Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Rando dans les Pyrénées en toute simplicité

Puig de la Cometa d’Espagne – couloir NW « Paco Pipo » (AD sup)

12/03/2021 : Le Fanguil (1141m) – Jasse d’en Gaudu – GR7 – Refuge d’en Beys (1972m)

 

Toujours avide de nouveauté, de nouveaux couloirs à gravir, d’une nouvelle vallée à parcourir, j’ai trouvé cette fois un couloir dans le secteur de la réserve d’Orlu. Mais pour parvenir à sa base, il faut parcourir la longue et profonde vallée de l’Oriège jusqu’à l’étang d’En Beys. Cela impose de réaliser cette approche la veille de la course, pour engager le couloir le plus tôt possible. Lorsque je quitte le parking Le Fanguil à 18h10, il fait 4°C. Il a neigé dans la journée, mais ce court épisode blanc est terminé à ce moment de la journée. Je dois faire vite pour marcher le moins de temps possible dans la nuit, d’autant que je n’ai jamais mis les pieds dans cette vallée. Alors, de nuit, avec de la neige fraiche qui masque le terrain, l’aventure s’annonce enrichissante.

 

Total de 3 heures pour monter, le ton est donné

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L'effet "WAOUH" en voyant les contreforts du pic des Recantous
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Je passe en 40 minutes à la jasse d’en Gaudu. A cette instant la neige fraîche est continue, seulement quelques centimètres, mais assez pour donner une belle ambiance. 25 isards vont traverser devant moi au grand galop. L’heure de la soupe aurait-elle sonné ? Je traverse la passerelle sur l’Oriège à 19h25 et l’obscurité me surprend en rentrant dans le sous-bois.

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La neige fraîche dans les prairies de Gaudu
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Tourner à gauche sur la passerelle
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Ambiance feutrée aux dernières lueurs du jour
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Dés 19h40 je suis plongé dans une nuit noire, mais étoilée. Le sentier reste partiellement visible grâce aux traces des isards qui viennent de l’emprunter tantôt. Puis soudain plus aucun indice. Le relief lisse se redresse, je me trouve sur une pente blanche lisse sans aucun repère. Le GPS fera des merveilles ; belle technologie qui me conduit sans faillir au refuge à 20h33. La montée aura été réalisée en 2h30. La température à cet instant est de -1,5°C. Je découvre le refuge, je serai le seul occupant. Je prends place, avale un repas et pars vite me coucher.

 

L'entrée se fait par la fenêtre

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10 couchages complets

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Refuge très propre et bien tenu
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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 2h30 pour 8,4 km à 3,3 km/h

Dénivelé positif total : 857 m – Dénivelé négatif total : 33m

Point culminant : 1972m

 

13/03/2021 : Refuge d’en Beys – Couloir NW « Paco Pipo » (AD sup) – Tres Piques Roges (2740 mètres) – Puig de la Cometa d’Espagne (2763m) – Estanys de la Portella Gran – Jasse de Delà – Jasse d’en Gaudu – Le Fanguil

 

Comme toujours, très peu d’heures de sommeil, certainement préoccupé par la course qui m’attend. A moins que ce ne soit le bruit de la neige qui se détache du toit. Debout à 6h15, j’en profite pour m’équiper entièrement avec le matériel technique et je me mets en marche à 7h15. L’approche est pratiquement nulle, le couloir est en face le refuge. Ce qui me surprend au premier abord, c’est la quantité colossale de neige qu’il y a autour du refuge pour une altitude inférieure de 2000 mètres. Je fais le plein d’eau à la sortie de la galerie et le cône de déjection commence aussitôt.

 

Face au refuge d’En Beys, en versant NW apparait ce couloir profond.

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Gros plan
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Entrée du refuge par l'échelle
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Belle ambiance autour du refuge
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Pic de l'Etang Faury tout au fond
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Pic d'En Beys à la verticale du refuge
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Ce couloir est un patchwork de ce que j’ai déjà connu : un cône aussi long que celui du « Vermicelle » au Cambre d’Ase, l’entrée aussi monumentale que celle de « l’Ordiger » en Sierra de Cadi, et un rétrécissement identique à celui de « l’Estreta » au Gra de Fajol Petit. Il fait -3,5°C lorsque je rentre dans le couloir à 7h35. Le vent est nul, la neige béton, tous les ingrédients sont présents pour se faire plaisir.

 

Le couloir vu à mi-longueur du cône

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Gros plan sur la partie la plus étroite
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Le cône est vite avalé, le plus intéressant commence. Les difficultés se dévoilent au dernier moment. A présent c’est une pente de neige glacée de 55° que l’on doit affronter. Le premier ressaut est totalement sous la glace mais pas question de trainer. Depuis le second ressaut, une coulée continue de spin-drift, telle une rivière, me tombe dessus. Cela ne semble jamais s’arrêter. Certainement l’effet Venturi d’un souffle qui vient de la crête. A cet instant l’engagement est total, impossible de faire demi-tour sur de la glace. Seul dans ce couloir, chaque appui est vital. J’en avais rêvé, j’y suis.

 

A quelques pas de l'entrée

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Le pic d'En Beys et son refuge éponyme
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Le premier ressaut au point le plus étroit
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Une pente de glace allant du premier au second ressaut
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Premier ressaut vue arrièreP1120252.JPG

 

Le second ressaut est un vrai mixte roche/glace. Il faut nettoyer la neige fraiche qui masque les trous, tester la fragilité de la glace, trouver des pas possibles sur la roche. Le bloc coincé se situe au niveau de ma poitrine. Les conditions sont parfaites, les piolets crochètent à merveille, 3 pas sur la roche et c’est sorti. De l’adrénaline pure coule dans mes veines, mais le plus technique est derrière moi à présent. La partie restante semble à cet instant n’être qu’une formalité. La suite va me donner tort.

 

Bloc coincé au second ressaut
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Bloc coincé à franchir, je passerai à droite
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Second ressaut vue arrière
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Vue arrière dans son intégralité
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Pourtant, à bien regarder l’altimètre, les chiffres ne trompent pas. Le ressaut est à 2330 mètres et la crête à plus de 2600 mètres. Encore une rampe de 300 mètres se dresse devant avec une inclinaison de pente qui ne faiblit. Les mollets sont en fusion depuis longtemps. J’apprécie de poser les talons quand l’inclinaison chute enfin à 45°. Quelle n’est pas ma surprise quand ce qui paraissait être la sortie n’en est pas une, et que la neige ne porte plus vraiment. A cet endroit, elle est cartonnée et casse facilement. Ce final ne semble jamais finir. Je me pose sur la crête à 9h30, quels efforts ! La température aura été négative durant toute l’ascension.

 

Un couloir qui en donne pour son argent

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Vue arrière, cela donne une idée de l'inclinaison générale
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La sortie ? Non, mirage
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Toujours aussi beau de dos
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Enfin, tout au bout la crête tant attendue
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Proche panorama

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Crête terminale du couloir - à cet instant on ne peut pas descendre vers les estanys de la Portella Gran

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Vue en sortant en crête

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Gros plan sur les sommets du Donezan

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Premier plan face W du pic de la Portella Gran (2765m), second plan Pic Péric (2810m)

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Depuis la crête, il faut encore poursuivre dans du mixte pour atteindre le point culminant du pic des Tres Piques Roges. Je vais suivre au mieux les langues de neige, même si le brassage est important. Ce petit bout de chemin sur la carte n’est pas à prendre à la légère ; cela va me demander une énergie considérable, passant de la neige profonde à du mixte glacé sur roche. Pas mécontent d’en finir à 10h25, sur la pointe 2740m des Tres Piques Roges. En crête il faisait trop chaud, là il fait trop froid. Vite, il faut enchainer.

 

L'itinéraire que je vais suivre

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La partie la plus haute
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L'envers du décor
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Le final

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Encore un dernier effort !
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Sortie du couloir et les pas sous le bout d'arête menant à 2740m

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C'est fait, vue vers le Nord

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Vue vers l'Est
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Le bout d'arête séparant les deux cimesP1120294.JPG

 

Quelques connaissancesP1120282.JPG

 
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Gros plan sur le pic de l'Albe plein centre et le couloir PIM-PAM-POUM
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Pic Carlit et haute vallée de la Grave
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Le passage suivant n’est autre que le proche puig de la Cometa d’Espagne. Or, je connais trop bien le bout d’arête rocheuse pour l’avoir parcouru en été, pour savoir que je ne peux pas seul, faire face en crampons, aux nombreux passages en escalade. Pas le choix, il faut contourner par le Sud ce bout d’arête, et prendre à revers la difficulté. Cela impose une perte de dénivelé, que je vais minorer en restant au plus haut, au prix d’une marche en dévers parfois compliquée. En dépit du fait d’évoluer sur un versant Sud déjà au soleil, la neige est dure comme de la glace. Parfois il fait trop chaud, et soudain trop froid. Impossible de thermo-réguler convenablement. La vue porte à présent sur la vallée de la Grave, et son bel étang suspendu tout de blanc. Le Carlit crève la vue. Je viens de perdre 100 mètres de dénivelé. Un dernier couloir permet de basculer versant coma de la Llosa. Encore un peu plus de 140 mètres à gravir en terrain facile, et je me hisse au sommet du puig de la Portella d’Espagne à 11h28. Un total de 4h12 pour arriver là.

 

Estany de la Grava

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Le sommet s'éloigne
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Premier plan Puig de la Grava, second plan Puig Pedros
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La traversée versant Sud venant du sommet 2740
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Dernier petit couloir
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Pic Péric, Estany Blau et Coma de la Llosa

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La pente terminale
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Ultimes pas sommitaux
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Grosse fatigue
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Panorama local

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Estany Blau

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Il n’y a plus de carburant dans le réservoir, il faut faire le plein. Malgré la faim qui m’habite, la fatigue m’empêche de manger convenablement. Rien de passe, tout juste une salade fruits et quelques fruits secs. Il faut dire que j’ai à l’esprit ce maudit couvre-feu, alors que je me trouve au point le plus éloigné du départ. Le temps presse, puisqu’il me faut 2 heures de route pour rentrer, et 1600 mètres de dénivelé à perdre. Objectif, être au parking au plus tard à 16 heures. Alors, à 11h51, je quitte à regret cette cime qui m’a demandé tant d’engagement, tant d’efforts, et qui m’a récompensé d’un panorama somptueux. Direction la portella Gran, mais dès la première pente praticable, je plonge sur ma gauche dans la combe. La neige est très dure. Je peux marcher à vue et sans difficulté jusqu’à la Jasse de Delà. Il est 12h52 [5h08]. Je peux définitivement me dévêtir et quitter les crampons/piolets.

 

La trace pratiquement depuis le sommet

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Versant Est de la sortie en crête du couloir où je me trouvais à 9h30
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Versant Nord du Pic de la Cometa d'Espagne
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Le sommet emblématique de la réserve, le pic de Brasseil dit Dent d'Orlu
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Jasse de Delà et vallée de l'Oriège
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Zoom sur la cabane de la jasse de Delà
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Seul au monde, où presque
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La cabane, ouverte mais très sale
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De l'eau à l'état liquide en cette saison, c'est un trésor

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A cet instant deux options : le GR Tour des Pérics repartant vers En Beys, ou un improbable sentier plus direct. C’est le choix gagnant du jour. 13h12, c’est parti pour un final presque estival. Comme la veille, si je ne connais pas le chemin, les animaux sauvages eux le connaissent, et l’empruntent. Je n’ai qu’à suivre des traces fraîches d’isards pour trouver ce sentier plutôt bien entretenu. La neige de la veille a totalement disparu sous les 1800 mètres. Ce sentier dénivèle très fort avec une efficacité redoutable. Sur le plancher de la vallée, il ne reste plus qu’à traverser l’Oriège et reprendre la piste jusqu’au parking. Fin à 14h50. Seulement 1h36 depuis la cabane, c’est dire si c’est efficace.

 

Regard en arrière depuis les prairies de Gaudu

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C’est pour mon niveau une course majeure à plus d’un titre. D’abord l’éloignement, totalement seul sur l’intégralité du parcours. Ensuite la présence de la glace dans la partie la plus étroite du couloir, puis la longueur du couloir de presque 600 mètres, et pour finir avec un bout de crête technique. Une belle course menant sur un sommet de plus de 2700 mètres en hiver, dans un secteur qui a tous les ingrédients de la haute montagne, cela donne une saveur toute particulière. De la montagne made in Ariège.

 

Couloir en vue 3D

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Trace de la course sur carte IGN 1/25000 :

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Les chiffres de la journée :

Temps de marche total 6h44 pour 14,2 km à 2,1 km/h

Temps pour faire le couloir : 1h55

Longueur totale du couloir : 560 mètres

Dénivelé positif total : 940 m – Dénivelé négatif total : 1764 m

Point culminant : 2763m



14/03/2021
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