Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Pic dels Llops par le couloir Nord en Y (PD sup)

31/12/2019 – Jour 1 : Eglise Sant Jaume dels Cortals – cami de l’Ossa – refuge d’Ensagents

 

Qui a déjà entendu parler du pic dels Llops ? Il faut avoir parcouru la principauté d’Andorre pour en connaitre l’existence. Car ce sommet pourtant parfaitement identifiable, n’est pas toujours présent sur les cartes locales. Depuis l’Altl del Griu en août 2019, j’avais vu qu’au Sud de ce dernier, se dressait une belle barre zébrée de couloirs. Il s’agit du cirque confidentiel d’Ensagents ; il se situe à l’Ouest du cirque des Pessons. Le sommet Sud de ce cirque propose quelques possibilités d’alpinisme hivernal. La météo étant ce qu’elle est en cette saison, il faut saisir les courtes fenêtres, qu’elle que soit la date. En ce dernier jour de l’an qui clôt aussi une décennie, nous avons droit à une tempête de ciel bleu.

C’est à quatre que nous partons vers le refuge d’Ensagents pour y passer la nuit, et ainsi réduire l’approche vers le pic que je convoite. Nous nous garons à l’église Sant Jaume dels Cortals, quelques kilomètres au dessus de la ville d’Encamp. Pour compléter les informations, il n’y a pas de possibilité de se garer au départ du sentier. Top départ à midi.

 

Originale architecture pour une chapelle

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Autre chapelle au point de départ
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Départ du sentier
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Je suis venu ici il y a seulement 10 jours alors qu’il n’y avait pas la moindre trace. A présent il en est autrement. Aucune difficulté pour chercher son itinéraire, tout comme pour la portance de la neige. Nous devrions atteindre le refuge dans des temps raisonnables, malgré nos sacs bien lourds. Je vais pouvoir me concentrer sur les informations des panneaux indicateurs. Après 45 minutes de marche, on rencontre le premier panneau qui annonce le refuge à 55 min de là. Puis, 10 minutes plus tard, un nouveau panneau donne 1h15. Erreur manifeste. Après 1h30 depuis le départ, le sentier se divise en deux et le panneau indique le refuge à 1 heure. Je pense que c’est la seule information correcte depuis le départ.

 

Premier panneau indiquant des temps totalement erronés - seule la direction est correcte
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Agréable sentier baigné de lumière
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Encore une erreur sur les temps estimatifs
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Seul ce panneau me paraît correct
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Nous profitons largement du soleil et du paysage qui se dévoile peu à peu, pour arriver finalement au refuge à 14h59, pour un temps effectif de 2h43. En été et avec un sac plus léger, on doit pouvoir monter en moins de 2 heures. Nous avons tout le temps pour prendre place dans notre suite royale. Activité bois si l’on veut passer une soirée au chaud.

 

L'endroit ne manque pas de charme
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Dernier raidillon avant le refuge
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De dos le pic de Coma Pedrosa toit de la principauté
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Il y pire pour passer une nuit de la Saint Sylvestre !
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Tout le confort, les matelas et couvertures en moins
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La salle de bal
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Je vais en profiter pour aller en repérage de l’entrée du couloir qui n’est pas visible depuis le refuge. Puis le premier spectacle que nous offre la nature sera un coucher de soleil très lumineux. Loin de la pollution lumineuse, c’est l’occasion d’admirer un superbe ciel étoilé. La soirée va se dérouler de façon festive, mais toujours sobre (quoi j’ai dit une bêtise !) jusqu’à basculer dans une nouvelle année. Coucher pour moi à minuit, plus tard pour mes partenaires.

 

Pic dels Llops au fond à gauche

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Le fond Ouest du cirque d'Ensagents et son redoutable glacier rocheux
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Face Nord du pic dels Llops
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Le coucher de soleil vient de débuter
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Au loin vers l'ouest 2019 va bientôt s'éteindre
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Gros plan sur la Coma Pedrosa

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Adieu 2019
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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 2h43 pour 5,2 km à 1,9 km/h

Dénivelé positif total : 594m – Dénivelé négatif total : 0m

Point culminant : 2420m

 

01/01/2020 – Jour 2 : Refuge d’Ensagents – pic dels Llops – collades baixes – refuge d’Ensagents – Estanys d’Ensagents – sentier des étangs – église San Jaume dels Cortals

 

Lever 6 heures, départ 6h20 raquettes aux pieds, à la seule lueur de ma lampe frontale, et sous un ciel obscur constellé d’étoiles. L’approche en l’absence de vision lointaine et de connaissance du terrain est un moment particulier, intense en émotion intérieure. Le seul ennui, c’est que l’on ne voit pas les pièges. Il y a non loin du refuge, une petite nappe d’eau que seule la carte indique. Soudain, le sol blanc se dérobe sous mes pieds et ma jambe droite disparait dans un épais mélange boueux et humide. Je me jette au sol pour mieux répartir la portance et m’extraire de ce bourbier en rampant. Quel stress ! Ça commence fort.

Je poursuis ma marche d’approche avec plus d’attention. L’itinéraire conduit sur un glacier rocheux des plus impressionnant. Chaque bloc me dépasse d’au moins un mètre de haut ; il y en a dans tous les sens, c’est un labyrinthe minéral peint en blanc. Traverser un glacier rocheux dans l’obscurité, recouvert partiellement de neige, est un casse-tête casse pattes. Il faut en trouver la sortie tout en gardant le cap ; le jeu vient de commencer. De butte en creux, de montées en contournement, je m’élève dans une pente blanche. J’ai un point de repère visuel pour trouver l’entrée du couloir, donc je m’efforce à prendre de la hauteur au plus vite pour aller à sa rencontre. Seulement, l’inclinaison de la pente va avoir rapidement raison de la capacité technique des raquettes. Je dois d’urgence chausser les crampons. L’emplacement est mal choisi, pleine pente sur neige dure, l’inconfort est total. Hélas je ne peux pas faire demi-tour. En saisissant mes piolets, mon casque s’échappe du sac, plonge dans la pente et disparait dans l’obscurité. Je l’entends à n’en plus finir glisser vers je ne sais où. Non, mais ce n’est pas possible ! Sans casque pas de couloir, ce n’est pas négociable. Une fois les crampons aux pieds et les piolets aux poings, la situation est redevenue plus sérieuse. Deux options à présent : je renonce au sommet par manque de casque, ou je vais chercher mon casque. Seconde option, on ne laisse rien derrière soit, cela non plus n’est pas négociable ! Je plonge dans la pente digne d’un cône de déjection. La perte de dénivelé est de 50 mètres pour quelques pas. Retrouver le casque n’a pas été facile, mais au moins il est à nouveau en ma possession, et l’aventure peut se poursuivre. Ce contre temps est certainement un mal pour un bien, car le jour a commencé à se lever sur cette nouvelle décennie. Je peux profiter à présent d’un peu de clarté naturelle. Cela ouvre le champ de vision. Je prends alors la direction du pied du pic. Le point de repère qui coupe le couloir en deux branches pour former un Y, est à présent à vue. J’entre dans le couloir à 8h08.

 

Entrée du couloir, j'ai pris la branche de gauche

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Dans mon dos les premières lueurs du jour
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Dans mon dos l'Alt del Griu
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La neige n’a pas une portance exceptionnelle, mais cela reste suffisant pour s’élever. Je retrouve des sensations presque oubliées, le souffle court tous les 2 pas, les pieds qui brulent par le froid, l’inclinaison de la pente. Oui, à n’en pas douter je suis bien dans un couloir en plein hiver. La suite est la partie de l’exercice que j’affectionne le plus : la recherche d’itinéraire. Le couloir va se diviser encore en deux. Au fond de la branche la plus à droite se dessinent des corniches. 2019 m’a appris à me méfier des corniches, et même si elles paraissent petites d’où je suis, je sais d’avance qu’il ne faut pas les sous estimer. Je vais prendre la bifurcation de gauche.

 

Je vais prendre à nouveau à gauche
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Les couleurs changent vite sur l'Alt del Griu
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De G à D, le pic du Sal, le pic de Serrére et pic de Coume de Seignac
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A nouveau la sortie me parait complexe dans du mixte, alors je décide de basculer dans un autre couloir plus à gauche. Trois pas en mixtes suffisent à entrer dans cet ultime tranche de l’ascension. La sortie se fait sur l’arête terminale à quelques dizaines de mètres du point culminant. Le sommet est un immense plateau d’altitude, comme on en voit souvent dans cette partie des Pyrénées. Me voici au sommet à 8h45, pour 2h15 de marche effective depuis le refuge. Les premiers rayons du jour effacent rapidement les morsures du froid. Bonjour 2020 ! Une nouvelle décennie commence. Il m’aura fallu trois tentatives pour parvenir sur cette cime, en hiver. "L'obstination est le chemin de la réussite" Charlie Chaplin.

 

Une partie du couloir déjà gravie

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La pointe au second plan est la cime du pic des Pessons
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Le point de basculement dans un autre couloir d'où l'on distingue la sortie
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Quelques jeux de lumière
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Sortie droit devant !
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Les deux branches terminales vues depuis la sortie
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Le plateau sommital
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Cumbre !

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Il est temps de profiter et de se sustenter. J’en prends plein les yeux. Je ne me lasse pas. Avec ses 2843 mètres, ce pic dels Llops ouvre un large regard vers l’Ouest et le Nord ; l’Est n’est pas en reste mais dans une moindre mesure. Le Sud étant bouché par le proche Tossa Plana et la crête menant au Monturull. On devine néanmoins la Sierra de Cadi. Dans la neige, ce ne sont pas des traces de loups que je vais voir, mais celles des isards. Visiblement, c’est un belvédère prisé par ces caprins. Je ne peux m’éterniser car je suis attendu au refuge par le reste de la troupe. C’est la dure loi des alpinistes, tant d’efforts pour quelques minutes de plaisir, mais ce plaisir n’a pas de prix. Je quitte le sommet à 9 heures. J’ai eu ma ration de plénitude solitaire.

 

Vue vers l'Est sur la crête du pic des Pessons
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L'Alt del Grui vers le Nord et pic d'Ensagents tout à droite
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Plein centre le Tossal Plana de Lles
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Vue vers l'Ouest depuis le plateau sommital

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Où est le refuge ?
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Un indice !
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Gros plan sur la cime du pic dels Pessons  avec à sa gauche le Carlit pourtant bien loin
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L'immanquable Canigou, dernier sommet visible à l'Est
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Toujours au sommet
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Il faut suivre pendant 10 minutes la crête, en profitant de la vue sur les corniches, puis s’engager dans le grand couloir évident de droite (côte 2776m). La descente est rapide et sans histoire, mais à la vue du champ de blocs qui recouvrent le pied des parois, il faut rapidement prendre une décision. Il est impératif de marcher le plus haut possible en longeant les parois, et ne surtout pas se laisser aspirer vers le bas dans le piège. La marche en dévers est inconfortable, mais toujours préférable aux nombreux pièges sournois du glacier rocheux, que l’on pourrait comparer à une toile d’araignée attendant patiemment sa proie. Puis, à vue, je regagne la trace matinale jusqu’à remplacer les crampons par les raquettes. Le retour au refuge est alors rapide. C’est chose faite à 10h12, en 3h19. Du sommet au refuge, cela aura demandé 1h04.

 

Le couloir de descente
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Le totem local avec en fond le pic de Mil-Menut
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Grande pause avec le reste du groupe qui prend depuis une heure un bain de soleil. On lève le camp à 11h40 et l’on laisse le refuge propre avec une belle réserve de bois. Nous prenons la direction des étangs d’Ensagents. Malgré la neige, il n’y a aucune difficulté pour trouver les étangs.

 

Itinéraire à suivre
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Etang supérieur
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Le couloir suivi

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Le même en été vu depuis l'Alt del Griu

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Nous espérons nous hisser jusqu’à la collada d’Entinyola, Nous effectuons une approche pour constater la faisabilité, mais avec les seules raquettes cela ne passera pas. Il ne reste que 70 mètres de dénivelé, mais c’est beaucoup trop vertical ; sans crampons, il faut renoncer. Nous partons alors sur un itinéraire parallèle à celui de la veille, mais qui passe bien plus haut. La recherche des balises est indispensable, car le sentier passe exactement aux endroits stratégiques, évitant avec finesse les pièges du terrain. Il ne nous reste plus qu’à suivre habilement les balises qui nous mènent à 14h38 au croisement des divers itinéraires [5h42]. C’est une variante permettant de faire une agréable boucle. Nous sommes à présent en terrain connu et nettement plus facile.


Nous suivons bien un sentier
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Avec la perte de dénivelé, c’est également la disparition de la neige, donc retour raquettes sur le sac. Néanmoins, la neige fondue à laissé place à de la glace vive, rendant la partie la plus basse du sentier extrêmement glissante. On retrouve des sensations de marche plus naturelle lorsque nous retrouvons le goudron. Fin d’une bien belle journée à 15h55, pour 6h50 au total. Le retour nous aura demandé 3h31, mais dans un mode contemplatif. Merci à mes partenaires pour ce réveillon original plein de bonnes humeurs.

 

Trace du couloir :

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Trace total du jour :


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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 6h50 pour 12 km à 1,8 km/h

Temps pour faire le couloir : 0h40 – longueur du couloir : 150m

Dénivelé positif total : 692m – Dénivelé négatif total : 1256m

Point culminant : 2843m



02/01/2020
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