Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

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Etape 9 : Refuge de Certascan – Refuge de Baborte

Lundi 15 juillet 2019

Etape 9 : refuge de Certascan – Cabana de la Borda – pla de Boavi – coma de Sellente – vallon de Canedo – col de Canedo (2716m) – Pic de Baborte (2934m) – col de Baborte (2597m) –  refuge de Baborte

 

Tempête de vent au réveil, à 5h45, et le refuge est pratiquement dans le brouillard. Nous avons affaire à une journée de transition qui doit nous conduire plus au Sud, et nous mener au pied des dernières cimes de plus de 3000 mètres. Comme nous sommes les seuls debout, Yannick profite sans retenue du desayuno proposé. Une douce vengeance sur le groupe d’espagnols bruyants. Nous nous mettons en marche à 6h50 dans ce grand vent glacial. C’est la première fois que l’on doit enfiler les gants en début de journée, c’est dire si la température flirte avec le 0°C. Nous perdons beaucoup de temps à trouver le bon sentier aux alentours du refuge. Il faut dire qu’il y a sur notre carte, un sentier absent sur le terrain, et que le balisage n’est pas normalisé. Pourtant la donne est simple : il faut perdre plus de 800 mètres de dénivelé, mais sur un terrain fait de barres rocheuses. On comprend facilement l’importance capitale de marcher sur un sentier. Après avoir corrigé notre trajectoire à l’aide de l’interprétation de la carte, et une bonne lecture du terrain, la descente est nettement plus efficace. Ce genre d’exercice est plus efficace à deux et j’aime faire cela avec Yannick, car de la confrontation de points de vue divergents, naît la solution. Au fur et à mesure que l’on perd du dénivelé, nous passons sous la couche où le vent souffle, pour évoluer à l’abri et à une température plus clémente. La météo est idéale, car ni trop chaude ni trop froide, elle nous permet d’évoluer en économie d’énergie. Nous parvenons au pont de Boavi à 9h28, point le plus bas de la journée, où il faut aussitôt reprendre plus de 1400 mètres de dénivelé positif.  Cette idée me terrifie, je ne me sens pas capable d’une telle ascension. Les jours passent et une sorte de fatigue psychologique s’est installée en moi. Pourquoi ? Je sais bien que comme le dit le proverbe chinois : « Qui veut gravir la montagne commence par le bas. » C’est en fait une métaphore spirituelle, alors j’accepte cela comme une épreuve de plus, et n’en dis mot à Yannick.

 

La partie descendue depuis le refuge

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Pont au Pla de BoaviIMG_8531.JPG

 

La haute vallée de Sellente
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Tout se passe à présent sur un superbe sentier, fort heureusement. Nous sommes sur l’itinéraire du col de Sellente ; nous remontons le torrent éponyme. Pas de question à se poser, il faut suivre et s’élever. Nos diverses discussions entre frères aident à faire passer ce moment rébarbatif par un moment de détente. Au niveau d’une prairie où paissent quelques vaches, nous quittons l’axe principal de la vallée, pour tourner sur la gauche, dans le vallon de Canedo. Le torrent a creusé un canyon. Cela coïncide aussi avec le retour du vent. Il n’y a aucun sentier, pourtant, nous trouverons de façon éparse, quelques cairns. Ça passe partout, mais à condition d’accepter d’affronter de hauts rhododendrons, et une pente escarpée. Cette portion hors sentier, totalement saugrenue pour les puristes qui préfèreraient emprunter le sentier passant par le col de Sellente, doit nous permettre de gravir le pic de Baborte en traversée, avant de rejoindre le refuge éponyme. Yannick accepte docilement de me suivre. C’est ce que j’aime avec lui, jamais un reproche, jamais le moindre mot négatif. Cette première partie verticale dans la végétation luxuriante passe plutôt vite, jusqu’à arriver sur un long faux plat humide. A midi exacte, la cloche de Yannick sonne l’heure du repas ; où que nous soyons, il faut s’arrêter pour manger. C’est bien une faveur que je peux concéder à mon fidèle frérot. Alors à 12h03, nous prenons le repas à l’ombre d’un éboulis pour se protéger du soleil ardent, mais emmitouflés, car le vent froid ne nous a pas abandonnés. Nous sommes à 2421 mètres, le dénivelé perdu depuis le refuge est déjà repris. Il fait 11,3°C durant la pause, nous sommes bien loin de la canicule des plaines. C’est tout le paradoxe des altitudes, puisqu’au même instant que l’on soit au soleil ou à l‘ombre, on peut se brûler la peau tout en ayant des gelures. Nous avons marché 4h08 durant cette matinée.

 

Le grand plat avant de bifurquer à gauche vers la coma de Canedo

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Ca grimpe fort
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Le col de Canedo au fond et pic des Estanys à gauche
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Le panier repas fourni par le refuge est très léger, le plus light de tous, avec seulement un pauvre bocadillo de jamón. On se consolera avec le sachet de noisettes, les barres de céréales, quelques bonbons acidulés et le jus fruit. On trouve toujours incongru de fournir une boisson en montagne, alors que l’eau gratuite coule en abondance. Enfin, on ne choisit pas, on s’adapte. Nous nous offrons une heure complète de pause, et à 13h03, nous reprenons l’ascension. Cela consiste à marcher plein Est dans l’axe du vallon. La roche est rouge, comme dans tout le massif allant de Certascan à l’Estats. Quand brutalement, le terrain se transforme en un empilement d’assiettes instables, qui au mieux nous fait reculer, et au pire menaces de torde nos chevilles. Une horreur ! Par chance, il reste un long névé, et l’emprunter va réduire considérablement cette portion fastidieuse. Le col de Canedo est finalement gagné aux forceps à 13h46, avec un temps total de 4h51. Comme l’a si bien dit Sir Ernest Shackleton : « Par l’endurance, nous conquérons ». Il y a des isards sur l’autre versant, voilà bien longtemps que nous n’en avions plus vus. La faune est fut rare ces dix derniers jours. Un grand cri de satisfaction sort de ma gorge, tant l’ascension fut rude. «Nous sommes des monstres !  ». Voilà les mots que je lance au vent. Ce n’est pas original mais je n’ai pas trouvé mieux sur l’instant. Nous l’avons fait. Même les isards certainement surpris, ne bougent pas et observent stoïquement ces deux bipèdes dans un endroit où il ne doit pas en passer souvent. Dans notre dos, l’étang de Canedo apparait au dernier moment. La roche est très rouge dans le coin. Comme dit Yannick : « Nous avons marché sur Mars, et je ne savais pas qu’il y avait de l’eau à l’état liquide. » Il est certain que personne ne serait venu nous chercher là, voilà pourquoi cela inspire un côté « seul au monde ». La vue est fantastique depuis ce col, principalement sur le confidentiel mais non moins imposant étang de Canedo. Nous allons profiter longuement de cette vue, avant de se lancer dans la partie terminale de l’ascension, c'est-à-dire les 300 derniers mètres qui nous séparent du pic de Baborte. Les ultimes 3000, seigneurs des lieux, sont à quelques pas, à un battement d’aile de vautour.

 

La rude montée du col de Canedo

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Vue sur le pic du Port de Sulló depuis le col de Canedo
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Etang de Canedo
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La montée au pic de Baborte se fait en suivant une crête que je qualifierais de caillouteuse, plutôt agréable dans le sens de la montée, malgré l’instabilité de quelques roches. Il faut mettre constamment les mains, mais cela n’a rien de technique. On se hisse facilement sur le point culminant à 14h36, après 5h26. Nous voilà une nouvelle fois à plus de 2900 mètres, 2934 mètres exactement, un sacré belvédère. Même si ce sommet n’atteint pas les 3000 mètres symboliques, il n’en demeure pas moins un sommet majeur dans le secteur. Le Carlit et la Sierra de Cadi sont à vue ; voilà des repères familiers de l’Est. Le panorama est de toute beauté, notamment sur les multiples étangs du Sutlló. Comment décrire avec des mots un tel paysage, fait d’autant de nuances de couleurs. Seul le jaune manque à cette palette infinie. Ce paysage singulier ne ressemble à aucun autre dans toute la Catalogne. La cime est toute plate avec une belle surface, ce qui est assez rare pour être signalé. Hélas, le vent glacial qui n’a pas faibli, nous pousse à écourter le temps de la contemplation. Impossible de rester, il faut descendre se mettre à l’abri, mais à aucun moment nous regretterons la rudesse du vallon de Canedo, ni la morsure du froid sommital. La vue qui nous a été proposée était à ce prix, c’est bien peu finalement pour un tel spectacle.

 

Dans la crête terminale du pic de Baborte

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Pic et lac de Certascan d'où nous venons
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Pic de Monteixó et étang de Baborte

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Regard sur les "3000" que nous gravirons dans moins de 24 heures
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Pic Carlit au loin que nous dominons seulement de 12 mètres

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Sur la cime du Baborte
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Nous descendons en suivant la pseudo sente qui sert de voie normale depuis le col de Baborte. Cette descente est directe et rattrape un sentier au niveau du col, qui nous mène au refuge de Baborte, nommé également refuge du cinquantenaire. C’est un refuge « wagon » non gardé. 16h16 fin de l’étape, premier arrivé premier servi. Cela tombe bien puisque nous sommes les seuls quand nous y pénétrons. Comme tous ces refuges en Catalogne, il est solidement arrimé sur un promontoire rocheux, presque invisible depuis le sentier, et mal positionné sur la carte locale. Nous le connaissons pour y avoir déjà dormi en septembre 2014. Nous aurons cheminé 6h35 au total, une étape raisonnable en somme. Le vent violent souffle toujours dans le secteur. Il pousse deux jeunes marcheurs à laisser leur tente respective, pour venir chercher du confort à l’abri du wagon. Nous passons ainsi la soirée avec un jeune Belge, et un Irlandais. Tous deux traversent les Pyrénées d’Ouest en Est par la HRP, mais chacun à un rythme différent. Ils se croisent régulièrement et ont sympathisé au fil de leurs rencontres. L’ambiance est conviviale et respectueuse, et alors même que nous sommes en Catalogne, la langue officielle ce soir sera le français. Quand nous nous couchons à 8h45, le vent souffle encore très fort. Il ne reste plus qu’à espérer qu’il tombe dans la nuit, pour ne pas gâcher la journée du lendemain, qui doit nous conduire sur le toit de la Catalogne, par un fil aérien comptant pas moins de 5 sommets trimillénaires.

 

Pic de Baborte et l'arête descendu jusqu'au col éponyme

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Refuge et lac de Baborte avec le Monteixó en fond
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Trace du jour :


Visorando

 

Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 6h35 pour 17,8 km à 2,7 km/h

Dénivelé positif total : 1466 m – Dénivelé négatif total : 1313 m

Altitude maxi : 2934 m - Altitude mini : 1449 m

 

 

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COMMENTAIRES :

 

  • Mehdi (visiteur) · 13 août 2019

    Monter dans un vallon raide et désert, y'a pas mieux!
    Merci du partage Ludo, ça donne des idées pour plus tard.
    Par contre votre épisode du refuge du Certascan ne risque pas de me faire changer d'avis sur les hôtels de montagne

    • hihihi Sur 9 nuits en montagne, seules 3 furent agitées, 1/3 de bof pour 2/3 de top. Je n'ai pas ta jeunesse pour porter et endurer comme toi. Les Cortalets est un hôtel de montagne, Certascan non. Il y fait son pain et se ravitaille à dos, et il n'y a pas d'eau chaude.

      · Répondre
  • dede (visiteur) · 13 août 2019

    superbe étape Ludo

    · Répondre
  • Ces sites sont fabuleux, si je pouvais faire comme Russell et les louer pour 99 ans....



17/07/2019
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