a pratiquement pas de neige mais de la glace, malheur à celui qui glissera. Nous remplissons nos gourdes au premier cours d’eau qui coule et d’une traite nous voilà rendus au village de Mantet.

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Yannick fait une pause afin de retirer les vêtements trop chauds enfilés dans le refuge pour faire face au 3°C ambiant, mais à présent que nous avons rattrapé les rayons de l’astre céleste, une seule couche suffit. Nous traversons le charmant village du bout du monde à 10h50. Il ne nous aura fallu que 1h02 pour relier le refuge au village. Nous restons sur le GR10 pour nous rendre jusqu’au col routier de Mantet. Nous n’aurons mis que 1h29, et il est 11h28. Le temps est si clair que l’on prend le temps d’admirer une dernière fois la vallée de l’Alemany, la porteille de Mantet au fond et le pic de la Dona qui le surplombe.

 

Vallée de l'Alemany à gauche

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A présent ce sera le proche massif du Canigou sur notre droite qui attirera le regard. Et qu'il est beau vu d'ici ! Nous quittons le GR10 pour emprunter immédiatement à gauche le sentier du pic de Tres Estelles. En l’absence de neige, le sentier ne pose pas de difficulté.

 

Droit devant le col de la Mente

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Le col de la Mente est vite atteint et nous opérons à un changement de cap. On monte directement dans la pente sur notre gauche pour se hisser sur le point culminant de cette courte crête. Aujourd’hui, la pente, bien que redressée mais toute en herbe, se grimpe avec aisance. C’est presque trop court. Ce sera sur ce point culminant du jour (2135 mètres) que l’on fera la pause repas car il est quand même 12h42 (2h31). Cette cime est très large avec beaucoup de place pour y faire un bivouac. Nous sommes face au massif parcouru la veille ; cela donne une idée encore plus précise de l’épaisse forêt qui compose la réserve naturelle de Nyer.

 

Au sommet vue vers l'Est

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Vue vers l'Ouest

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Durant cette halte, un couple venant du Tres Estelles va venir nous rendre visite. Ce sera les seuls randonneurs croisés durant ces deux jours. La solitude règne dans ce massif. Après un très réussi « Montaña del Canigò » interprété à l’harmonica par Yannick, nous disons au revoir au sommet.

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Il est 13h46 quand nous attaquons la seconde partie de la journée. Nous suivons la crête jusqu’au petit col que l’on confond avec celui à la base du pic de Tres Estelles. Cette erreur nous fait descendre par un chemin jusqu’à une étrange cabane de berger. Le sentier s’arrête là, il nous faut donc remonter. Afin de ne pas revenir trop sur nos pas, on va rattraper directement en hors sentier le chemin qu’on n’aurait jamais dû perdre. Décidément, ces deux jours sont pleins de surprises en termes d’orientation, mais cela nous fait découvrir malgré nous des cabanes, utiles en cas d’urgence.

 

C’est droit devant que ça se passe

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Maintenant que nous sommes sur le sentier balisé, il ne reste plus qu’à perdre 1300 mètres. D’abord en balcon sous de beaux pitons rocheux, le sentier va s’enfoncer dans la forêt et plonger fortement. Le retour va bon train, le terrain se prêtant parfaitement à la marche rapide. Puis l’on débouche au Pas du Grau, sorte de carrefour où se trouve une citerne. Nous allons suivre le sentier d’interprétation, signalé par un panneau, qui doit nous ramener au village de Nyer. La perte de dénivelé est toujours rapide et le balisage sans faille. Nous finissons par arriver par le haut du village au niveau du château et de l’église. Il est 16h03 quand nous fermons cette grande boucle commencée 24h plus tôt. C’est une petite journée de 4h42 de marche effective, mais qui totalise quand même 1980 mètres de dénivelé négatif.

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Encore une fois, la découverte d’un secteur que l’on connaissait peu nous a comblé par ses paysages variés. Pour s’aventurer dans cette réserve naturelle, il faudra une bonne condition physique, un sens aiguisé de l’orientation pour ne pas aller aux devants d’impasse, savoir rebrousser chemin quand on perd la trace, et prévoir de l’eau car il n’y a pas de fontaine entre Nyer et Mantet.

 

Détails du parcours ici avec trace GPS : http://www.openrunner.com/index.php?id=5535229

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 4h42 pour 17,7 km à 4,4 km/h

Dénivelé positif total : 756m – Dénivelé négatif total : 1980m

Point culminant : 2135 mètres

 

Tracé des 2 jours sur carte IGN 1/25000 - bleu jour 1, rouge jour 2

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15/12/2015
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