Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Périple du Puig de la Grava au Puig de la Cometa d’Espagne

27/05/2017 : Les Bouillouses – GR10 – Portella de la Grava (2426m) – Puig de la Grava (2671m) – Coll de la Grava (2478m) – Les Tres Piques Roges (2632m-2633m-2740) – Puig de la Cometa d’Espagne (2763m) – Portella Gran (2603m) – Petit Estany Blau – Coma de la Llosa – GR10 – Les Bouillouses

 

Départ depuis le barrage des Bouillouses, jour d’ouverture de la pêche pour les lacs de montagne. Il faut avant tout expliquer ce que représente un jour d’ouverture de pêche ici. C’est un peu comme le pèlerinage annuel du pêcheur, une tradition catalane qui mêle autant la convivialité que l’art de taquiner la truite fario. Il y a des voitures de toute part, le moindre emplacement pour véhicule est occupé sur 500 mètres aux abords du lac, et sur la route. C’est véritablement impressionnant. Je quitte cette effervescence à 6h10, pour suivre le GR10 sur la rive droite de la grande retenue d’eau. Les conditions météo sont parfaites, ni vent ni froid. Il faut profiter pleinement de ce moment idéal pour avancer vite. Objectif du jour, le puig de la Grava et plus si possible.

 

Premières lueurs du jour sur les Bouillouses

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J’arrive au bout du lac des Bouillouses à 6h50. Seulement 40 minutes et ici il suffit de suivre les indications.

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On entre ici dans la vallée de la Grava. Longue, très longue vallée de la Grava, qui se termine au col éponyme et permet de basculer dans la haute vallée du Lanoux. Tout est humide. Le chant du torrent de la Grava accompagne ma solitude recherchée. J’aperçois sur ma droite l’imposant pic de la Cometa d’Espagne, que j’espère gravir, tout en laissant peu à peu dans mon dos le pic Péric.

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L'objectif du matin se dévoile enfin, le Puig de la Grava tout au fond

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Gros plan sur le Puig de la Grava

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Ce sommet est constitué de deux cimes, l’une occidentale et l’autre orientale. Je constate qu’au niveau de la partie orientale, il y a un à-pic qui risque de me poser quelques problèmes. Nous verrons bien sur place ! Pour l’heure, la prise de dénivelé est lente. En effet, j’ai quand même parcouru 7,5 km de distance, mais je n’ai gravi que 200 mètres ; c’est dire si le rendement est faible. Pourtant à partir de 2200 mètres la pente va s’accentuer. Les névés sont de plus en plus présents. C’est un endroit où l’accumulation de neige est importante. La portella, enfin à vue, est toute blanche. Je constate rapidement que franchir la portella de la Grava sans crampons serait très hasardeux. Je décide donc de gravir le flanc Sud du pic et éviter ainsi la difficulté. Au dessus de la porteille, il ne reste plus qu’à bifurquer plein Nord et remonter en hors sentier le versant Sud du sommet. Hors sentier, pas tout à fait, car une vague sente et de nombreux cairns sont quand même présents.

 

Les narcisses sont de sortie

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Primevères hirsutes

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Puig de la Grava au fond, et les crêtes des Trois Pic Rouges

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L'itinéraire que j'ai suivi

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Durant la montée, je vais surprendre un troupeau de mouflons, femelles et jeunes de l’année, mais ils vont vite se mettre hors de portée de mon viseur. Dommage. Je parviens au sommet du puig de la Grava à 8h52 ; cela ne m’aura demandé que 2h37. Et soudain, la vue s’ouvre vers le Nord et le confins de la vallée d’En Beys. Nous sommes ici à cheval entre les Pyrénées Orientales et l’Ariège. Aux pentes douces du versant catalan, s’opposent les abrupts vertigineux du versant Ariégeois. Un tour d’horizon s’impose.

 

Le sommet fait face au Pic d'Etang Faury

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Gros plan sur le Pic d'Etang Faury

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Le pic de Coma d'Or (G) et pic Pédros (D) se reflètent dans l'étang du Lanoux

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Panorama vers le Sud/Ouest

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Aperçu vers le Nord

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La suite de la crête

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Le second point culminant plus oriental de ce sommet, dominant le coll de la Grava, se gagne par un court passage d’arête facile, mais un peu aérien. J’y parviens après 2h49. Du pic oriental de la Grava, il y a bien un effondrement de crête, il n’est pas prudent d’aller plus en avant sur ce fil. Il faut contourner la difficulté par le flanc Sud/Est sur un terrain de montagne, c'est-à-dire raide et couvert de gispet.

 

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De cette cime, la vallée de la Grava est intégralement visible

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Vue sur la porteilla de la Grava à mes pieds, toute en neige

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En préparant cette sortie, j’avais imaginé poursuivre toute crête jusqu’au puig de la Cometa d’Espagne, en franchissant les Tres Piques Roges. J’ai donc cherché de la documentation sur ces Trois Pics Rouges si austères vus d’en bas, et je n’ai rien trouvé ou si peu. Un tâcheté avisé m’a dit que ça penche drôlement. Nicolas ma référence alpine catalane m’a conseillé de ne pas m’y aventurer. Le site très fourni de Philippe Queinnec ne donne pas d’information sur ce qui m’attend. Lors de sa visite, Philippe Queinnec avait évité cette crête. http://philrando.free.fr/Peric.html#20030511

La seule information minimaliste viendra d’un Ariégeois. Voici ce que précise le grand Michel Sébastien dans « Randonnées dans les Pyrénées du soleil » à propos de cette crête : « De larges croupes et des crêtes mènent au premier pic Rouge.[….] Il vous faudra pas loin d’une heure pour parcourir toute la crête, qui comme vous le savez monte et descend ! […] quelques passages sont délicats et très exposés ; la difficulté technique n’excède pas le II. » Me voilà averti, il ne me reste plus qu’à aller constater cela par moi-même.

 

La suite du parcours, au premier plan le coll de la Grava

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En effet, il y avait quelques dalles noires à éviter depuis la crête du pic oriental de la Grava. On parvient assez bien au coll de la Grava par l’évitement. Il est 9h41, soit 3h09 depuis le départ. Le versant Ariègeois est impressionnant de verticalité, et pourtant il est accessible à tout bon randonneur qui aime l’adversité.

 

Les grandes dalles noires qu'il fallait éviter

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Les mêmes dalles vus depuis le coll de la Grava

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Les étangs de la Grave en Ariège

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La suite est plus facile, la crête s’est assagie. Une grosse croupe mène au premier sommet des Tres Piques Roges. Cette première cime est pour ainsi dire offerte. Je me hisse sur les 2632m du premier à 10h07, le tout en 3h35. J’ai devant moi un ensemble de blocs bien sympathiques à parcourir. Il est trop tard pour reculer, ou plus exactement, c’est ici qu’il est encore temps de quitter la crête. J’ai décidé de mettre en pratique tout le travail hivernal en escalade, donc c’est le moment de jouer au funambule.

 

Dans mon dos la sinistre face noire du Puig de la Grava

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La crête se terminant au sommet du Puig de la Cometa d'Espagne

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C’est sur cette partie que les difficultés majeures de la crête se concentrent. Les quadriceps sont en action, ils travaillent un maximum. Ce sont les muscles les plus gros du corps humain, par là même les plus sollicités. Il est logique qu’ils soient énergivores. Et de l’énergie je vais en avoir besoin. Au point haut suivant je m’accorde une pause repas. Il est 10h25, déjà 3h48 d’effort. J’en profite pour me délasser les jambes, me délecter du paysage. 10h58, il faut repartir.

 

Le panorama pendant la pause

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Cette arête est intéressante car même si l’attention est soutenue, il y a régulièrement des brèches où l’on peut souffler. On trouve les meilleurs passages en versant Sud, le versant Nord Ariègeois étant totalement vertical. Puis je me retrouve face à une taillante. Mais qu’est-ce qu’une taillante ? C’est une crête effilée horizontale qui ne présente pas de difficultés majeures, mais qui ne tolère aucune faute ; la moindre erreur serait fatale. Il n’y a plus qu’à ! Ce passage fait moins de 10 mètres de long, vite effacé.

 

La taillante au bas de la photo

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La suite, ça se rapproche

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Gros plan sur l'objectif

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Vue vertigineuse sur l'étang d'En Beys

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La seconde cime des Tres Piques Roges n’est pas évidente à identifier car la crête monte et descend en permanence, si bien qu’on se trouve souvent sur un point haut. Je vais passer sans même m’en rendre compte. Avant le troisième sommet bien plus évident, il y a une rupture de pente qui se négocie bien en restant sur le fil. Un peu de désescalade est toute fois nécessaire.

 

Un nouveau bastion bien vertical mais avec de nombreuses prises

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Les estanys de la Grava

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Une autre difficulté où il ne faut pas se manquer

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Je me régale dans cet exercice, certes soutenu mais plaisant, où les bras travaillent autant que les jambes. Comme dirait le tacheté avisé : « Cerveau dans bocal, bocal dans sac, azimut isard ». L’ultime ascension du jour est le pic de la Cometa d’Espagne. Il est défendu par un dernier éperon qui parait infranchissable de prime abord. Il y a malgré tout une faiblesse. Il faut trouver une faille dans la cuirasse, une toute petite porte en versant Nord/Est cette fois. Ça passe comme dans une boite aux lettres et cette fois le sommet est enfin gagné.

 

L'ultime portion de la crête terminant au pic de la Cometa d'Espagne

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L'ultime difficulté avant le sommet

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Une partie de la crête dans mon dos

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Le passage clé avant de fouler le pic de la Cometa d'Espagne

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Ce sommet se défend jusqu'au dernier mètre

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Je foule la cime du point culminant du jour à 12h06 dans un grand soupir de plaisir mélangé de satisfaction. Cela m’aura demandé 4h57 de marche effective. Je viens de m’offrir un belvédère de choix, 2763 mètres d’altitude, et toujours seul alors que 700 mètres plus bas il doit y avoir plus de monde qu’au Castillet. Le plaisir est d’autant meilleur que je ne connaissais que partiellement une grande partie du panorama. Les étangs de la vallée suspendue de la Llosa sont tout simplement sublimes. Le reste en image.

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L'estany Blau le bien nommè

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Trop de sommets vers l'Ouest pour les nommer

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Je ne me lasse pas de la couleur de l'estany Blau

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Je m’offre 30 minutes de contemplation, seul sur cette fière cime, et à 12h36 je repars en suivant toujours la crête. A présent le terrain est bien meilleur, et un sentier arrive même du col suivant. La Portella Gran est vite gagnée. On pourrait plonger directement vers l’Estany Blau dans la vallée suspendue de la Llosa, mais je choisis de poursuivre encore un peu pour rendre une visite au dernier étang du secteur, le petit étang bleu. Le pic Péric et le pic de la Grande Porteille ne sont plus très loin, mais l’énergie me manque pour faire l’aller/retour. Une fois prochaine par un autre itinéraire certainement.

 

Au confins de la réserve d'Orlu

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Le Petit estany Blau sous le Pic Péric

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Les étangs de la Llosa

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En suivant le torrent depuis le déversoir, on plonge aisément dans la vallée de la Llosa. Il faut suivre au mieux le torrent, mais tout n’est qu’eau sur ce plateau. Peu à peu une sente se dessine et quelques cairns viennent ponctuer le cheminement. Je suis moins fringant que de bon matin. La chaleur y est pour beaucoup, et le retour parait un peu long. Au niveau de l’étang de l’Espaver, un bon sentier dans la pelouse conduit au sentier du GR tour du Capcir. Il suffit à présent de se laisser conduire à la passerelle qui enjambe le torrent de la Têt et rejoindre le GR10. Retour classique le long du lac. Fin du périple à 15h20 pour 7h28 bien remplies.

 

Un pont de neige

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Estany de l'Espaver et le Puig de Pam

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Les méandres de la Têt et le lac des Bouillouses

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Une très belle journée sur un fil, puis les pieds dans l’eau et la neige en cette saison. Si le pic de la Grava est accessible à tout randonneur, le reste de la crête disqualifie toute personne étant sujette au vertige. Les pas d’escalade sans être extrêmes, demandent quand même de bien poser les pieds et bien contrôler les prises des mains. Mais j’invite les plus vaillants à faire cette boucle pour la variété des panoramas proposés, ainsi que le contraste brutal entre les douces pentes catalanes et les à-pics vertigineux ariégeois.

 

Fichier GPX à télécharger

 

Tracé du jour sur carte IGN

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 7h28 pour 24km à 3,2 km/h

Dénivelé positif total : 1210 m – Autant en négatif

Point culminant : 2763m



29/05/2017
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